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Qassaman ! 14 mai, 2007

Posté par benchicou dans : Chroniques dans Le Matin,Non classé , 1 commentaire

 

 

Pour la mémoire des enfants scouts de Mostaganem souillée par vos dobermans, pour le cri de Sadaoui prolongé dans le râle de Massinissa Guermah, sur la tombe d’Ali La Pointe interdite à Taoufik Ben Brik, pour les années passées avec Saïd Mekbel, sur le mausolée de Sidi Abdelkader et pour le Zaccar du fer et des cerisaies, nous ne nous tairons pas. Vous ne nous faites pas peur. Et même si la défaillance venait à nous surprendre, nous aurions confié nos plumes aux fils qui vous regardent violer leur mère patrie, jurant que nul ventre de cette terre ne sera assez grand pour vous protéger de leur colère. Vous avez perdu.
Vous avez eu la faiblesse des despotes justifiant la force à défaut de fortifier la justice. Mais qui vous soupçonnait de puissance ? Vous m’avez pris le passeport et quelques journées passées dans des commissariats à regarder Dilem justifier une inspiration. Je vous plains de m’avoir laissé le reste, mes souvenirs et le temps de contempler vos affolements, piètres monarques à la recherche d’un rab de règne dans un pays que vous avez forcé au mépris, lui qu’insupporte la fatuité des petites personnes se méprenant sur ses indulgences. Massu n’écoutait pas El Anka et Aussaresses ne savait rien de la gasba, mais vous, que n’avez-vous suffisamment écouté la mélodie de Mustapha Toumi nous enseignant la peur que suscite aux loups le lion même blessé, que n’avez-vous retenu que ce Toumi-là reprenait la légende vérifiée de son ancêtre, d’un roi d’Alger désarmé mais protégeant, avec une foi algérienne, Sidi Abderrahmane des appétits ottomans ? Vous n’êtes pas de ce pays, il est vrai, vous n’en savez donc pas les aptitudes à la générosité et au combat, vous en ignorez l’héritage du roi Toumi et de la Kahina, vous n’avez donc aucune idée de la futilité de vos complots. Ce pays vous a déjà répudiés. A vous voir cependant opposer tant d’arrogance à la clémence d’une terre rebelle, je crois bien que vous n’êtes d’aucun pays, intrigants apatrides que nul terreau ne revendique, mercenaires sans cause à la conquête perpétuelle d’une identité impossible. A ce propos, il me vient à l’esprit la taquinerie qu’un confrère oranais s’est cru obligé de commettre à mon endroit, écrivant, avec un humour très approximatif, que le directeur du Matin, interdit de quitter le territoire national, risque d’attraper la conjonctivite. C’était d’abord prêter à la conjonctivite des pouvoirs de cécité supérieurs à ceux de la lâcheté : mon vénérable confrère, avec des yeux sains, n’a rien vu du calvaire de Sadaoui, de la prédation organisée par le cercle d’Oujda, de la rapine et des émirs émiratis invités par nos dirigeants à tuer notre faune et à faire prostituer nos femmes. Puis je me suis rangé à cette idée que notre journaliste était victime des apatrides. Enfant du Zaccar, dans cette Miliana où je passais par la maison natale d’Ali La Pointe pour regagner mon école, enfant du Zaccar j’y ai vu des Marocains l’arpenter à la lumière d’une lampe incertaine, ouvriers mineurs chargés d’extraire le minerai au péril de leur vie, des hommes au regard digne des fils du Rif. Ils ont peuplé mon enfance, ces Marocains gueules noires et je plains mon confrère oranais de n’avoir connu que des Marocains à la sale gueule. C’est une ignorance mère de tous les pédantismes. Je lui sais toutefois gré de s’inquiéter pour mon passeport à la place de mes enfants élevés par leur mère, fille de Bab El Oued, dans la tradition de