Prix de la plume libre 2007 (3 articles)

Posté par benchicou le 19 juin 2007

Rassemblement à la Maison de la presse pour la remise du prix Benchicou de la Plume Libre 2007

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« Il y aura toujours une Algérie debout pour résister et défendre la liberté et les droits humains ». C’est sous ce slogan qu’a été célébrée la

   journée du 14 juin, journée dédiée à la liberté d’expression depuis l’incarcération de Mohamed Benchicou, aujourd’hui samedi à Alger.

        A cette occasion, le prix Benchicou de
la Plume Libre pour l’année 2007 a été remis   conjointement, et à titre posthume, au journaliste Abdelhak BELYARDOUH, correspondant  d’El-Watan à Tébessa qui a payé de sa vie l’audace d’écrire sur la mafia locale et au journaliste-écrivain  syrien Michel KILO emprisonné par la justice syrienne depuis le 14 mai 2006 et condamné à 3 ans de prison pour  »critique et affaiblissement de l’Etat  ».

      Les trophées ont été remis  par Ali Yahia Abdenour à la famille du défunt Beliardouh et, pour Michel Kilo, au représentant de
la FIJ, lors d’un rassemblement à
la Maison de la presse Tahar-Djaout.

      Avant cela, ont eu lieu un recueillement et un dépôt de gerbe de fleurs devant l’Etusa (rue Hassiba-Ben-Bouali) en souvenir des deux journalistes Fadhéla Nedjma et Adel Zerrouk, tués dans des circonstances tragiques, lors de la marche noire organisée à Alger par le mouvement citoyen des archs, et dont ils assuraient la couverture.

      La cérémonie s’est déroulée avec la participation de responsables de
la Ligue des droits de l’homme, d’associations, de  partis politiques représentés par leurs chefs, de syndicats libres, de directeurs de journaux, de journalistes et de nombreux citoyens.

     Mohamed Benchicou, Ali Yahia Abdenour, Hocine Zahouane, président de
la Ligue des droits de l’homme, Hakim Laâlam chroniqueur au Soir et lauréat 2005, ainsi que des familles de victimes du terrorisme, des représentants de partis et de syndicats libres, se sont adressés à l’assistance avec un leit-motiv : « Il y aura toujours une Algérie debout pour résister et défendre la liberté et les droits humains ».

    Un message du Comité syrien de soutien à Michel Kilo a été lu par Hafnaoui Ghoul, journaliste emprisonné en 2004.

Une pétition demandant la libération des journalistes en Syrie, en Egypte et en Tunisie a été lancée au cours du rassemblement.

 

L’évènement rapporté par le Soir d’Algérie

 

