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Yasmina Khadra : « Mon pays souffre… » 3 juin, 2007

Posté par benchicou dans : Non classé , trackback

 Dans une tribune publiée par le quotidien espagnol El Pais le vendredi 1er juin 2007, l’écrivain Yasmina Khadra analuse sèchement la situation politique en Algérie.

 Qu’est-ce qui manque le plus aux moines ?…
Un autre son de cloche !
Dans ce monastère triste et désœuvré qu’est devenue l’Algérie, tous les clochers sont en berne. Félés, misérables et laids, ils continuent de sonner le glas de nos espérances. C’est la fanfare préférée de nos gouvernants, constamment en prières, genoux au pied du seul dieu dont ils se réclament : le Pouvoir.

Depuis l’indépendance du pays le 5 juillet 1962, les faux dévots du régime refusent de se relever, de relever la tête pour voir le gâchis qu’ils occasionnent à cause de leur entêtement à imposer une conduite obsolète et stérile et que tout le peuple décrie. Ils refusent de se remettre en question et de se mettre au travail. Quel travail ? Ils n’ont jamais su ce qu’il signifie. Hypocrites, ils s’évertuent à nous casser les oreilles à coups de slogans creux, nous infantilisant, nous abrutissant d’année en année, d’élections bidon en élections contre nature, jusqu’à nous rendre complètement fous. Ces artisans de nos déconfitures n’arrêtent pas de nous décevoir. A chaque banqueroute, ils nous promettent de revoir leurs copies et de se corriger, et oublient l’essentiel : ce ne sont pas leurs copies qui sont en cause, mais eux-mêmes. Lors des dernières élections législatives, le peuple algérien a été clair. En n’allant pas voter, il leur a signifié qu’il ne voulait plus d’eux. Jamais taux d’abstention n’a été aussi péremptoire et expéditif. Ce cri de désespoir a-t-il été entendu ?… Non ! Le système sclérosé cherche à se maintenir coûte que coûte, grâce à ses hypocrisies. Les mêmes incompétences nous proposent les mêmes malheurs. Les mêmes opportunistes menacent notre hypothétique devenir. Que faire ? Où donner de la tête ? A quel saint se vouer ?… C’est la perplexité, le dégoût, la rage au cœur qui officie dans nos rues. Qu’attendre d’un système en total décalage avec la mondialisation effrénée en train de bouffer la planète entière ? Qu’attendre d’une gouvernance qui a sinistré nos écoles et nos universités, mis à genoux nos institutions et nos entreprises, aggravé la fuite hémorragique de nos cerveaux, élargi les fractures sociales, dénaturé les rapports humains, avili la citoyenneté, travesti nos rêves, dénaturé nos aspirations avant de creuser le lit de la déferlante islamiste et jeter le pays dans la crue des horreurs et du sang ? Les années de terreur et d’assassinats, les milliers de morts et d’attentats n’ont toujours pas éveillé nos gouvernants à la réalité des choses. Nos villages massacrés, nos villes abâtardies, nos idoles immolées comme les moutons de l’Aïd n’ont finalement servi à rien. Les mêmes gueules nous narguent du haut des tribunes, la même épée de Damoclès surplombe nos nuques basses. Après tant de deuils et de traumatismes, le peuple algérien se retrouve à la case départ, otage du même système pourri et face aux mêmes incertitudes. La corruption a atteint des proportions sans précédent. Pour vous faire délivrer un extrait de naissance ou le moindre document à la mairie, il vous faut graisser la patte. Tout le monde rackette tout le monde : le guichetier, le flic, l’administrateur, le plombier, l’éboueur, le boucher. Les dépassements, les injustices et les humiliations quotidiennes sont en passe de transformer notre pays en une jungle inextricable et mortelle. Devant un tel fiasco, la colère attend d’autres discours séditieux pour replonger la société dans une nouvelle décennie noire alors que l’on n’a pas fini de faire le deuil de celle du terrorisme. Les Algériens sont fatigués. Ils sont conscients des malheurs qui les guettent, mais le système s’en fiche. Nos gouvernants ne pensent qu’à leurs fonds de commerce, leurs petites magouilles et leur trafic d’influence. Même les fauves sentent le danger. Pas nos gouvernants. Ces derniers sont insatiables, inconscients, toujours à l’affût du filon, jamais alertés par leurs abus ou la dangerosité de leur irresponsabilité. Aujourd’hui, notre jeunesse touche le fond. Elle ne voit que deux issues : rejoindre l’Europe ou rejoindre le terrorisme. Elle n’a pas d’autres choix car rester au pays, à l’ombre des murs, c’est accepter de moisir comme des fruits précoces tombés de leurs branches. Tous les soirs, des groupes d’adolescents sautent sur des embarcations de fortune et mettent le cap qui sur l’Espagne, qui sur l’Italie, prêts à mourir noyés dans la mer obscure plutôt de subir un jour de plus l’état de désolation plurielle qui sévit au village ou dans le quartier. Tous les matins des initiatives heureuses sont repoussées par une administration stalinienne, des tentatives d’investissement, des études pour la relance économique, de véritables bouffées d’air sont proposées par de jeunes entrepreneurs, et chaque fois, le système les décourage en leur opposant des démarches bureaucratiques insensées et des pots-de-vin de quoi soûler la terre entière. Pourtant, l’Algérie n’est pas morte. Elle regorge de talents, par endroits de génie. Elle est encore aimée par ses enfants qui ne demandent qu’à lui venir en aide. Je les ai rencontrés en Europe, en Asie, aux USA, partout où je suis allé. Ce sont des hommes et des femmes splendides, des énergies colossales, des chances inouïes qui ne rêvent que d’une chose : rendre à l’Algérie sa beauté, sa dignité, ses rêves perdus. Nous avons un pays fantastique, riche et encore vierge, un eldorado en jachère, un futur grand Etat capable de rayonner sur la Méditerranée. L’Algérie est une Amérique qui s’ignore. Elle rassemble toutes les potentialités pour rivaliser avec les pays de la rive d’en face, participer à l’essor du Bassin méditerranéen et contribuer à l’émancipation du Maghreb. C’est là une réalité évidente, mais il existe une autre incontournable : le système doit disparaître. Nos gouvernants doivent comprendre que leur place est au musée de la Bêtise humaine ou bien à la fourrière. Il faut qu’ils cèdent la place à la fraîcheur des énergies nouvelles, modernes, cette élite qu’ils ont chassée ou disqualifiée, ces Algériens porteurs d’espoirs et de compétence, beaux comme leurs rêves, purs comme leurs convictions. Alors seulement une ère flamboyante s’installera dans mon pays où l’islamisme, né de la décadence et des humiliations, n’aura aucune raison d’être, où la démocratie, le travail, la liberté et l’intelligence seront les grands repères des Algériens de demain et de toujours.
Y. K.