toujours partager le sort que leur réservent les choix de leurs parents quand ils savent qu’ils sont justes. Bab El Oued, à quelques mètres de la tombe de Sid-Ali Benmechiche, le collègue de leur mère à l’APS, premier journaliste criblé de balles en un octobre 88 qui a vu nos mères commencer à pleurer pour leurs fils. Pour Sid-Ali nous ne nous tairons pas. Qassaman ! Pour les années passées avec Saïd Mekbel, Amar Ouagueni et Kheïreddine Ameyar, pour Tahar et Dorban, pour les martyrs de la profession à qui nos plumes doivent d’avoir survécu au doute, pour la mémoire des enfants scouts de Mostaganem souillée par vos dobermans, pour la cité de Kaki devenue celle de Si Affif et pour le gaouel forcé au silence éternel, Alloula qui ne reviendra plus et Medjoubi qui n’accompagnera plus Sonia, pour Alger de Zinet que vous n’avez pas connue et pour Momo dont vous ignorez les mots, pour Agoumi dévitalisé par l’exil et pour les rimes de l’exil de Cheikh Hasnaoui condamné au trépas insulaire, pour toutes les montagnes de mon pays, celle de Baya léguée par Meddour, mon Zaccar où le GIA a remplacé les cerisaies, l’imposant Djurdjura de Abane et de Matoub, l’Ouarsenis de Bougara et les fiers Aurès de Ben M’hidi ; sur la tombe d’Ali La Pointe que vous avez interdite à Taoufik Ben Brik, pour Abdelhak Benhamouda qui vous regarde rire avec Abassi Madani et pardonner aux assassins de Bentalha, pour Moufdi Zakaria et le M’zab de nos ancêtres, qassaman, nous ne nous tairons pas Comment pouvez-vous prétendre à la paix des plumes du vivant de Djamal Amrani quand le poète, à l’âge du renoncement, se nourrit toujours des douloureuses espérances de son peuple pour clamer vos désespoirs ? Nous ne nous tairons pas. Pour le cri de Sadaoui prolongé dans le râle de Massinissa Guermah, pour l’honneur du supplicié réhabilité par Bachir Hadj Ali pardonnant à ses tortionnaires, pour Embarek embrassant les mineurs de mon Zaccar, pour le fils du pauvre que nous fûmes avant que Mouloud Feraoun ne fasse notre portrait, pour la galette solitaire qui nous tint souvent de repas l’année de la gale, pour Boualem le mécano mort au maquis à 17 ans, pour les gavroches de Tizi vous condamnant à l’infamie pour la postérité, pour la guernina que vous n’avez jamais mangée, pour les bacheraf qui nous ont bercés, qassaman, nous ne nous tairons pas. Et je jure que nos héroïnes séduites resteront nôtres quand vous les abandonnerez, que nous ne garderons de Zohra que l’épopée de La Casbah du commandant Azzedine et le goût du Vialar de mon grand-père, que de Khalida ne restera que l’image du bandeau sur un front rebelle. Vous n’avez rien à faire dans nos intimes dynasties. C’est comme ça depuis que les fleuves irriguent nos terres et nos orgueils, de la Tafna de l’Emir Abdelkader triomphant de Bugeaud au Chlef qui accueillaient les séguias de nos cerisaies. Demandez aux 3 000 cadres à qui vous avez volé le bonheur de vivre, demandez aux veuves de Raïs et de Sidi Youcef, demandez à Zhor Zerari Algérienne debout, demandez aux enfants des patriotes assassinés et à ceux qui ont peur pour leurs pères à l’heure de la concorde, demandez aux mères des soldats morts à Sidi Ali Bounab, demandez à Kenza qui pleure toujours son papa Lounès, demandez qu’ils se taisent à ces fils d’une Algérie à gagner, ils vous toiseront du haut de leur fierté. Alors, si la défaillance venait à nous surprendre, nous leur aurions déjà confié nos plumes à tous ces fils qui, pour vous avoir regardé violer leur mère patrie, jurent que nul ventre de cette terre ne sera assez grand pour vous protéger de leur colère. Vous avez perdu.

