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Posté par benchicou le 18 juin 2011

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Ils parlent

Posté par benchicou le 15 octobre 2010

BENBITOUR

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« Sarkozy ? C’est la recolonisation de l’Algérie, les intérêts US et c’est l’hégémonie d’Israel »

Posté par benchicou le 26 novembre 2007


01labicaelkhabar.jpgLes révélations du philosophe Français Georges Labica.

1. Sarkozy c’est la recolonisation : Chez Sarkozy, le projet d’Union méditerranéenne repose sur des arrière-pensées au service d’un leadership européen et sans doute d’une position prédominante d’Israël, autrement dit d’une recolonisation, sans exclure l’appui qui pourrait être apporté à l’entreprise US sur le Proche et le Moyen Orient, l’Iran étant plus particulièrement visé.

2. Sarkozy est hostile à l’Algérie : Il a une attitude de principe plus hostile qu’amicale. Il suffit d’évoquer son discours de Dakar, dont les considérants paternalistes et coloniaux, qui révélaient le mépris de l’Africain, avaient suscité une juste indignation bien au-delà du Sénégal, ou son appui déclaré à la politique marocaine envers le Sahara occidental, ou encore ses proclamations réitérées d’inféodation aux USA et à Israël, émaillées de propos islamophobes, pour dissiper tout doute quant aux intentions du personnage

3. Sarkozy c’est la fin de la politique arabe : la page est tournée de ce qui subsistait encore d’une « politique arabe », défendue par le Président Chirac, dont le voyage en Palestine était resté mémorable.

4. Sarkozy c’est la mémoire sélective : Sa phraséologie opère à géométrie variable : on raye ce qui gêne, la guerre d’Algérie, par exemple, et on fait, au nom d’une « vieille amitié », l’apologie de « ces soldats américains qui nous ont libéré »

5. Sarkozy c’est le lobby d’Israël : Ses déclarations d’allégeance envers les USA se confondent, en bonne logique, avec celles qu’il réserve à Israël. A l’occasion de son dernier voyage officiel outre-Atlantique, il a emmené dans ses bagages, auprès de ministres et de patrons, M. Richard Prasquier, nouveau Président du CRIF, organe du tout puissant lobby sioniste, dont la présence n’a curieusement pas été signalée par les journalistes les plus influents (et les plus serviles).

Le philosophe Français Georges Labica s’est dit pessimiste quant à l’avenir des relations Algéro françaises. Il a souligné, dans une interview à El-Khabar, que les positions du président français, Nicolas Sarkozy, contribuent à la détérioration de ces mêmes relations.


El Khabar : L’Algérie et la France voulaient signer un traité d’amitié, mais ce traité n’est plus a l’ordre du jour, quelle sont, selon vous, les véritables causes qui ont conduit a ce constat ?

Labica : La façon dont a surgi l’idée d’un traité d’amitié entre la France et l’Algérie ne m’a pas semblé répondre à l’aboutissement d’une maturation politique, qui aurait prétendu établir enfin le bilan d’un demi-siècle de relations confuses et contradictoires, initiées par une guerre coloniale particulièrement dévastatrice. Au contraire, la proposition obéissait, de part et d’autre, à des préoccupations conjoncturelles, fort éloignées des clarifications historiques dont le besoin se fait toujours sentir. Du côté français, il s’agissait vraisemblablement, de tenter de rattraper le retard pris sur les Etats-Unis en matière d’accords économiques et de contrôle du marché algérien, concernant au premier chef le pétrole et le gaz. On était prêt, à cette fin, à tirer un trait, à la fois sur les contentieux du passé et ceux de l’actualité (immigration, racisme et arabophobie). Il suffit de rappeler le temps considérable qu’avait pris la reconnaissance d’une guerre où l’on n’évoquait que « pacification » et « événements », ainsi que le débat, récent celui-là, suscité par le projet d’une loi consignant dans les manuels d’histoire, destinés aux écoliers, les effets « positifs » de la colonisation. Du côté algérien, la dénonciation des hypocrisies d’une telle attitude et, par voie de conséquence, le rejet du traité s’avéraient tout à fait légitimes, mais on pouvait également penser qu’elles n’étaient pas indépendantes de la stratégie du Président, alors favorable aux intérêts étatsuniens.

El Khabar : Le président Sarkozy prévoit une visite d’Etat en Algérie en décembre, comment vous voyez cette deuxième visite depuis son élection ? La première visite de Sarkozy a été un échec, et n’a abouti a aucun résultat positif, surtout que les propos tenus par le président Français avais choqués plus d’un. Peut considérer ça comme une maladresse, ou bien le qualifieriez vous du style « SARKO » ?