Sofiane Aït Iflis – Alger (Le Soir) – L’ancien directeur du quotidien Le Matin, le journaliste écrivain Mohamed Benchicou, avait l’émotion visible de se retrouver parmi ses compagnons de combat, dans l’enceinte de
la Maison de
la Presse Tahar-Djaout. Emu, certes, mais aussi fier, a-t-il tenu à dire, d’appartenir à cet échantillon qui lutte. “Une année après ma libération de prison, je n’ai pas eu, je dois dire, le temps de voir tous mes amis et mes compagnons de combat. A tous, je dis que je suis fier d’appartenir à votre famille”, a déclamé Benchicou, en guise de propos liminaire à un laïus qu’il a, en la circonstance, voulu raisonnablement court. Pour lui, les retrouvailles d’hier sont riches en enseignements, d’autant qu’elles interviennent pour la commémoration d’une date triplement symbolique : le 14 juin qui est en même temps la date anniversaire de l’historique marche des archs de Kabylie, en 2001, le jour anniversaire de la mort dans l’accomplissement de leur métier de deux confrères Adel et Fadhila et, enfin, le date d’entrée et de sortie de prison de Mohamed Benchicou. “Nous sommes unis aujourd’hui, cela prouve qu’au-delà des malentendus, l’Algérie qui se bat sait se réunir et s’unir autour de mots d’ordre généreux telle la défense de la liberté de la presse”, a déclaré Benchicou, poursuivant que “cette Algérie qui se bat a besoin d’une presse libre et forte”. L’honneur de remettre les trophées symboliques aux deux confrères est revenu, comme en 2005, au président d’honneur de
la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’homme, Me Ali Yahia Abdennour. L’infatigable militant des droits de l’homme a, avant de remettre les prix à leurs récipiendaires, prononcé un discours ou a fait le rappel des conditions dans lesquelles Benchicou a été incarcéré, avant de chuter sur une présentation des deux lauréats, Beliardouh et Kilo. “Tout dans le procès Mohamed Benchicou était étrange et incompréhensible : la date d’inculpation, les charges retenues, le contenu de l’acte d’accusation (…)”, a-t-il rappelé. Fidèle à son engagement pour la défense des libertés de la presse et d’expression, Me Ali Yahia a fait part de la nécessité impérieuse de se mobiliser pour la dépénalisation du délit de presse. “Il faut se battre même si c’est un combat inégal. Il vaut mieux perdre en ayant combattu que de perdre sans l’avoir fait.” De Beliardouh, lauréat à titre posthume du prix Mohamed Benchicou, Ali Yahia dira que “ lorsque l’Algérien est humilié, il oublie qu’il est habité par la vie. Ne pouvant pas supporter l’humiliation subie devant sa famille, puis traîné dans la ville de Tébessa jusqu’à la place du 1er-Novembre, il a préféré se donner la mort en avalant de l’acide. Homme de conviction, pondéré, serein, réfléchi, il a tracé son itinéraire de journaliste d’investigation, en suivant sa route quels que soient les obstacles et les dangers. Seule la mort pouvait mettre fin à son combat”. Et du second lauréat, le journaliste écrivain syrien, Michel Kilo, il soulignera des qualités qui font de lui une référence professionnelle. “Michel Kilo a été arrêté le 14 mai 2006, après avoir signé une déclaration appelant à une réforme des relations syro-libyennes. Il est accusé de “provoquer des dissensions confessionnelles et raciales” de “publier des informations mensongères et exagérées qui ont pour but de porter atteinte au prestige de l’Etat”. Le 13 mai 2007, il a été condamné à 3 ans de prison pour “affaiblissement du sentiment national”. Journaliste, politologue et défenseur des droits de l’homme, Michel Kilo est directeur de “Hourriyat” un centre de défense de la presse et des libertés d’expression”. Ce prix qui lui a été décerné, Michel Kilo devra le recevoir via
la FIJ qui, depuis Bruxelles, se chargera de le lui acheminer. Quant au prix décerné à titre posthume à Beliardouh, il a été remis à son épouse. A l’occasion de cette cérémonie, la parole a été donnée aux lauréats du prix les deux années précédentes. Hakim Laâlam, qui l’a obtenu en 2005, a avoué qu’il restait frustré de ne l’avoir pas reçu des mains de Benchicou. Benchicou le lui a re-remis, hier, symboliquement. Notons que plusieurs personnalités ont pris part au rassemblement, entre autres l’ancien ministre de
la Communication, Abdelaziz Rahabi, l’ancienne ministre de
la Jeunesse et des Sports, Leïla Aslaoui, le président de
la LADDH, Me Zehounane, le secrétaire général de l’UDR, Amara Benyounès, Ahmed Djedaï du FFS et des représentants du CCDR, du MDS et des syndicats autonomes. Une gerbe de fleurs a été déposée à l’endroit où ont été tués le 14 juin 2001 les deux journalistes Adel et Fadhila.
S. A. I.

 