Chronique parue le 11 septembre 2003

Chronique du 15 mars 2007 :  » La défaite du fouet »

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Panorama : LE REGARD DE MOHAMED BENCHICOU
La défaite du fouet
soirmben@yahoo.fr

Un monde ancien s’écroule sous nos yeux et nous en mesurons en Algérie, avec les échecs de Bouteflika, les amères désillusions : la mort d’un chimérique traité d’amitié avec la France, rêve à jamais emporté par Chirac dans sa retraite ; la cuisante défaite diplomatique sur le dossier du Sahara Occidental; l’incroyable aggravation du malaise social et du chômage qui frappe les jeunes ; la montée de la pauvreté; les ravages de la corruption sur l’économie nationale ; la dramatique persistance du terrorisme ; la déculturation…
Oui ces faillites algériennes, et bien d’autres, sont d’abord celles d’un monde ancien qui fait naufrage, un monde moribond qui a le visage, fatigué, de Bouteflika et le corps, usé, du système grabataire qui nous gouverne depuis un demi-siècle. Ce sont les déroutes d’une vieille façon de voir le monde, le désastre d’une conduite autoritaire et fermée des affaires de la nation. La défaite du despotisme. La défaite du fouet. La rançon, très coûteuse, de l’illégitimité autant que celle de l’impopularité. Le résultat du fossé qui s’est élargi entre un peuple et ses gouvernants. Le fiasco d’un régime qui ne se nourrit plus de la vitalité de sa société, de son génie, de sa force et de ses espoirs. Le régime de Bouteflika c’est, hélas pour nous, tout cela. Et rien que cela. L’homme croyait pouvoir encore faire de la “diplomatie à l’ancienne”, se suffire de sa ruse et de la qualité de ses connivences. Les derniers revers diplomatiques viennent lui rappeler deux leçons de ce nouveau siècle : d’une part que ce sont les opinions qui, de plus en plus, dictent les grandes décisions aux pouvoirs; d’autre part qu’un régime n’est écouté que s’il est fort de l’aval de sa propre société. Or, quelle image renvoie aujourd’hui l’Algérie de Bouteflika ? L’image vieillie et détestable d’un régime ankylosé, corrompu, autoritaire, qui manie le gourdin contre ses opposants et ses journalistes, détaché de son peuple. Isolé sur son perchoir. Et c’est ce régime impopulaire et aussi asséché qu’une salamandre de décoration, qui espérait arracher une repentance de l’Etat français ? Il n’y avait que la flagornerie de Jacques Chirac pour laisser croire à Abdelaziz Bouteflika qu’il était un second Adenauer et à l’Algérie qu’elle avait le charme de l’Allemagne post-hitlérienne. Il n’y avait que lui pour donner l’illusion aux dictateurs d’Afrique qu’ils avaient encore du crédit aux yeux des Français. Le chef d’état français est d’ailleurs considéré, dans son genre, comme un symbole du monde ancien si on en juge par les articles très sévères de la presse occidentale, représentative de la nouvelle opinion européenne, au lendemain de son message télévisé. Un “champion du contrôle étatique dans les années 1970”, selon le Guardian, “Caméléon Bonaparte”, selon la BBC, “un piètre stratège mais excellent démagogue, père assassin de toute une génération d’hommes politiques de talent, qu’il a étouffés les uns après les autres”, selon le quotidien belge Le Soir. Si Chirac est ainsi vu par les observateurs européens, qu’en est-il alors de Bouteflika ? Le président algérien a cru pouvoir négocier habilement avec les vieilles recettes de Talleyrand. Le monde ne l’écoutait déjà plus. Avec le départ de Chirac s’enterre le rêve de la repentance et se noie le projet utopique de traité d’amitié. Cruelle défaite du despotisme algérien : aucun des trois successeurs potentiels de Chirac, de Sarkozy à Royal en passant par Bayrou, n’est favorable à l’idée de repentance ni ne partage la perspective d’un traité d’amitié algéro-français. Ils tiennent, tous les trois, un discours nouveau émancipé des connivences chiraquiennes et conforme aux tendances des générations d’aujourd’hui, un discours qu’il faut savoir décrypter et utiliser au mieux des intérêts algériens et de la réhabilitation de