Labica :Je crains que la seconde visite de l’actuel Chef d’Etat français, en réalité la troisième en comptant celle du Ministre de l’intérieur qu’il était, ne connaisse pas plus de succès que la première. Sans doute ses motivations, qu’il s’agisse d’un rapprochement jugé nécessaire pour la reprise des affaires ou d’intérêts stratégiques, sont elles semblables. Elles n’en sont pas moins plombées par une attitude de principe plus hostile qu’amicale. Il suffit d’évoquer son discours de Dakar, dont les considérants paternalistes et coloniaux, qui révélaient le mépris de l’Africain, avaient suscité une juste indignation bien au-delà du Sénégal, ou son appui déclaré à la politique marocaine envers le Sahara occidental, ou encore ses proclamations réitérées d’inféodation aux USA et à Israël, émaillées de propos islamophobes, pour dissiper tout doute quant aux intentions du personnage. La maladresse n’y a nulle part. Quant au « style », il ne consiste guère qu’à dissimuler sous des gesticulations frénétiques, une solide détermination réactionnaire.

El Khabar : Etes vous optimiste quant a l’avenir des relations entre l’Algérie et la France ?

Labica : Dans l’état actuel des choses, ma réponse est négative. S’il est vrai que la politique algérienne a désormais pris ses distances avec les USA, en limitant les ambitions monopolistiques de groupes, tels Halliburton, et en refusant l’installation d’une base militaire au Sahara (Africom), alors qu’il avait pu lui être reproché d’excessives concessions antérieures, consistant, aux dires d’un ancien dirigeant de la Sonatrach, en un « véritable abandon de la souveraineté nationale », au profit d’une « dérive ultra-libérale incontrôlée » (*), les conditions d’un rapprochement avec la France, ne sont pas réunies. En effet, du côté du pouvoir issu des élections présidentielles d’il y a six mois, il n’y a pas grand-chose à attendre, comme je viens de le dire. J’ajoute que la page est tournée de ce qui subsistait encore d’une « politique arabe », défendue par le Président Chirac, dont le voyage en Palestine était resté mémorable. Son successeur ne se réclame du gaullisme, comme il le fait de l’exemple du jeune résistant communiste Guy Môcquet, fusillé par les nazis, que de manière démagogique, par pur effet de tribune.

El Khabar : Sarkozy parle de regarder vers l’avenir, et oublier le passé, est ce que c’est possible ?

Labica : S’il s’agit du sien, riche famille de féodalité magyare, contrainte à l’émigration au moment de la victoire alliée en 1945, cela peut se comprendre. Quant au reste, la phraséologie opère à géométrie variable : on raye ce qui gêne, la guerre d’Algérie, par exemple, et on fait, au nom d’une « vieille amitié », l’apologie de « ces soldats américains qui nous ont libéré », -- en oubliant au passage l’Armée rouge qui avait cependant accompli l’essentiel de la besogne.
Notons qu’il est d’ailleurs de mode aujourd’hui, et pas seulement en Europe, de célébrer un « devoir de mémoire », à caractère singulièrement sélectif !
Et l’avenir, en l’occurrence, pour « Sidi Nicolas », ce serait quoi ? Le pétrole ? L’ouverture au camembert du marché algérien ? Le contrôle de l’immigration, grâce au double dispositif d’expulsion des « terroristes » en puissance et de la capture des cerveaux utiles ?

El Khabar : Le président Français a déclaré que les enfants ne sont pas responsables des actes commis par leurs pères, vous ne voyez pas là une politique de deux poids deux mesures, alors que la France avait réclamé et réclame toujours que le Turques reconnaissent le génocide Arménien ?

Labica : Bien sûr que les enfants ne sont pas responsables des actes commis par leurs parents ! J’ajoute, s’agissant de la lutte de libération algérienne, que les enfants en question ont été jalousement tenus dans l’ignorance. Il m’arrivait assez souvent, au début de mes cours à l’Université, de demander aux étudiants ce que leurs parents, et leur père surtout, s’il l’avait faite, leur avaient raconté de la guerre. Réponse la plus fréquente : rien. Parfois ils ne savaient même pas que leur famille avait été concernée. Entre les culpabilités individuelles et les censures officielles (voir la longue indigence du cinéma), relayées par un renouveau du racisme anti-Maghrébin, l’oubli fermait l’histoire à clef. On imagine le sacré travail de mémoire qu’il aurait fallu et qu’il faut encore entreprendre. Par contre, le tri fonctionne ici aussi. La conscience morale, qui sert, en sous-main, à retarder l’entrée de la Turquie dans l’Europe, pousse des hauts cris, concernant le « génocide arménien ». Mais elle est bien muette devant celui du Rwandais, où la France est impliquée. Alors, l’Algérie…

El Khabar : Nicolas Sarkozy parle de son nouveau projet d’union méditerranéenne, comment vous voyez ce projet annoncé, surtout que les autres pays européens sont mitigés, de même que les pays du Maghreb Arabe, et est ce que Israël sera appelée à jouer un rôle dans cette Union?

