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Hommage à Hachemi Cherif secrétaire général du MDS 30 juillet, 2007

Posté par benchicou dans : Le coin des partis démocrates , trackback

 

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Fédération d’Alger

« Pas d’élections tant que l’intégrisme islamiste et le système rentier perdurent »

Hachemi Cherif, défunt président du MDS portait l’Algérie dans son coeur de pur patriote. - 4.4 ko

Alger le 28 juillet 2007

Communique

Hommage à Hachemi Cherif secrétaire général du MDS

Cela fait deux ans déjà, que notre camarade Hachemi Cherif nous a quittés. Son absence est ressentie par les militants, sympathisants, et amis du MDS, mais également par tous les patriotes ayant au cœur la lutte contre l’intégrisme et le système rentier, et pour objectif, l’émergence d’une Algérie démocratique et moderne.

La fédération d’Alger du MDS invite toutes celles et ceux qui partagent cet idéal à se joindre à elle, le jeudi 2 août 2007 à 11 heures, au cimetière MIRAMAR (Saint Eugène), pour un recueillement sur la tombe du regretté Hachemi, et à 17 heures au siège du MDS,

(67 boulevard Krim Belkacem, Alger), pour un hommage à la mémoire de ce grand patriote.

Commentaires»

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  1. Intervention de Zazi Sadou

    Rassemblement Algérien des Femmes Démocrates

    RAFD

    Cher El Hachemi,

    Il est si difficile d’évoquer ta mémoire et de te citer au passé. Si difficile d’envisager les années à venir et toutes les luttes à mener sans ta présence rassurante, ta force morale, ta droiture et ton optimisme.

    Tu es parti trop tôt. Tu nous as quittés à un moment où notre terre a encore grand besoin de ton éclairage, et nous de ton amitié. Ton absence met d’avantage en lumière la « petitesse » de ces politiciens qui n’hésitent pas à choisir la compromission et le renoncement comme mode d’action. Combien de personnes anonymes venues te rendre un dernier hommage nous ont dit : « Et maintenant qu’EL Hachemi Chérif n’est plus là, qui va parler pour nous, qui va parler de nous ? … ».

    Ma conscience et ma mémoire se rebellent. Ta brutale disparition m’interpelle. Vers qui vais-je me tourner pour poser mes questions, comprendre le rapport de forces en jeu, avoir les éléments pour démêler les déclarations des uns et des autres et comprendre ce qui se trame sur le dos de l’Algérie? Qui dois-je appeler pour demander conseil, prendre un avis avisé ?

    Il est de coutume lorsqu’on veut rendre hommage à un cher disparu de le mettre sur un piédestal. Ce n’est pas ce que je ferai. Cela serait une offense à ta mémoire. Parce que tu étais un homme, au sens plein du terme, tu avais de gros défauts et de grandes qualités. Un des défauts que nous te reprochions gentiment était ton entêtement. Les qualités qui ne t’ont jamais quitté en dépit de toutes les épreuves que tu as traversées ont été ta grande foi en l’Humanité, ta modestie, ton abnégation et ton souci des autres. J’entends encore ta voix angoissée, ton souffle court lorsque tu m’as appelée pour m’annoncer l’enlèvement de Giuliana Sgrena, notre amie journaliste d’Il Manifesto. Ta douleur, ton inquiétude était de savoir si Giuliana n’allait pas payer en Irak le prix de son engagement aux côtés des démocrates algériens. Ton soulagement fut immense lorsque tu as appris sa libération. Tu en as pleuré de joie. Tu lui avais promis d’aller la voir à Rome…

    Ce soir, je veux parler de Hachemi tel que je l’ai côtoyé. Durant toutes ces années après la sortie du PAGS de la clandestinité, mais plus particulièrement durant cette décennie de feu et de sang, au cours de laquelle nous avons dû nous « réfugier » des années durant au deuxième sous-sol du siège du MDS situé au Telemly. Ces années là sont celles qui pèsent le plus dans nos mémoires, dans ma mémoire. Combien de fois ces derniers mois passés en soins à l’institut Curie tu évoquais le souvenir de camarades que tu as peut-être retrouvé aujourd’hui….