notre mémoire. Ce discours d’une nouvelle génération, le régime algérien, déphasé, ne le comprend pas mais le roi Mohammed VI, lui, a su habilement le capter pour l’utiliser à son tour, se faire écouter, améliorer l’image du Maroc et retourner à son avantage la situation diplomatique sur le Sahara Occidental. Le ralliement de l’Espagne aux thèses marocaines est à ce point un échec consommé pour Abdelaziz Bouteflika que le président algérien en fut réduit à ne pas aborder, mardi dernier, la question du Sahara Occidental avec le roi d’Espagne, Juan Carlos, en visite à Alger. On ne peut mieux avaler son chapeau ! Je ne partage pas l’analyse de mon ami Abdelaziz Rehabi : il n’y a pas forcément, dans cette affaire, “une stratégie visant à isoler l’Algérie”. Le régime algérien s’est aussi isolé de ses propres mains, par son autisme, son immobilisme, son obsolescence, son autoritarisme d’un autre âge et, surtout, par sa vulnérabilité, celle d’un pouvoir quasi illégitime qui ne semble guère soutenu par sa propre population. Comment, dans le monde d’aujourd’hui, un régime tyrannique et oppresseur peut-il prétendre défendre avec succès une cause de décolonisation ? Nous ne sommes plus dans la diplomatie de Boumediene. Un monde ancien s’est écroulé. Et dans le nouveau monde, le Maroc de Mohammed VI, plus ouvert, plus dynamique, plus moderne, peut-être même plus démocratique, marque des points. Si le gouvernement de Zapatero défend avec succès la thèse marocaine auprès de ses pairs européens, c’est parce qu’il plaide la stabilité d’un Maroc familier aux générations d’aujourd’hui, c’est-à-dire d’un pays plus présent, plus moderne, plus prometteur, plus “lisible” sur le plan démocratique par les opinions occidentales. Il faut quand même reconnaître que dans un Maghreb où même la Mauritanie en vient à s’offrir de vraies élections présidentielles, avec un vrai second tour, que dans ce Maghreb-là, l’Algérie jure par son archaïsme. On ne remerciera jamais assez Ben Ali et Kadhafi d’atténuer pour nous les inattendus effets du contraste. Or, tout est là : aucun succès diplomatique ne peut, désormais, se bâtir sur les insuccès nationaux. Dans l’arène internationale, un pays n’est respecté que pour son aptitude à y donner l’image d’une nation et pas seulement d’un Etat, aussi indiscutables que soient ses allures régaliennes. L’image d’une entité cohérente, harmonieuse, soudée, forte de la cohésion entre un pouvoir et une société liés par un pacte de prospérité et de respect des libertés. On en est loin. Pour les plus indulgents de nos amis, l’Algérie de Bouteflika passe désormais pour le pays de l’immobilisme éclairé. Si le Nobel récompensait l’inaction, notre président y serait l’imbattable favori. Car qu’est-ce que le bilan du président sinon, au mieux, celui de huit années d’inaction ? Le régime n’y a su offrir ni la prospérité ni encore moins les libertés. Deux rapports publiés en ce mois de mars, l’un algérien l’autre américain, viennent illustrer l’ampleur de la faillite du régime. Le premier est une enquête – quel bonheur de savoir que des Algériens font encore de la recherche ! – menée par des sociologues et des psychologues du Centre de recherche en économie appliquée pour le développement (CREAD). Elle indique que, dans l’Algérie de 2007, la première cause du stress est liée à la persistance du chômage que le régime n’a su ni éradiquer ni amoindrir. Nos millions de compatriotes privés de travail, donc de moyens d’existence, vivent, selon cette étude, le chômage comme “une source de troubles importants”, comme un “sentiment d’impuissance et d’affaiblissement”. Le second rapport est une étude du département d’Etat américain, publiée ce mois-ci à Washington, et qui montre qu’il existe un gouffre entre les textes généreux de Bouteflika et la réalité vécue par la population. Il confirme d’abord que la corruption continue de sévir gravement en Algérie, “en dépit des textes de loi mis en œuvre”. Le rapport US cite, pêle-mêle, le cas de Ahmed Bourricha l’ex-wali de Blida, poursuivi par le