Labica : Pour moi, ce projet est un très vieux rêve, qui remonte au temps de la guerre de libération, quand on aspirait à la création d’un grand Maghreb, qui aurait inclus l’Algérie, le Maroc, la Tunisie et la Libye. Encore au-delà, l’union des nations de la Méditerranée me paraît répondre à une véritable nécessité géopolitique, obéissant elle-même à plusieurs ordres de raisons, que j’énumère brièvement : d’abord l’histoire, qui n’englobe pas uniquement les cultures, religions incluses, mais également, les manières de vivre, les coutumes, la cuisine, les comportements et les goûts ; ensuite, sur ces bases, les complémentarités économiques, de production et d’échange, qui pourraient faire pièce à cette Union européenne d’hégémonie voracement capitaliste et belliciste (OTAN) ; enfin, la possibilité de réduire et d’éliminer l’impérialisme US sur la mare nostrum (notre mer). Or, on peut tenir pour assuré qu’une telle ambition se situe aux antipodes du projet sarkozien, qui usurpe frauduleusement son prestige, pour faire passer, en l’absence de dispositions concrètes, quelques arrière-pensées au service d’un leadership européen et sans doute d’une position prédominante d’Israël, autrement dit d’une recolonisation, sans exclure l’appui qui pourrait être apporté à l’entreprise US sur le Proche et le Moyen Orient, l’Iran étant plus particulièrement visé.

El Khabar : Comment voyez-vous le rapprochement Franco-américain, surtout que vous avez toujours dit que « Sarko » était l’homme des Américains ?

Labica : Ses fidèles eux-mêmes nomment Sarkozy « l’Américain ». Ce n’est ni une boutade, ni un sobriquet, mais bien la réalité d’un engagement constamment rappelé par l’intéressé. Il a passé ses premières vacances de Président, non pas dans l’une des résidences réservées aux chefs d’Etat français sur le territoire national, mais aux USA, auprès de son ami Bush. On sait que les déclarations d’allégeance qu’il multiplie envers ce dernier se confondent, en bonne logique, avec celles qu’il réserve à Israël. A l’occasion de son dernier voyage officiel outre-Atlantique, il a emmené dans ses bagages, auprès de ministres et de patrons, M. Richard Prasquier, nouveau Président du CRIF, organe du tout puissant lobby sioniste, dont la présence n’a curieusement pas été signalée par les journalistes les plus influents (et les plus serviles). Quel paradoxe de constater que cette soumission intervient au moment précis où ledit Bush se voit disqualifié dans son propre pays tandis que lui et son acolyte subissent des défaites sur les terrains mêmes qu’ils avaient choisi de dominer, -Afghanistan, Irak, Liban.
On ne s’avancera pas beaucoup en assurant que nombre de Français ne partagent pas ces engagements.

Les effets de la gueule de bois qui avait saisi une majorité (seulement électorale) de citoyens du « pays des Droits de l’Homme », semblent se dissiper au bout d’à peine six mois. Revendications, mécontentements et colères, provoqués par les promesses non tenues, les mensonges et les pitreries, en sont venus à concerner les secteurs les plus divers de la population et à susciter des manifestations allant jusqu’aux grèves : cheminots, gaziers, électriciens, marins pêcheurs, postiers, enseignants, étudiants, lycéens, infirmières, internes des hôpitaux, journalistes, mais aussi, artistes lyriques, buralistes, restaurateurs, avocats, magistrats, gendarmes et policiers, . Que peut-on en penser, en écartant toute prophétie ? Plusieurs scénarios se présentent. Il sera a priori fort difficile, compte tenu de la faiblesse et du réformisme syndical majoritaire, de regrouper les disparités revendicatives en un mouvement unique. Or, coupés les uns des autres, les groupes sociaux sont menacés de subir le sort des Curiace de la légende, qu’ils soient défaits par l’obtention de quelques carottes ou par leur isolement. Il se peut aussi que le gouvernement, qui s’est engagé à ne pas céder, impose l’épreuve de force à telle catégorie, les cheminots par exemple, et, prenant le prétexte d’une revendication catégorielle, peu soutenue par l’opinion, telle les régimes spéciaux de retraites, parvienne à faire adopter son programme libéral de réformes qui en finira avec l’ensemble des acquis sociaux et pèsera sur l’exigence commune du pouvoir d’achat.
L’aggravation continuelle des inégalités de toutes sortes et les difficultés existentielles s’étendant à des couches sociales jusque là épargnées n’en préparent pas moins les nouvelles étapes de la contestation.