    Alors que nos gouvernants promulguent des lois de « renonciation » abjectes, usurpant les voix des Algériennes et des Algériens pour bâillonner le cri des suppliciés qui ont hanté nos nuits, ta voix, nos voix doivent briser tous les silences… Je te vois comme je te voyais au siège du MDS, assis parmi nos amis fauchés par la barbarie intégriste : Aziz Belgacem, l’ami de tous les instants, Salah Chouaki le rationnel passionné, Rabah Guenzet le poète philosophe, Abdelkader Alloula l’infatigable troubadour, Mohamed Sellami le patriote, fierté de la Mitidja, Hichem Guenifi fauché à la fleur de l’âge, et tant d’autres anonymes, camarades et amis partis eux aussi trop tôt. A chaque assassinat, je te voyais ployer mais jamais tomber. Face à l’horreur de Rais et Bentalha, où tu t’es rendu quelques jours après les massacres des populations par les groupes terroristes, ta réaction fut, au-delà de la dénonciation, ce magnifique récit- témoignage, plein d’humanité.

    Ta rage de vivre et de vaincre galvanisait nos âmes meurtries.

    Oui ta rage de vivre et de vaincre… Dans les pires moments de cette décennie où les pressions terroristes et les dérives politiques du pouvoir nous faisaient suffoquer, tu nous disais : « si nous réussissons à échapper aux balles assassines, nous allons tous mourir de stress et de désespoir (N’ moutou Bel Kenta) ».. Tu as survécu aux balles assassines, mais pas à cette maladie qui a rongé ton corps et contre laquelle tu as si courageusement résisté.

    Tu étais un amoureux de la vie, un idéaliste. « Tu levais les yeux si haut vers des étoiles si belles et si importantes que tu ne prenais même pas le temps de regarder ce qui t’arrivait ». Tu ne pensais pas à toi-même. Tu ne pensais qu’à celle que tu aimais : l’Algérie.

    Tu es parti « le cœur gros comme ça », conscient de l’état dans lequel notre pays se trouve. Ces derniers mois, combien de fois tu nous as confié ton désespoir de ne pas pouvoir contribuer d’avantage aux luttes démocratiques, pour la sauvegarde des Libertés et de l’Algérie républicaine. Malgré la lourdeur des soins et ta fatigue tu as continué avec lucidité, jusqu’au bout, d’irriguer par ta pensée ceux qui doivent assurer la continuité du combat.

    Tu es parti laissant derrière toi ta chère femme Meriem si aimante, si douce. Celle qui a su alléger tes souffrances, te faire rire, te donner du bonheur. Tu laisses May qui grandira dans le souvenir d’un père si grand… Tu laisses des camarades et un parti pris dans la tourmente de la politique algérienne. Continuer ton combat n’est certainement pas une mince affaire. Tu as semé les graines de la dignité face à la lâcheté, de la résistance face aux compromissions. C’est ces valeurs qui feront barrage aux chants des sirènes et aux tentations.

    Lorsque le RAFD est né en 1993, les cimetières étaient des plaies béantes. D’emblée tu as accompagné cette naissance avec générosité. Tu as soutenu nos efforts. Tu as veillé sur nous au moment les plus noirs, les plus tragiques. Durant ces années de feu et de sang que certains tentent vainement d’oublier, tu nous as reçues et accueilli au siège du MDS (Ettahaddi à l’époque) comme des sœurs de combat sans chercher à connaître les appartenances de ces femmes « courage » ; ni à les encarter comme certains l’auraient pensé. Ce lieu était devenu un point de ralliement pour de très nombreuses femmes, d’associations diverses qui venaient se joindre aux militantes du RAFD pour préparer les manifestations publiques, les « sit in », les déclarations communes, les conférences de presse… Toutes ces actions qui ont permis à notre résistance collective d’être visible, populaire. A chaque fois que nous allions dans la rue pour crier notre refus de l’état théocratique, interpeller les dirigeants, dénoncer leur lâcheté, défendre la République bafouée, tu mobilisais les camarades du MDS pour assurer notre sécurité, simplement avec leurs corps. Pendant des années, tu as personnellement veillé à l’organisation de notre sécurité pendant et après les manifestations. Combien de fois Mohamed Sellami, Lyes, Rabah, Ali, Doudou, Nourredine ont mis leurs vies comme écran pour sauver la mienne.