tribunal criminel pour détournement de deniers publics et celui de l’ex-wali d’El Tarf. le recours abusif au gré à gré, le manque de transparence du pouvoir exécutif et met en exergue le fait que 80% des ministres n’ont pas fait leur déclaration du patrimoine. Le rapport est accablant pour la justice algérienne. “Bien que la Constitution protège l’indépendance de la justice, ce principe est bafoué sur le terrain”, note le document du département d’Etat. Il révèle des chiffres peu flatteurs : 60 magistrats ont été radiés pour corruption, 12 ont comparu devant le Haut-Conseil de la magistrature et 23 ont été rétrogradés pour “abus de pouvoir”.
Bâtir un autre regard
Le plus fâcheux dans l’histoire c’est qu’avec de tels déboires internes le pouvoir escompte non seulement décrocher des triomphes internationaux mais aussi s’éterniser sur le trône. Que faire ? C’est la question angoissée de nombreux lecteurs convaincus de la réalité du naufrage et qui s’alarment de ce qu’aucune bouée ne se profile à l’horizon. Il n’y en a, en effet, aucune ici, dans le compagnonnage, passif ou actif, avec un régime autoritaire, dépassé et sinistré, et qui se regarde mourir au milieu de ses vieilles vanités, dans le monde ancien. Il y en a une, en revanche, là-bas, qui nous attend dans le monde nouveau que l’on hésite encore à conquérir. Il nous suffit d’avoir le courage des choix difficiles et la patience de les féconder. Il nous suffit de formuler une politique nouvelle, émancipée, à l’écoute du monde nouveau, et de nous en tenir. C’est la mission de ceux qui, parmi l’opposition, ont entrepris de bâtir une autre Algérie. En sont-ils vraiment convaincus ? Voilà qui nous amène aux questions qui fâchent et d’abord celle laissée en suspens la semaine dernière : faut-il participer aux élections qu’organise le pouvoir pour s’éterniser sur le trône ? Je constate d’abord qu’après un demi-siècle de votes truqués, poser la question est déjà une insulte au bon sens. Et c’est ce qu’il y a de nouveau et de frappant dans l’Algérie de 2007 : la société, qui ne manque pas de bon sens, semble en avance sur l’opposition qui est pourtant censée parler en son nom. La société sait que les législatives du 17 mai prochain seront falsifiées tout comme l’ont été les consultations électorales qui les ont précédées ; la société sait que les élections servent à donner aux régimes totalitaires la respectabilité que leur interdisent leurs bilans. C’est pourquoi la société n’ira pas voter. Le plus spectaculaire est que ces vérités sont tellement incontestables qu’elles sont partagées par ceux qui, parmi nos opposants, se préparent à faire partie de la mascarade. Louisa Hanoune et Saïd Sadi disent s’attendre à la fraude mais avouent ne pas résister à la tentation de la parodie ! Quel terrible déclin… On répliquera, avec raison, que ces arguments, aussi pathétiques soient-ils, ont pour eux l’avantage de la franchise, ce qui n’est pas le cas de certains de mes amis des arouch ou du MDS, aile Hocine Ali qui s’apprêtent à partir aux élections pour, disent-ils, “barrer la route à la fraude et réhabiliter le suffrage universel” ! Comprenne qui pourra. En vérité, l’opposition démocratique algérienne est placée, à l’occasion de ces prochaines législatives truquées, devant trois terribles responsabilités historiques. D’abord le choix d’accélérer la défaite du despotisme algérien et d’isoler l’intégrisme ou, à l’inverse, celui de les secourir. Ensuite le devoir d’accompagner un mouvement social contestataire qui va s’exprimer par le boycottage ou, au contraire, la tentation de le mépriser. Enfin, exploiter ou ne pas exploiter l’opportunité exceptionnelle de concevoir une politique alternative à celle du système, à celle de l’islamisme. D’entrer dans le nouveau monde. L’union des démocrates algériens, à laquelle s’épuise à appeler notre ami Bererhi, passe par là et nos opposants gloutons ont tort de la troquer contre un strapontin. L’histoire est implacable. Elle n’oublie aucune félonie. Le monde nouveau se fera, mais sans eux.
M. B.