 

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Les égoûts de Paris visés par Al-Qaida

Posté par benchicou le 4 octobre 2007



 

Les services de renseignement américains ont transmis à leurs homologues européens des informations alarmantes. D’après l’Agence centrale de renseignement (CIA) américaine, « des opérationnels d’Al-Qaida basés en Europe et aux Etats-Unis » auraient le projet de commettre « des attaques-suicides ou des attentats à l’explosif » contre des cibles à Londres et dans des villes en Allemagne, en Italie et en France. Des attentats, selon la CIA, pourraient avoir lieu en octobre en Europe et aux Etats-Unis. 

En France, les égouts de Paris seraient visés. Les services américains ont intercepté, le 11septembre, un courrier électronique adressé à un dénommé Salah Gasmi, présenté comme « le chef du comité médiatique » d’Al-Qaida au Maghreb islamique, l’ex-Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC) dirigé par Abdelmalek Droudkel. 

Ce courriel, rédigé en anglais par un auteur inconnu, suggère la mise en œuvre d’un attentat contre les égouts de Paris dans le but de provoquer le chaos dans la ville. Les services français restent circonspects sur la probabilité d’un tel acte, déjà évoqué dans le passé et dont l’éventualité avait fait l’objet d’un reportage sur la chaîne de télévision arabe Al-Jazira. 

De telles menaces sont fréquentes, et la CIA répercute toute information lui parvenant, indique-t-on du côté des services de renseignement français. A l’automne 2006, ce type de menace imprécise avait mobilisé les services français, en vain. 

Toutefois cette menace doit « être prise au sérieux », selon une note confidentielle de l’Unité de coordination de la lutte antiterroriste (UCLAT), en raison des déclarations récentes du numéro deux d’Al-Qaida, Ayman Al-Zawahiri, appelant l’ex-GSPC à frapper la France et les intérêts français au Maghreb. 

 

Gérard Davet et Isabelle Mandraud (Le Monde) 

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Paris va proposer à Alger une « collaboration urgente et active »

Posté par benchicou le 4 octobre 2007

Le ministre algérien de l’Intérieur Yazid Zerhouni, en visite de travail de deux jours à l’invitation de son homologue française Michèle Alliot-Marie, devrait rencontrer vendredi 5 octobre à Paris des responsables de la police et du contre-espionnage français dans le cadre de la prochaine « collaboration active » que le gouvernement français compte proposer aux autorités algériennes.

Les Français sont en effet très inquiets : ils ont été directement menacés par Al-Qaida-Maghreb dans un message vidéo authentifié. L’organisation terroriste est ensuite passée à l’action : deux Français ont été blessés dans un attentat kamikaze contre un convoi du groupe Razel à Lakhdaria. L’attaque a été revendiquée par le réseau Al- Qaida. Quelques jours auparavant, les services secrets algériens avaient déjoué une tentative d’enlèvement visant deux employés français de la société Aéroports de Paris (ADP) à Alger. Les deux employés ont été rapatriés en France
L’inquiétude française a été exprimée par les plus hautes instances. Le Quai d’Orsay a fait savoir très tôt par la bouche du porte-parole adjoint du Quai d’Orsay, Frédéric Desagneaux.
 que la France prend “très au sérieux” les menaces d’al-Qaïda contre ses ressortissants au Maghreb, indiquant que Paris avait envoyé à ses postes diplomatiques au Maghreb “des instructions pour les inviter à mettre en oeuvre des mesures de sécurité renforcées”

Des responsables de la police française ont ensuite fait des déclarations préoccupantes.  « La France a bien reçu le message des terroristes et s’inquiète surtout de la « période difficile » que traverse Alger, a laissé entendre le directeur général de la police nationale française, Frédéric Péchenard, dans un entretien au Journal du Dimanche  “Nous ne sommes pas là pour paniquer les gens, mais la menace ( NDLR : terroriste) est forte aujourd’hui“, ajoute-t-il.  Interrogé sur le fait de savoir si la multiplication des attentats en Algérie augmentait le niveau actuel de la menace terroriste, il répond “incontestablement”.

La prochaine « collaboration active » que le gouvernement français compte proposer aux autorités algériennes fait suite à une initiative notable qui n’est pas passée inaperçue : l’ouverture par le parquet de Paris d’ une enquête de flagrance à la suite de l’attentat perpétré vendredi en Algérie dans lequel neuf personnes, dont deux Français, ont été blessées. Cette enquête a été confiée à la Direction de la surveillance du territoire (DST, contre-espionnage).

