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Bennchicou répond aux lecteurs : Désespoir, qui a dit fatalité ? (2è partie) 26 juillet, 2007

Posté par benchicou dans : Algérie : analyses et polémiques , trackback

 

Alors mourir dans le noir du bagne algérien ?

Pas forcément …

« Pourquoi fermer devant la lueur de l’aube tes paupières illuminées alors que douce est la lueur de l’aube ? » a dit le poète tunisien. Alors écoutons pour une fois le poète.

La reconduction du système sous sa forme la plus totalitaire, par un 3è mandat de Bouteflika, paraît buter, en cet été 2007, devant 3 résistances qu’on aurait tort de mésestimer.

Celle-là d’abord : même si l’atmosphère prête à la résignation, l’Algérien, y compris d’une façon passive ou désordonnée, a appris à réagir contre les abus de pouvoir et les autoritarismes. Ce mouvement protestataire quasi-autonome, qu’il soit le fait d’avocats mécontents, de quartiers en colère ou d’enseignants révoltés, développé en substitut aux désespoirs de l’exil et de l’auto-destruction, n’est pas visible, mais c’est comme les agrafes de Mohamed Abbou: ils font mal et ne laissent personne indifférent. C’est la preuve que le corps social est vivant. Et qu’il peut bondir à tout instant comme un contre-poids sérieux à l’injustice. « L’essentiel est de rester droit et de ne pas tomber dans le défaitisme et du renoncement à notre algérianité, malgré la grande déception/désillusion de la part des dirigeants. » nous écrit l’Algérois. Alors que l’infatigable Si Mohamed Baghdadi, comme pour démentir le désespoir, nous propose

« Comme hier, nous avons créé le Comité Benchicou pour les libertés, je suggère que toutes celles et tous ceux qui ont défendu les droits et libertés, de manière globale, au sein de ce Comité, étudient l’éventualité de rejoindre ce Comité Badaoui naissant, ainsi que les syndicalistes des Dockers, de la CNAN, de la BEA et de bien d’autres syndicats autonomes…qui ont soutenu, en 2005, l’action de Ahmed Badaoui… » Qui a dit résignation ? Pas le lecteur Hamz en tout cas : « Votre éclairage sur notre ciel sombre et orageux nous permet de bien comprendre les enjeux et ce qui se trame derrière nos têtes. Maintenant ,il est clair que si nous ne voulons pas de régime théocratique ni de ce régime actuel nous devons unir nos forces pour fédérer un maximum de citoyens pour la réalisation d’une vraie démocratie. C’est à nous tous d’agir. On ne pourra plus dire que l’on ne savait pas. Au combat citoyens! L’heure est grave pour les démocrates! »

Mais il y a plus concret : ce combat invisible a produit des effets non négligeables. Bouteflika veut s’imposer dans un monde qui n’est plus celui de 1999, avec des alliances qui ont évolué, un monde qui a changé, dans une société exigeante et repart à la conquête d’une Algérie qu’il ne connaît pas. Mourad Belaidi résume parfaitement : « Comme la France a élu Sarkozy , L’Algérie remercie Bouteflika qui se trompe d’époque » Notre lecteur Abraham parle au nom de ces millions d’anonymes : « Pourquoi bouteflika tient à ce que le verrou constitutionnel de 2 mandats présidentiels maximum soit levé ? Il sait aussi que son bilan véritable jusqu’à aujourd’hui est des plus détestable; aussi ne veut-il pas quitter le pouvoir de son vivant. »

Je ne sais pas si Bouteflika parviendra à arracher sa présidence à vie et fédérer un système totalitaire autour de lui, mais la reconduction du système avec lui comme pivot central signifie pour de larges couches de la société mais aussi du pouvoir et, ne l’oublions pas, des partenaires occidentaux, trois choses : la continuité du terrorisme avec une possible victoire politique de l’islamisme; un système déphasé et corrompu qui va aggraver l’inertie économique et un climat hostile aux investissements étrangers mais aussi, ne l’oublions pas, nationaux ; un système liberticide qui peut engendrer des troubles et qui ne correspond pas aux profils des « partenaires nouveaux » que cherchent les Américains et les Européens. Cela explique, à mon avis, les phénomènes auxquels on assiste en cet été 2007 : réaction des clans dits « éradicateurs » et reprise de la lutte anti-terroriste avec un recul net du discours sur la « réconciliation »; appui nul des capitales étrangères à la révision constitutionnelle et à l’installation d’un pouvoir absolu ; mécontentement des catégories les plus libérales de la société qui réalisent que la répression des libertés s’est étendue à la liberté d’entreprendre et que l’archaisme du pouvoir de Bouteflika contrarie les projets d’expansion économiques des nouveaux investisseurs algériens, pour ne pas parler des étrangers. Ce dernier exemple est magnifiquement illustré par le dernier réquisitoire du Quotidien d’Oran sur la « faillite du système Bouteflika ». C’est une Algérie à la recherche d’espaces d’expansion qui parle… Et que je lis dans les messages des lecteurs qui m’interpellent.