Chronique du 22 avril 2007 : Nier la vérité

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Chronique du 22 mars 2007

Actualités : LE REGARD DE MOHAMED BENCHICOU
La négation de la vérité
soirmben@yahoo.fr

Ainsi donc, nous dit-on, l’alternance est désormais envisageable et le président Bouteflika, pour toutes sortes de raisons qu’on s’ingénie à lui inventer, ne devrait pas briguer un troisième mandat ! Si la niaiserie en politique exposait ses auteurs aux poursuites judiciaires, il ne suffirait pas des prétoires d’Algérie pour tous nous y faire juger.

Trois ans après le mélodrame du 8 avril 2004, il semble que nous n’avons toujours rien compris aux subterfuges par lesquels s’éternisent les autocraties dans nos pays. Les puristes du théâtre rétorqueront, avec raison, que l’inventeur du mélodrame moderne, René de Pixérécourt, avait averti qu’”un niais est aussi nécessaire au mélodrame qu’un tyran est indispensable”. Je crains fort, cependant, que sur la scène algérienne, le surnombre d’impénitents crédules que nous sommes, opposants vaniteux et journalistes ingénus, n’ait déjà démoli ce postulat. Notre candeur était déjà contagieuse, voilà qu’elle devient incurable. Au canular de “l’homme haï par l’armée” en 2004, avait succédé celui de “l’homme malade” en 2005, puis le bobard du “président mourant” en 2006 avant qu’en 2007, on ne nous convie à l’autre variante du vaudeville, “le président malade et démissionnaire”. L’ennui dans l’affaire n’est pas que le microcosme politico-médiatique crée sa propre mythologie. On peut, après tout, fort bien concevoir qu’une société angoissée ait besoin de se rassurer par des duperies classiques et passagères qui brisent la monotonie du désespoir. L’embarras, ici, est que nous produisons, avec talent du reste, les mécanismes de l’auto-persuasion : comme s’il ne nous suffisait pas de croire aux fables à la mode, nous éprouvons le besoin de nous en faire les courtiers zélés auprès de la population. Nous avons tous en mémoire ce candidat démocrate à la présidentielle de 2004 qui entamait ses meetings par cet invariable serment fougueux : “Je jure par Dieu que Bouteflika ne passera pas.” Il lui fallait bien de la certitude pour se risquer avec autant d’assurance au parjure et au discrédit. Et c’est là, dans cette aptitude à convertir nos meilleurs amis en parfaits camelots de leurs tromperies, que les architectes de la propagande mensongère sont les plus redoutables. Qui mieux qu’un opposant républicain pour vendre à l’opinion républicaine une vanne du pouvoir ? Or, trois ans après avril 2004, cette manipulation des élites se poursuit avec le même succès, pour le même objectif, assurer le vernis démocratique au régime, et avec la même technique, l’autopersuasion d’une “vérité cachée” connue des seuls “initiés” et la négation de la vérité qui s’impose, chaque jour, sous nos yeux mais qui ne serait bonne que pour l’opinion roturière. L’inconvénient est que c’est toujours la vérité roturière qui finit par se vérifier. Ainsi pendant que d’éminents esprits nous rebattent la thèse du “président malade et démissionnaire”, que dit le principal intéressé au quotidien espagnol El Pais? Trois vérités significatives que le bon peuple connaît déjà. D’abord que “la question de l’amendement de la Constitution est à l’étude.” Ensuite, à la question de savoir s’il compte briguer un troisième mandat, que “cela regarde les Algériens”, alors que la réponse qui s’imposait est : “La Constitution ne le permet