 

L.M.

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Débat : La démocratie est-elle concevabledans le monde musulman ?

Posté par benchicou le 3 octobre 2007

 

Pour tenter de répondre à la question, l’hebdomadaire britannique de gauche New Statesman a réuni récemment autour d’une table des écrivains, des journalistes et des politiques, musulmans ou non. Les avis sont très partagés.

 

Les intervenants :

 

• Martin Bright,
qui a présidé le débat, est responsable du service politique du New Statesman.

• Michael Gove
est un député conservateur britannique. Il est l’auteur de Celsius 7/7, un essai très controversé sur l’islam et l’attitude des Etats occidentaux à son égard. Le titre du livre est un clin d’œil au film de Michael Moore, Fahrenheit 9/11, “7/7” faisant référence aux attentats du 7 juillet 2005 à Londres, comme “9/11” faisait référence aux attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis.

• Ziauddin Sardar
est écrivain et chroniqueur au New Statesman. Ce spécialiste de l’islam est l’auteur d’une quarantaine de livres, dont Desperately Seeking Paradise: Journeys of a Sceptical Muslim (Granta Books, 2005).

• Ghazi Hamad
est le porte-parole officiel du Hamas palestinien.

• El-Youssef
est un romancier et critique littéraire palestinien vivant à Londres. Il est l’auteur, avec l’écrivain israélien Etgar Keret, du recueil de nouvelles Gaza Blues (David Paul, 2004).

• Tahmima Anam
est une écrivaine bangladaise vivant à Londres. Elle vient de publier son premier roman, A Golden Age.

MARTIN BRIGHT
L’islam et la démocratie sont-ils incompatibles ? En un sens, la question est idiote car les deux sont bien sûr compatibles. Que veut-on savoir exactement ? Si l’on peut être démocrate lorsqu’on est musulman ? Si le Coran est antidémocratique ? Il serait peut-être plus intéressant de se demander si l’islam politique est compatible avec la démocratie. La démocratie occidentale doit-elle nouer le dialogue avec l’islam politique ? Un islam qui revendique l’instauration d’un Etat islamique est-il incompatible avec la démocratie, même lorsqu’il vise à créer cet Etat par les urnes ?
Michael, on vous a traité d’islamophobe (moi aussi, d’ailleurs, parfois). Qu’en pensez-vous : l’islam est-il compatible avec la démocratie ?

MICHAEL GOVE
Nous connaissons tous des personnalités importantes de la vie publique britannique qui sont des musulmans qui se nourrissent spirituellement de leur religion et qui sont aussi des démocrates qui œuvrent dans les médias ou au Parlement. Nous savons également qu’il y a des pays majoritairement musulmans, tels que la Turquie, la Malaisie, l’Indonésie, qui sont aussi des démocraties. Ces pays ont des systèmes politiques libres et pluralistes, ce qui les classe parmi les démocraties. Mais comment se fait-il que tant de pays à majorité musulmane ne soient pas des démocraties à part entière ? Ou qui, s’ils organisent des élections, comme l’Iran et l’Egypte, bafouent souvent les droits de l’homme ?
Il existe une interprétation de l’islam non seulement comme explication de la conscience individuelle mais comme un système politique global, une réponse à tous les problèmes de la vie et, plus encore qu’une réponse, une incitation à l’action. Cette philosophie de l’islam politique trouve son origine chez des penseurs qui sont tous apparus dans les cent dernières années : Hassan Al-Banna, le fondateur des Frères musulmans, Sayyid Qutb et Maulana Maududi, fondateur du Jamaat-e-Islami, un mouvement très actif au Pakistan, au Bangladesh et au Royaume-Uni. Selon eux, nous devons tous reconnaître la souveraineté d’Allah non seulement dans le cœur des croyants mais sur la terre entière. Comment, en Occident, pouvons-nous dialoguer avec des gens qui croient en cette vision absolue et, dans certains cas, totalitaire ?