Commentaires»

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  1. Et oui,mon cher Yasmina,
    Nous soufrons tous dans ce pays livre aux mains d autocrates,menteurs corrompus et hypocrites.
    Nous soufrons tous par la prise en hotage de ce pays par l islamisme archaique et criminel qui ,par la faute d un peuple a genoux et sans dignite,s est livre a son discours demagogique et barbare.
    Nous soufrons tous par la faute de nos intelectuels qui pour leur complicite,leur silence et leur interet bassement materiel se mettent a plat ventre devant un pouvoir obsolete et des religieux archaiques.
    Nous soufrons par la faute de nos femmes qui se sont travesties en objet sexuel et de marchandise en s eloignant de nos valeurs culturels et identitaires ,se comparant aux « esclaves femmes » du moyen orient et de l Afghanistan.
    Nous soufrons! Nous soufrons! Nous soufrons!

  2. tout a fait d’accord sur l’impuissance du regime;sur ca grande capacite de nuisance tres soutenue par les partis politique « democratique »!mais enfin que faire???

  3. Ca fait plaisir de lire une plume aussi talentueuse, reconnue de par le monde. En plus, comme Yasmina Khadra a fait partie à une époque de hiérarchie militaire, il sait bien de quoi il parle. Je suis juste un peu déçu, car ce diagnostic, tout le monde ou presque l’a fait. Mais il fallait nommer ou bien situer là où se trouve ses magouilleurs, hypocrites et « dévots du pouvoir ». Il faut bien personnaliser ce système que nous vomissons tous, c’est la première étape à mes yeux sine qua non pour tout changement démocratique en Algérie.
    Pour moi le mal de l’Algérie, ce sont une secte de généraux et autres hauts officiers de l’ANP qui est la source de nos problèmes et de nos errements. Bien sur, il ne faut pas se méprendre, il existe des hauts officiers de l’ANP qui sont intègres, mais ils sont dépourvus de quelque influence que ce soit.
    Car tous les magouilleurs à la petite semaine sont les vassales de ceux qui détiennent vraiment le pouvoir. Et le jour où les Mediène, Lamari…etc seront obligés de quitter le pouvoir, tout deviendra possible, mais pas avant.
    Bouteflika qui par un jeu d’équilibre, détient quelques pouvoir, mais il n’est qu’une marionnette entre les mains des vrais décideurs.
    Le changement est possible, mais il faut attaquer le coeur de nos maux et ne pas se tromper de cible.