pas.” Enfin, au journaliste qui l’interrogeait sur sa santé, Bouteflika n’a eu aucune hésitation : “Grâce à Dieu, je me porte très bien.” Tout cela débouche sur une information capitale : la décision de postuler pour un troisième mandat est déjà prise. Mais nos cerveaux éclairés, sous le charme de l’endoctrinement diabolique et celui de leur propre vanité, vont s’employer à nous convaincre du contraire. Autrement dit, pendant que le pouvoir adresse aux masses un message massif et cohérent, les préparant à des échéances que lui seul maîtrise, des officines se chargent de produire un discours de diversion en direction de ses adversaires afin de les neutraliser et laisser ainsi au régime l’initiative politique. Je ne vois pas d’autre but tactique pour les propagandistes du pouvoir à envoyer les démocrates dans les roses que celui-là. Rappelons-nous : la théorie du “président malade et démissionnaire” avait déjà permis au pouvoir, en 2005, d’avorter les grosses contestations autour des effets catastrophiques de la Charte pour la paix. Val-de- Grâce avait étouffé le scandale politique. Le régime s’est servi de nouveau, en 2006, de la théorie du “président malade et démissionnaire” pour briser le débat houleux qui commençait à s’installer autour du projet d’amendement de la Constitution. A quoi bon débattre, se disait-on, d’un projet mort-né, compromis par la santé défaillante du président ? Dans les deux cas, le régime a obtenu un répit salutaire qu’il a su habilement exploiter. Car aujourd’hui que l’opposition a baissé la garde, le madré chef du gouvernement, Abdelaziz Belkhadem, peut sortir du bois, remettre au goût du jour le dossier de la révision constitutionnelle et même annoncer qu’il sera au programme de “la prochaine mandature” de la prochaine Assemblée nationale. Et nous y voilà ! Comme en 2004, le régime va utiliser l’opposition républicaine pour reconduire “légalement” et dans le cadre du “pluralisme”, le président Bouteflika à la tête du pays ! Ce sera un hémicycle où siégeront les députés du RCD, du PT, de l’ANR, du MDS, peut-être même d’une fraction des arouch, qui va voter pour la révision constitutionnelle et offrir un troisième mandat à Bouteflika ! Les parlementaires du FLN, du RND et du MSP auront assuré la majorité, nos amis démocrates auront garanti la crédibilité de la “démocratie parlementaire algérienne”. Encore une fois, un des subterfuges par lesquels s’éternisent les autocraties dans nos pays, aura magnifiquement fonctionné. Est-il trop tard ? Sans doute pas. Au-delà des controverses du moment sur le boycott ou la participation aux législatives, il convient en urgence de s’interroger sur la mission de l’opposition politique algérienne désormais à cheval entre deux vocations : celle de faire-valoir au régime qui s’en sert pour s’éterniser ou celle d’artisan d’une pensée autonome, libre, profitable à long terme. Quelle autre valeur mieux partagée que cette pensée-là, quel autre meilleur ciment, pour bâtir l’union des démocrates algériens ? Et puis, cette pensée en plus d’être fédératrice a surtout l’avantage d’être conforme à l’état d’esprit de la population. C’est important, diable ! Il est quand même cocasse qu’une opposition participe à un scrutin que les citoyens, eux, s’apprêtent à boycotter ! A se rapprocher du peuple on ne risque, au pire, que de perdre son temps. A s’en détacher, on risque la défaite définitive, celle dont on ne se relève jamais : perdre son âme.
Et revoilà “Bouteflika, une imposture algérienne” !