Tout le monde semble avoir réalisé le désastre de la politique pro-islamiste de Bouteflika : les citoyens, les « décideurs », les capitales occidentales, Washington en tête. L’Algérien est le premier à s’en inquiéter et notre lecteur qui signe du sobriquet significatif de Fako, le dit à sa façon : « Bientôt Boutekflika sera le calife du 21emme siécle. Encore Boutef un bon tour de manivelle dans la course en arrière. Une mosquée à 1000 MD qui dit mieux ? Les bars fermés les femmes voilées le khamis et le khôl exposés aux quatre vents du globe. Les marabouts et les islamiste réhabilités. La voie tracée, le voile est levé : cap sur le 14eme siècle ! »

Retour de janvier 92 ?

Le retour des clans dits « éradicateurs », la reprise de la lutte anti-terroriste avec un recul net du discours sur la « réconciliation » signifie-t-elle défaite de la politique capitularde de Bouteflika et retour à une ligne politique ferme et conséquente ? Le lecteur Sofiane tranche : « Il est évident que les décideurs c’est à dire les généraux doivent comprendre que le maintien de Bouteflika joue contre la pérennité de leurs ’système’. Ils portent l’entière responsabilité du maintien de Bouteflika à la tête du pouvoir. Un volcan de colère gronde en chaque algérien. Bouteflika ne doit pas terminer son mandat » Mourad Belaidi est aussi catégorique : « 9 ans à tirer à blanc barakat ! Un gouvernement d’union national vite et pas de place aux médiocres ! Tant qu’il y aura des hommes… » Et Hammoudi met les pieds dans le plat pour tous ceux qui hésitent à la faire : « Chômage, criminalité, situation de la justice, misère, drogue, école sinistrée, clochardisation de l’université et de toute la société,le phénomène du suicide,les harraga…..Y aurait- il pas parmi ces généraux tant craints des patriotes qui mettront fin à ce carnaval ? Qui peut sortir ce pays de ce coma ? » Plus posé et plus pragmatique, Elabassi va droit au but, applaudit à la réaction de l’Armée et rappelle le cauchemar que nous avons vécu et auquel nous dirige la politique de Bouteflika : « Le probléme que vous venez de poser M. Benchicou n’est pas récent, il se pose depuis Juin 1990 , depuis le jour où le FIS a raflé les APC.Il a pris une tournure dangereuse pour l’existence de notre pays l’Algérie en tant qu’état et nation en Décembre 1991.L’Algérie était entré dans la 1 ere phase de “talibanisation” de son état. En Janvier 1992,l’ANP arrête le cirque et nous étions dans l’obligation d’appuyer ce choix avec le risque de la dérive totalitaire et absolutiste du régime. Je suis de ceux qui ont applaudi et si c’était à refaire , je le refairai car je n’ai pas le choix. »

Défaite de la politique capitularde de Bouteflika et retour à une ligne politique ferme et conséquente ? Je n’en suis pas si sûr. Le jeu de clans et si complexe, le 8 avril 2004 si proche et Bouteflika dispose encore de moyens de pressions… Et pas d’illusion : nous sommes encore loin de la défaite des intégristes. Mouloud, lui ne s’en fait pas et avertit : « Cher Mr Benchicou,

je partage votre analyse. et suis disponible à trouver les meilleures modalités de résistance et d’action, telle que la désobéissance civile à l’échelle nationale. Plus on attend, plus il sera tard, car le rouleau compresseur islamiste est déjà très très avancé: ne détiennent ils pas les mosquées et les écoles, piliers d’une société, à fortiori clochardisée ? »

Mais au delà des opinions de chacun, une chose est sûre : la stratégie de la main tendue de la main tendue aux islamistes est, pour la première fois, réellement contre-carrée en cet été 2007…