ZIAUDDIN SARDAR
Comment définissons-nous l’islam, et comment définissons-nous la démocratie ? Imaginez que vous subissiez les conséquences de certaines politiques occidentales. Imaginez que vous viviez en Irak ou en Afghanistan. Vous pourriez penser que ces gens viennent vous dire ce que vous devez faire et comment vous devez vivre et que, si vous refusez d’emprunter leur voie démocratique, ils menacent d’utiliser la force et de fait vous envahissent. Ce que Michael Gove dit des islamistes s’applique aussi à l’Occident.
Oui, les Frères musulmans peuvent être qualifiés de fondamentalistes. Oui, certaines des idées de Sayyid Qutb sont absolutistes. Mais pourquoi est-il devenu absolutiste ? C’était un théoricien de la littérature, un professeur. Son ambition était d’écrire. Il est devenu ce qu’il est devenu parce qu’il a été torturé sous le régime de Nasser. Dans les années 1950 et 1960, les Frères musulmans n’étaient pas une organisation violente.
Il y a certains pays – le Bangladesh, par exemple – qui sont très démocratiques et très musulmans. En même temps, il y a des partis qui étaient fondamentalistes et qui professent des idées démocratiques. L’un d’entre eux est actuellement au pouvoir en Turquie.
Notre système de deux poids, deux mesures pousse les gens à se retourner contre la démocratie. En Palestine, le Hamas en est un très bon exemple. Ces gens-là nous disent : “Nous croyons en la démocratie, nous avons pris part à un processus démocratique, nous avons légitimement gagné les élections. A présent, laissez-nous exercer le mandat que nous avons reçu.” Et que répondons-nous ? “La démocratie, c’est tout sauf vous, parce que vous êtes catalogués comme islamistes.” Les musulmans ont leurs extrémistes, mais concentrons-nous plutôt sur la grande majorité des musulmans et voyons ce qu’ils veulent. Si vous le leur demandez, ils vous diront tous qu’ils veulent la démocratie.

M. B.
Le Hamas est l’une des organisations qui préoccupent l’Occident. Pouvez-vous nous rassurer, Ghazi Hamad, et nous dire que l’islamisme est compatible avec la démocratie ?

GHAZI HAMAD
Il n’y a pas de contradiction entre l’islam et la démocratie si l’on se réfère aux versets du Coran. La démocratie ne réside pas seulement dans la politique. Elle est aussi dans la culture et les comportements. Dans le premier verset du Coran, Allah dit : J’ai créé les humains. Tous les humains, hommes et femmes, ne forment qu’une nation et je les ai créés afin qu’ils puissent se connaître les uns les autres et vivre et travailler ensemble. L’origine de la démocratie est là, dans le respect mutuel. Dans d’autres versets, Allah dit que les musulmans doivent respecter les autres religions. Cela aussi fait partie de la démocratie.
Il n’y a que trois versets qui parlent de politique. Le premier dit qu’Allah est le superdirigeant. Le deuxième dit que pour gouverner, il faut avoir été choisi par le peuple. Et, enfin, Allah a dit que la démocratie, c’est la coexistence entre le dirigeant et le peuple. Il n’y a donc pas de contradiction entre l’islam et la démocratie.
Le Hamas est arrivé au pouvoir à l’issue d’élections démocratiques. Tout le monde occidental est contre le Hamas. Lorsqu’il a remporté les élections, je me trouvais à Londres. J’ai eu l’occasion de parler avec beaucoup de personnes différentes, et je leur ai dit qu’il fallait construire des ponts, pas imposer des embargos et des sanctions. Il faut écouter. Par exemple, vous dites qu’Israël est une démocratie. Mais Israël a tué des gens au nom de la démocratie, implanté des colonies au nom de la démocratie, construit le mur au nom de la démocratie et expulsé les Palestiniens au nom de la démocratie.

Une forme de politique plus pure et plus austère

M. B.
Samir El-Youssef a un autre point de vue palestinien, peut-être différent.

SAMIR EL-YOUSSEF
Je vais dire la même chose que Michael Gove : non, l’islam n’est pas compatible avec la démocratie. Pourquoi ? Parce que l’islam est une religion monothéiste et que, comme toutes les religions monothéistes, il ne croit qu’en un seul Dieu et en une seule parole, une seule liberté, une seule vérité et une seule justice. Comment peut-on avoir une démocratie dans ces conditions ? C’est aussi simple que cela. Ce n’est pas spécifique à l’islam. Il en va de même du judaïsme et du christianisme. On ne peut pas avoir de démocratie avec une religion monothéiste.
Mais pourquoi devrait-on être démocrate ? En imaginant qu’il y ait quelque part dans le monde des gens qui sont satisfaits de leur sort et qui ne sont pas des démocrates, en quoi cela nous regarde-t-il ? Pourquoi ne pas les laisser vivre comme ils l’entendent ? Le véritable défi n’est pas de répandre la démocratie dans le monde, surtout pas de la façon dont s’y prend George W. Bush. Le vrai défi, pour les gens qui se disent démocrates ou progressistes, c’est d’accepter la diversité.