Du 14 juin 2004 au 14 juin 2007

Posté par benchicou le 17 juin 2007

Par Me Ali Yahia Abdennour

- C’est pour la liberté d’expression et la liberté de la presse que Mohamed Benchicou, qui a affronté le pouvoir par souci de vérité, de liberté et de justice, a été condamné le 14 juin 2004 à 2 ans de prison. La justice, quant à elle, a considéré qu’il n’a pas été condamné pour ses écrits critiques à l’encontre du pouvoir, mais pour infraction à la législation des changes et aux mouvements de capitaux.
Tout dans le procès Mohamed Benchicou était étrange et incompréhensible : la date d’inculpation, les charges retenues, le contenu de l’acte d’accusation. Le pouvoir, qui a exprimé à maintes reprises son hostilité pour certains titres de la presse privée, en premier lieu le journal Le Matin, a manifesté sa volonté de faire condamner son directeur de publication, qui a assumé pleinement sa mission de journaliste, en refusant une lecture univoque et complaisante des évènements. Il a montré sa hâte à priver de sa liberté et de sa plume un adversaire coriace, habile, incommode, doué des qualités d’initiative, de ténacité et de courage, qui a acquis l’expérience qui a conféré tant de poids à sa parole et d’efficacité à son action. Il a interdit le journal Le Matin, pour détruire un espace de liberté qui échappe à son contrôle. Il y avait une telle émotion dans la salle d’audience du tribunal d’El-Harrach, le 14 juin 2004, après le prononcé du verdict, que tous les présents étaient bouleversés, avaient les larmes aux yeux. Le combat de Mohamed Benchicou pour la liberté d’expression et la démocratie qui se conjuguent ensemble a soulevé un large mouvement de solidarité à l’intérieur du pays et partout dans le monde. Le Comité Benchicou, très efficace, a alerté l’opinion publique et facilité sa mobilisation, afin que plus jamais des actes de punition et de vengeance ne soient exercés contre un journaliste. Nous avons fait face à un pouvoir qui représente le modèle d’une société bloquée, bureaucratisée, policière par l’écrit et la parole libre qui témoignent afin de mobiliser l’opinion publique nationale et internationale.
2° - Il n’y a pas de liberté sans justice, ni de justice sans liberté La liberté d’expression est un droit élémentaire de la vie sociale et culturelle, de la création scientifique et artistique. L’actualité politique nous rappelle que la liberté d’expression ne se donne pas, mais se gagne et se mérite, qu’il faut toujours se battre pour la faire respecter, la maintenir, la consolider, l’élargir. Comme toute conquête de l’homme, elle est fragile et ne peut devenir une réalité juridique que dans un Etat de droit. Elle n’existe que dans la mesure où la conscience collective est prête à se mobiliser pour la défendre. Le pouvoir a cédé contre son gré un espace de liberté à la presse privée, parce que de nombreux journalistes ont parlé haut et fort et sans précaution pour imposer la liberté d’expression et la liberté de la presse. Le respect des règles de l’éthique et de la déontologie qui sont nécessaires à l’exercice du métier de journaliste doit émaner de la profession et non d’un code de l’information qui n’est qu’un code pénal bis, qu’il faut expurger de son venin. La dépénalisation du délit de presse est une priorité, car le métier de journaliste est à grand risque pénal. Le pouvoir a fabriqué des procès contre des journalistes. C’est dans les combats menés que se trouvent les conditions du succès de demain. Il faut se battre, même si le combat est inégal et semble perdu d’avance, car il vaut mieux perdre en se battant, que perdre sans se battre. Le combat est comme le football : “Si vous ne descendez pas sur le terrain vous êtes sûr de perdre, si vous y allez, vous n’êtes pas sûr de gagner, mais vous aurez l’honneur de vous être battu.” A tous ceux qui veulent ignorer les violations graves de la liberté d’expression et de la presse perpétrées par le pouvoir, nous rappelons les mots d’Albert Camus : “Maintenant, il n’y a plus d’aveugles, de sourds et de muets, mais seulement des complices.” Quand la prison devient un honneur, c’est que l’Etat s’est perverti. C’est l’oppression qui a enfanté la liberté, et la répression qui a enfanté les droits de l’homme. Les procès contre les journalistes ont mis en relief la soumission de la justice au pouvoir exécutif. Il est fréquent qu’avant un procès contre un journaliste, le président du tribunal reçoive les directives à appliquer ou demande à ses supérieurs ce qu’il doit faire. Il agit sur ordre, un ordre venu d’en haut, de bien haut, du pouvoir exécutif. Je vous demande de manifester votre solidarité avec les avocats en grève et les syndicalistes autonomes poursuivis en justice. Les atteintes graves, délibérées, répétées aux droits de la défense ont obligé à plusieurs reprises les avocats à geler leurs activités au niveau de toutes les juridictions. Les avocats savent qu’il y a des jugements et arrêts qui ne respectent ni la loi ni le droit. C’est la responsabilité du pouvoir qui est engagée, lorsqu’un avocat ne peut exercer pleinement et sans risque sa profession. L’histoire l’a souvent montré, c’est la justice qui est mise en cause, lorsqu’on s’attaque aux avocats. Qu’avez vous fait de la justice, Monsieur le Garde des Sceaux ? Vous ne cessez de dire et de répéter, que la séparation des pouvoirs vous interdit de vous ingérer dans les affaires de la justice, alors que vos interventions pour orienter le déroulement de l’action judiciaire sont permanentes. L’UGTA a tourné le dos à l’action syndicale, a abandonné le syndicalisme de protestation et de contestation pour un syndicalisme de concertation et de soumission à la politique économique et sociale du pouvoir. Il faut dépasser la conjoncture actuelle, voir plus loin, penser l’avenir qui est dans le pluralisme et la solidarité syndicale. Le travail définit la condition humaine, notamment le droit à la liberté syndicale dans ses deux dimensions, le pluralisme syndical et l’adhésion libre, sans que les réunions syndicales et autres soient prohibées et les manifestations publiques brutalement réprimées.