L’échec de sa politique anti-terroriste est d’ailleurs l’une des grandes raisons pour laquelle les capitales occidentales ne semblent pas soutenir son maintien au pouvoir et encore moins à un pouvoir à vie. Même si la fragilité de l’Algérie de Bouteflika aiguise des appétits et nourrit, comme le remarque Sofiane, le dessein chez Sarkozy de «  mettre sous tutelle économique et politique l’Algérie en profitant de sa faiblesse géopolitique actuelle et créer une sorte de protectorat algérien avec la bénédiction de Bouteflika … » Le risque Bouteflika paraît cependant plus élevé que les avantages : en huit ans Al-Qaida s’est installée aux portes de l’Europe et il n’y a aucune volonté politique chez le président algérien de la combattre. Je ne vois aucun soutien occidental majeur à son projet de briguer un troisième mandat…

Bouteflika réagit par ses réseaux et ses porte-voix pour se refaire une réputation auprès de l’opinion occidentale. C’est dans ce cadre que j’inscris les innombrables articles de Jean Daniel. Le directeur du Nouvel Observateur tirait la sonnette d’alarme dans son dernier commentaire : « Les généraux sont loin d’avoir perdu toute influence. L’autorité du président Bouteflika tire une bonne partie de sa force de ce qu’il n’existe aucun autre recours politique dans le pays. »Dans leurs messages les lecteurs montrent qu’ils ne sont pas dupes. « La tâche de Jean Daniel consiste à INHIBER TOTALEMENT notre lucidité » nous dit Sofiane.

Donc allons nous mourir sous une dictature ou périr sous une théocratie ? Peut-être ni l’un ni l’autre… Grâce à ces petits combats anonymes depuis dix ans, vingt ans, trente ans…

Pourquoi ne pas envisager un petit peu de lumière, certes une toute petite encore, mais la bienvenue et qui suffit pour fissurer le noir du désespoir.

D’ailleurs je laisserai le mot de la fin à l’optimisme réaliste d’Elabassi : « J’ai l’intime conviction que la génération qui va venir saura relever les défis , que le temps joue en faveur de la démocratie. L’islamisme est en déclin en Algérie car la jeunesse aspire à vivre mieux. J’appartiens à la génération qui a voté FIS, puis RND , puis FLN , puis RIEN. Une génération déja lasse et vieille. Paradoxalement , je suis très optimiste pour cette génération 90.Il suffit juste de les voir pour savoir que ce pouvoir finira et que Ben Laden and Co n’ont aucune emprise sur eux. Ils réussiront là ou nous avons échoué. »

M.B

Commentaires»