Neuf mois après avoir quitté les geôles d’El-Harrach, je redonne vie au livre qui m’a conduit en prison. Une seconde vie. Parce que, sans doute, il y a un temps pour l’injustice et une vie pour la vérité. Et qu’il nous faut bien parler, toujours parler, de ces subterfuges par lesquels s’éternisent les autocraties dans nos pays. Durant trois jours, je dédicacerai, Bouteflika, une imposture algérienne (Editions Picollec) au Salon du livre à Paris (1). Certains y verront de la bravade. Ils n’auraient pas tout à fait tort. Car en plus d’être une façon de donner rendez-vous aux amis que je n’ai pas encore eu le temps de revoir, ces journées sont aussi, je l’avoue, la façon que j’ai choisie de désacraliser l’arrogance, de narguer le désenchantement et de donner raison aux compagnons qui ont formé, durant ma détention, cette solidarité frêle et têtue qui m’empêcha de désespérer de mes rêves nourriciers. Ma manière de leur dire, à ces femmes et à ces hommes que, sans doute parce qu’elles étaient rares, ces amitiés furent exceptionnelles. Leur redire, et je le redirai dans un deuxième livre en préparation, qu’elles ont suffi pour crever la brume noire de l’injustice, pour briser le tête-à- tête entre l’homme esseulé et l’infinie puissance du mensonge. Elles m’ont donné la force de reprendre ma route. Qu’elles aient eu le visage anonyme du pays profond couvrant ses prisonniers d’opinion de sa fraternité généreuse, qu’elles aient eu les traits de mes inoubliables codétenus d’El Harrach, la mine fidèle de mon copain et néanmoins avocat Abdellah, qu’elles aient emprunté la tête frondeuse de mes complices du Soir, le portrait des amis du Comité Benchicou pour les libertés ou celui des compagnons du Collectif pour la liberté de la presse, ces amitiés intraitables avaient surtout l’effigie imposante et résolue d’une Algérie dont le cœur battait toujours. Et c’est ce cœur blessé, trahi, mais jamais désespéré qui, écoutons- le, sonne toujours comme le tocsin de l’histoire pour les bourreaux, comme une boussole indiquant, à travers le brouillard des tyrannies, des portes qui pourraient s’ouvrir. Alors oui, si c’est une bravade que de remettre en scène, au Salon de Paris, un livre qui a remué la plume dans le passé contestable d’un homme aux idées hégémoniques et qui prétendait, à l’époque déjà, user de ces subterfuges par lesquels s’éternisent les autocraties dans nos pays, alors oui ce serait une bravade légitime et singulière. Elle m’aura été permise par ma terre. Celle qui enfanta ces bravoures qui m’ont tendu la main dans la nuit, celle qui, toujours, nous a invités aux délires déchirants, comme ce livre, Bouteflika, une imposture algérienne, qui m’a valu de souffrir deux années dans l’obscurité du cachot et dont je continue à croire qu’il aura été la déraisonnable déclaration d’amour à la vérité que tout homme prétendant à changer le monde doit avoir fait au moins une fois dans sa vie. Cette terre nous l’a toujours dit : nos chimères sont, décidément, ce qui nous ressemble le mieux.
M. B.

(1) Mohamed Benchicou, directeur du Matin, auteur de Bouteflika une imposture algérienne (Editions Picollec) dédicacera son livre pendant trois jours au Salon du livre à Paris, porte de Versailles, stand des Editions Picollec.

Les séances auront lieu :
* Vendredi 23 mars de 20 heures à 22 heures
* Samedi 24 mars de 11 heures à 13 heures
* Dimanche 25 mars de 13 heures à 15 heures

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