  4. Permettez-moi de reprendre ces quelques extraits de l’entretien du mois accordé par Yasmina KHADRA à MCM dans Le Soir d’Algerie du 26 Avril 2007 :
     » En Algérie , le débat est livré aux geulards , aux illuminés , aux lèches-culs et aux vauriens … Ceux que l’on met sur un piédestal de nigauds ou sous les feux de la rampe sont là pour montrer au monde combien nos martyrs sont morts pour des prunes , combien nos sacrifices sont vains , combien nos espérances sont pipées .  »
     » Il m’arrive de rencontrer nos intellectuels … je comprends que ce sont des centaures , des divinités , des oriflammes … mais des oriflammes en berne . » C’était un entretien trés émouvant, trés touchant , en tout cas châpeau bas à yasmina KHADRA cet authhentique fils de l’Algerie .
    L’article publié dans le Journal Espagnol est pour moi un procés accablant et sans appel de ce système politique qui continue de nous gouverner contre vents et marées en Algérie.
    Hellal Khelaf , Ingénieur , Alger

  5. une contribution vous a été adressé le 20 05 07 signé saadeddine du 19 05 07 et qui a pour titre « la solidarité est un chemin » et qui répond partiellement à que faire de Hadid

  6. je remercie beaucoup yasmina khadra pour cette analyse à caractère prémonitoire qui donne des prémices sur un effondrement proche du régime (r)entier.

  7. Cher Monsieur,
    Oui nous souffrons.
    Cependant, pour sortir de cette situation, il faut que ceux qui ont défendu le régime fassent leur mea-culpa. Monsieur « Yasmina Khadra » combien de fois n’avez-vous pas chanté les louanges de l’armée.
    Bref, chacun sa conception de la démocratie.
    Monsieur Benchicou, depuis que je me suis inscrit sur ce blog, mon adresse caramail est bloquée.

  8. Ce que vous ecrivez est galvauder par tout le monde meme les enfants,ces derniers renoncent jusqu’à l’hymne national.En tant que ecrivain arretez de noircir du papier avec tant de malheur.E crivez pour reveillez les consciences et encouragez plus les algeriens à reprendre leur destin en main, se lamenter ainsi jusqu’a quand?Des generations sont sacrifier les unes aprés les autres reveillez vous en croyant en l’Algerie en premier…..Elle est grande on le sait par feu Boumediene;mais tout le monde ne pense qu’a la sucer comme les vampires…

  9. Peut-on imaginer un seul instant ces « gouvernants » rejoindre, par eux-même, leur place « au musée de la Bêtise humaine ou bien à la fourrière »?

    Tant qu’ils peuvent se permettre de s’occuper de « leurs fonds de commerce, leurs petites magouilles et leur trafic d’influence », ils le feront sans se soucier du reste.

    Tant que ces valets peuvent encore servir les intérêts de leurs maîtres, ces derniers les aideront à rester où ils sont.

  10. Lamentations…Lamentations…et Lamentations. C’est bien de dénoncer (encore faut il citer des noms)…tout lemonde est d’accord (tout le monde sauf les suceurs de ce pays) qu’il faut un changement radical dans ce pays. Mais alors, si la solution est trouvée, il faut juste trouver comment la mettre en application. Comment changer radicalement un pays si ce n’est par une révolution populaire? L’histoire l’a toujours montré et des exemples dans le monde ce n’est pas ce qui manque, donc il faut oeuvrer pour qu’un tel événement puisse se produite si on veut en finir avec cette racaille qui nous gouverne et ce système égocentique qui ne fait qu’assurer ses arrières et celles de sa descendance. Bougez, sortez, hurlez, faites vous entendre, organisons nous pour les combattre jusqu’au dernier et les envoyer en enfer.

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