TAHMIMA ANAM
Je viens du Bangladesh, un pays où la population est majoritairement musulmane, et je pense que notre rapport à l’islam peut être défini par ce que le critique littéraire Harold Bloom appelle “l’angoisse de l’influence”.
Au Bangladesh, nous avons deux grands partis, dont aucun n’est islamique. Mais il en existe un troisième, le Jamaat-i-Islami, qui l’est. Les deux grands partis pensent qu’ils ont besoin de lui pour gagner les élections. Alors, à chaque scrutin, même s’ils se disent laïcs, ils disent qu’ils ne pourront pas gagner sans le Jamaat. Et d’année en année, le Jamaat améliore son score. Doit-on en conclure que les gens votent pour le Jamaat parce qu’ils croient en un Etat islamique ou dans des valeurs musulmanes ? Ou parce que nous nous sommes persuadés qu’il y a une force islamique dans notre pays et que nous devons traiter avec elle ? Les musulmans dont parlait Michael Gove, je ne les connais pas. Je ne crois pas que les gens veuillent un Etat islamique.

M. B.
Michael, vous dites dans votre livre Celsius 7/7 : “Puisqu’aucun pays arabe n’offre d’espace laïc à l’opposition pour qu’elle puisse se développer, les gens qui veulent protester n’ont nulle part où aller si ce n’est dans la clandestinité ou dans les bras des islamistes. Vu la corruption incroyable et massive des Saoudiens et de la maison Moubarak, c’est peut-être un miracle qu’il n’y ait pas davantage de gens tentés par la promesse islamiste.”

M. G.
Je suis convaincu que si les partis islamistes ont tant de succès, c’est en raison de la corruption et de l’oppression qui règnent dans les régimes actuellement au pouvoir. Si la population palestinienne a voté pour le Hamas c’est en partie pour exprimer son dégoût. L’Arabie Saoudite et l’Egypte sont gouvernées par des cliques incroyablement peu aptes à diriger leur pays et encore moins à redistribuer les richesses. Dans ces deux pays, le peu d’espace octroyé à l’opposition est dévolu aux islamistes, et il n’est donc pas étonnant que des gens qui proposent une forme de politique plus pure et plus austère suscitent l’adhésion de la population. Il s’est passé la même chose en Grande-Bretagne au XVIIe siècle, lorsque la révolte parlementaire et puritaine menée par Cromwell contre une clique royale a abouti à un soulèvement massif. Ce n’est donc pas spécifique à une époque ou à un contexte culturel.
Mais, pour prendre de front l’argumentation de Ziauddin Sardar, à savoir pourquoi la situation est ce qu’elle est en Egypte et en Arabie Saoudite, je considérerai le problème à l’envers. Les deux pays du Moyen-Orient où le sentiment antiaméricain est le plus fort sont l’Egypte et l’Arabie Saoudite, parce que les Etats-Unis et l’Occident en général soutiennent les régimes en place. Il y a un seul pays de la région où l’Amérique a vraiment la cote – mais ça peut changer –, c’est l’Iran. L’une des raisons, c’est que les Etats-Unis et le régime iranien actuel sont en complet désaccord, et que les jeunes, les classes moyennes et les intellectuels éprouvent beaucoup plus de sympathie pour l’Amérique. Alors, était-il dans l’intérêt à long terme de l’Occident de soutenir des régimes oppressifs et corrompus ? Et que peut faire l’Occident pour montrer qu’il est vraiment du côté de ceux qui veulent un avenir démocratique et pluraliste ?
J’aimerais être certain que le Hamas a évolué, comme l’ont fait d’autres mouvements terroristes, et qu’il se dirige vers un avenir plus prometteur. Mais je ne vois aucune preuve de cela.

“Si je vivais à gaza,
vous me tueriez, je le sais”

Z. S.
Je pense que nous devons échapper à l’idée – qui est une idée moderne, du XXe siècle – que l’islam peut être transformé en Etat. Lorsque l’Etat devient l’arbitre de la politique, de la religion, de la morale, de l’éthique et de tout le reste, on finit par avoir une dictature cauchemardesque, comme en Arabie Saoudite et dans certains autres Etats du Golfe. Les Indonésiens ont emprunté un chemin différent. Ils ont dit qu’“islam plus politique” n’est pas égal à “Etat islamique” mais à “société civile”, et qu’il est du devoir de chacun en tant que musulman de participer au processus politique. C’est exactement ce que dit le Hamas, sauf que le processus politique ne mène pas à imposer la charia. Ce qu’il faut, dans les pays musulmans, c’est un espace pour un vrai discours islamique. Ce n’est pas seulement qu’il n’y a pas d’espace laïc, c’est qu’il n’y a pas d’espace du tout dans la plupart des pays arabes pour qu’un discours de quelque type que ce soit émerge. Et cet espace n’existe pas parce que plusieurs dictatures sont soutenues et renforcées par certains pays occidentaux.