  1. En lisant les billets des uns ou les commentaires des autres, je me trouve conforté dans ma conviction profonde que des montagnes d’incompréhension continueront de séparer les différentes couches et catégories de cette société algérienne agressée et divisée, tant que les uns et les autres n’auront pas admis le droit de chaque citoyen algérien, à la différence. Que cette différence fut d’ordre ethnico linguistique, religieuse, culturelle ou idéologico politique. Nous sommes ici dans le B-A BA de la Démocratie. Toute attitude ou acte qui consisteraient à nier l’autre, à l’exclure, voire à l’éradiquer, – à défaut de pouvoir lui imposer sa propre vision des choses – serait une attitude de primitif et de criminel, pour être clair, net et précis.
    Or, c’est exactement ce qui se passe aujourd’hui, quand on écoute ici ou là, les discours irresponsables de certains tenants de l’islamisme politique ou les propos haineux de ceux qui s’autoproclament « démocrates ». Les premiers oubliant – ou ignorant – le grand principe de l’Islam
    « لا إكـــراه فــي االـــديـــن  » qui signifie: « il ne peut y avoir de contrainte en fait de conviction religieuse » et les seconds, contestant aux autres l’un des principes cardinaux de la Démocratie, c’est-à-dire « la liberté d’opinion » qu’ils s’accordent à titre exclusif. Un vrai langage de sourds, au sein d’une même société, – la société algérienne -; un langage de sourd largement encouragé en sous-main, d’une part, par un pouvoir dictatorial, incompétent et corrompu, qui trouve son compte dans la désunion de ses propres citoyens et d’autre part, par un Occident – la France en tête – dont les ingérences, publiques ou occultes, directes ou indirectes, dans la vie politique de notre pays constituent un cas d’hystérèse caractéristique des pays coloniaux qui continuent de vouloir garder leur influence.
    Que peuvent donc faire les élites de ce pays jaloux de son devenir ? Quitte à tomber dans l’utopie, je propose à tous les patriotes qui font partie de l’élite algérienne, en Algérie ou à l’étranger, de commencer d’abord à dialoguer entre eux, quelles que soient leurs différences d’opinions politiques ou de conviction religieuse, en recourant massivement à ce merveilleux outil qu’est l’Internet et en se fichant éperdument d’être enregistrés ou identifiés par les Services de Renseignements algériens ou étrangers, dans la mesure où l’Algérien digne de ce nom, doit rapidement se débarrasser aujourd’hui, de toute crainte et de tout complexe à l’égard d’un pouvoir qui a perdu toute crédibilité morale. Cet Algérien-là, doit recouvrer par sa propre et unique volonté, son droit naturel, imprescriptible et inaliénable, de débattre de toutes les questions d’intérêt national: A commencer par l’ouverture d’un large débat – par forums et blogs interposés – pour secouer la léthargie de l’opinion publique nationale et exercer une forte pression sur un pouvoir algérien agonisant, pour l’organisation d’élections libres pour la mise en place d’une authentique Assemblée Constituante, ouverte à toutes les sensibilités de notre société et chargée de l’unique mission de doter l’Algérie d’une véritable Constitution moderne, garantissant toutes les libertés démocratiques au citoyen algérien: en particulier, la liberté de culte, la liberté d’opinion, et, dans le cadre du respect de la liberté et de la dignité d’autrui, la liberté d’expression et la liberté de réunion et de manifestation.
    C’est d’ailleurs la seule démarche salutaire qui reste encore jouable par ce pouvoir sur le déclin. Une démarche qui constituerait le seul et unique service qu’il aura rendu à la Nation, avant que ne survienne une explosion populaire que personne ne pourra contrôler et dont personne ne pourra prévoir l’issue. – Abdelkader DEHBI -

  2. Bonjour,

    Je suis d’accord avec Mr DEHBI:

    Nous avons besoin d’apprentissage démocratique: Nous ne savons pas nous exprimer (quelle que soit la langue), nous sommes encore agressifs et intolérants); et c’est fait délibéremment: on n’a qu’à assisté à une réunion de parti, de syndicat, apn…et on s’aperçoit vite que l’on n’est pas loin de comportements de voyous où l’invective, l’humiliation la violence verbale et même Physique (Mr Bouteflica n’a-t-il pas aggressé phyquement un prof à Oran ) au lieu et place de respect et d’argument.

    Le corollaire, Mr DEBI, c’est l’ignorance et le manque d’ouverture: Les algériens sont TRES susceptibles et épidermiques qui sont la conséquence de l’ignorance et le matraquage mental subi depuis des années par le système arabo-islamo-conservato-archaique du FLN et ses agents officiels et officieux. Du coup dès que l’on parle de la guerre d’algérie, de langue arabe, d’islam, d’autonomie régionale, de DEMOCRATIE on est vite accusé de TOUT et son contraire et nous avons plus à aire à des voyous qu’à des êtres ordinaires. D’où la nécessité absolu de renforcer l’apprentissage démocratique, apprendre à se respecter mutuellement et s’ouvrir à la connaissance du MONDE et refléchir à des expériences plus riches et qui ont REUSSI pas seulement dans les pays développés mais aussi les Pays en développement.

    Un exemple parmi d’autre: J’ai proposé un débat sur le soufisme et islam à l’occasion du 800 eme anniversaire du Grand Jalaluddine RUMI en septembre. J’attend toujours la réponse à moins d’avoir été ……CENSURE!!! qui serait le COMBLE.

    Mouloud.

  3. C’est le mot de la fin « d’el abassi » qui est le plus interessant. Je ne me suis pas trompé en ayant écrit auparavant que notre jeunesse est bouillonante, pleine d’idées et que personne n’a une quelconque emprise sur elle. Effectivement, c’est notre jeunesse qui changera les choses. Ca ne veut pas pour autant dire que notre génération doit s’eclipser. tout au contraire, mais la force vive qui mettra KO notre système et qui instaurera une véritable démocratie c’est la nouvelle génération et elle doit s’éclairer de propos, comme ce qui se fait dans ce blog. Cela exige des mobilisations sans failles. Des sensibilisations à tous ce qui peut avoir attrait aux défaillances du système…c’est à dire…dire la vérité comme le fait Benchicou sur ce blog et tant d’autres.

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