 3°
– Le prix Benchicou pour 2007 a été décerné à titre posthume au journaliste Abdelhak Beliardouh et au journaliste écrivain syrien Michel Kilo
a)
A tous les membres de la famille Abdelhak Beliardouh, à ses amis, aux journalistes d’ El Watan, si douloureusement éprouvés, nous présentons l’expression de notre profond respect. Qu’il me soit permis d’évoquer la mémoire de ce grand disparu qui a travaillé de toute la force de sa conviction à la réalisation de son métier de journaliste d’investigation par la recherche de la vérité, sans fauxfuyants, avec résistance et ouverture intellectuelle. Il avait du courage, du caractère, des certitudes, une forte sensibilité pour la vérité. Il a été victime de la mafia politicofinancière locale, qui l’a humilié. Lorsque l’Algérien est humilié, il oublie qu’il est habité par la vie et la rixe. Ne pouvant pas supporter l’humiliation subie devant sa famille, puis traîné dans la ville de Tébessa jusqu’à la place du 1er-Novembre, il a préféré se donner la mort en avalant de l’acide pur. Homme de conviction, pondéré, serein, réfléchi, il a tracé son itinéraire de journaliste d’investigation, en suivant sa route quels que soient les obstacles et les dangers. Seule la mort pouvait mettre fin à son combat.
b)
Michel Kilo a été arrêté le 14 mai 2006, après avoir signé une déclaration appelant à une réforme des relations libanosyriennes. Il est accusé de “provoquer des dissensions confessionnelles et raciales”, de publier des “informations mensongères et exagérées qui ont pour but de porter atteinte au prestige de l’Etat”. Le 13 mai 2007, il a été condamné à 3 ans de prison pour “affaiblissement du sentiment national”. Journaliste, politologue et défenseur des droits de l’homme, Michel Kilo est directeur de Hourriyat, un centre de défense de la presse et de la liberté d’expression. Il est une des personnalités les plus marquantes de
la Syrie, un pionnier de la démocratie. Il s’est imposé par sa profonde connaissance des problèmes les plus divers, la clarté de son argumentation, le brio de ses départies dans les débats. Il agissait avec méthode, sans précipitation mais toujours avec la ténacité d’un esprit dont la tension ne se relâchait qu’une fois la tâche achevée. Il a acquis une réputation bien méritée d’intégrité, d’honnêteté et d’efficacité. Dans le métier de journaliste qui comporte des risques, il les a assumés pleinement, car pour lui, ils relèvent de la conscience professionnelle.
Alger, le 15 juin 2007
Me Ali Yahia Abdennour

 

Une Réponse à “Prix de la plume libre 2007 (3 articles)”

  1. Nedjma dit :

    C’était un moment de joie de retrouvailles et de plaisir avec Mohamed Benchicou enfin libre et son équipe du Journal Le Matin . C’était toute la symbolique d’une Algerie Libre qui lutte et qui avance . C’était une halte pour repartir de plus belle.
     » Les seules batailles que l’on perd sont celles que l’on n’engage pas dixit Aboubaker Belkaid  »
    Salutations amicales .
    Nedjma

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