T. A.
Le problème n’est pas l’islam mais la charia. Vous disiez, Samir, que toutes les religions monothéistes favorisent des structures non démocratiques. Seulement, nous ne sommes pas en train de parler du judaïsme et du christianisme, mais de l’islam. Et pourquoi sommes-nous en train de parler de l’islam ? Parce que, jusqu’à présent, nous ne connaissons pas de parti islamique ou d’islam politique qui ne prône pas l’imposition de la charia. Là est le problème : l’assimilation de l’islam à la charia, qui est non démocratique, violente et sexiste.

G. H.
Vous ne pouvez pas rendre l’islam responsable de tout ce qui s’est passé dans les pays arabes. Ce sont des gouvernements non musulmans, comme ceux de Hosni Moubarak et de Saddam Hussein, qui ont implanté le totalitarisme dans les pays arabes. Jusqu’à présent, l’islam n’a jamais eu l’occasion de montrer la vérité, qui est qu’il n’y a pas de contradiction entre l’islam et la démocratie – même dans les pays du Golfe, en Algérie et au Maroc. Ce ne sont pas des Etats islamiques, alors il est très important à mon sens de ne pas accuser l’islam de tous les maux.

S. E-Y.
Oui, les régimes laïcs peuvent être tout aussi totalitaires ; on l’a vu en Russie, en Allemagne. Mais qu’ont apporté quatre cents ans de gouvernement islamique au monde arabe et à l’Empire ottoman, sinon le sous-développement ? Vous dites que des régimes laïcs ont semé la destruction. Ce n’est pas vrai. L’Empire ottoman islamique allait déjà à la ruine.

M. B.
Ghazi Hamad, peut-on avoir un système politique légitime sans islam ?

G. H.
Il n’y a aucune contradiction entre islam et liberté, entre islam et démocratie, entre islam et justice, entre islam et éducation, entre islam et libéralisme.

Z. S. Si votre version de l’islam est la seule authentique, alors nous devrons tous nous incliner devant elle. Mais c’est une perspective effrayante. Et c’est le problème avec les mouvements islamiques et avec le Hamas. C’est aussi le problème avec le Jamaat-i-Islami au Bangladesh. Ils jouent le jeu démocratique, mais dès qu’ils commencent à dire “notre islam est le seul islam acceptable”, on se retrouve dans une sorte d’Etat autoritaire. C’est ce que l’on voit en Arabie Saoudite, dans la plupart des pays du Moyen-Orient, en Iran. Des gens qui disent : “C’est le véritable islam.” C’est pourquoi nous devons nous opposer à l’Etat islamique et lutter pour des sociétés civiles.

S. E-Y.
En réalité, il existe une démocratie islamique, ou un Etat démocratique islamique : l’Iran. C’est un pays démocratique, mais qui a envie d’y vivre ? Avouons-le : personne. J’aimerais poser une question à Ghazi Hamad : je suis athée ; je ne crois pas en Dieu ; que feriez-vous de moi si je vivais à Gaza ? Vous me tueriez, je le sais, alors ne venez pas me parler de droits de l’homme.

G. H.
Le Hamas a choisi un chrétien parmi ses ministres. Nous ne tuons jamais personne au nom de l’islam. On n’est pas dans une vraie démocratie quand on tue Saddam Hussein et qu’on soutient d’autres dictatures dans les pays arabes ! Pourquoi ? Pourquoi ? Les Etats-Unis sont le plus grand régime démocratique du monde, ils ont tué des millions d’Irakiens et ils disent que c’est de la démocratie. Ce n’est pas de la démocratie.

M. G.
L’Iran est-il une démocratie ? Certes, les gens votent, mais ils ne votent que pour des candidats choisis par le Conseil des gardiens de la Constitution. C’est comme si Tony Blair et Gordon Brown examinaient la liste des candidats des autres partis avant les élections générales et disaient : “Non, ce parti, cette personne, ne peut pas se présenter.” Dirions-nous que c’est une démocratie ? L’Iran n’est pas une démocratie.

T. A.
Si j’ai une Constitution, le droit de vote, la citoyenneté, de bonnes institutions politiques, je n’ai pas besoin de mêler Dieu à la politique et Dieu n’a vraiment pas besoin de moi. Il n’est pas nécessaire de mêler la religion à la politique pour souligner l’importance qu’elle a dans notre vie quotidienne. Mêler l’islam à la politique est dangereux, et je suis résolument contre.

 

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