    Tu avais un mot pour chacune, une attention délicate, une modestie qui a marqué toutes celles qui t’ont côtoyé. Ta simplicité, la fraternité que tu manifestais pour chaque militante faisait dire à certaines: « si tous les hommes politiques de ce pays étaient aussi intègres, aussi simples, aussi chaleureux, l’Algérie serait différente… ». Il n y avait ni barrière, ni secrétariat « écran », ni garde rapprochée entre toi et toutes celles et tous ceux qui se présentaient au Telemly à la porte du siège du MDS, transformé au fil des mois et des années en lieu de résistance, en lieu de vie et d’espérance.

    Durant plus de 10 ans, le RAFD a grandi dans son engagement de résistance à l’intégrisme et sa défense des droits des femmes. Gagnant en autonomie, notre association s’est affirmée comme une association de terrain, de convictions et de devoir. Tu as pleinement partagé nos actions et nos difficultés. Malgré quelques divergences sur certaines de nos décisions et actions, tu as toujours su respecter nos choix et accompagner nos démarches.

    Comme homme politique et responsable de parti, tu as toujours été présent sur les lieux de nos actions. Y compris en mettant en jeu ta propre sécurité. La seule fois où tu as été absent, c’était le 8 mars dernier. La maladie avait eu raison de ta persévérance.

    Au titre de responsable du PAGS, d’ETTAHADDI, puis du MDS, tu as affirmé les revendications d’égalité des droits entre les hommes et les femmes, la nécessité de l’abrogation du Code de la famille au moment où beaucoup ont choisi de se taire sur le sujet ? pensant que la question de l’égalité ne peut être à l’ordre du jour des débats et des décisions du pays. Tu as porté haut et fort la revendication de séparation du politique et du religieux, seule garantie pour la construction d’un état laïc traitant ses femmes et ses hommes comme des citoyennes et des citoyens et non pas comme des sujets.

    Tu as laissé en héritage des expressions qui résument tout un combat, toute une vie. « Double rupture, avec le système rentier bureaucratique et l’intégrisme religieux ». C’est l’énoncé du programme politique le plus court, mais le plus juste dont tu as la paternité. Tout comme ce mot d’ordre que tu as enfanté la veille du 10 mai 1990 pour la fameuse marche des démocrates. Installés au siège du PAGS à la rue Larbi Ben M’hidi, tu échangeais quelques idées et propositions de mots d’ordre pour cette première grande manifestation unitaire avec des camarades d’Alger et ceux venus d’Oran, de Saida, de Constantine, de Sétif. Est sorti de tes entrailles ce mot d’ordre devenu célèbre, scandé par des milliers, sinon des millions d’Algériens durant une décennie et qui reste encore d’actualité: « Djazair hourra, démocratia, Algérie libre et démocratique »…

    Je garde en mémoire la saveur du café que tu préparais tôt le matin et que je partageai parfois avec toi quand tout le siège était encore plongé dans le silence. Ces chocolats offerts par un visiteur et que tu sortais d’un tiroir « magique » pour partager avec tous tes camarades, les repas préparés avec n’importe quoi, mais qui devenaient des festins parce qu’ils avaient le goût de l’amitié et de la fraternité. Pendant des années, je fut la seule femme à vivre dans ce sous-sol parmi les camarades menacés par les groupes terroristes. Tu avais sans cesse le souci de mon bien-être me soutenant dans mes moments de faiblesses et de douleurs. Il m’arrivait de me plaindre de la dureté de cette vie coupée des miens et du soleil : « regardes moi, tu crois que c’est facile pour moi ? », me disais-tu alors. Oui El Hachemi, ce n’était pas facile pour toi, ni pour tous ces camarades qui ont dû quitter leurs familles, leurs amis, leur travail par nécessité de rester en vie.

    Je revois encore tes coups de colères contre la témérité de certaines d’entre nous lorsque nos réunions s’éternisaient. Il fallait partir vite du siège. Il fallait mettre dehors celles qui habitaient dans les quartiers d’Alger à haut risque. Arrivées chez elles, chacune recevait un coup de fil inquiet de ta part pour savoir si tout allait bien. Une fois rassuré, de ta démarche posée tu traversais ce couloir qui séparait nos lieux de vie respectifs pour venir me « sonner les cloches ». Combien de fois tu m’as fait la leçon sur l’indispensable vigilance que je devais sans cesser nous imposer pour nous protéger. C’était de ma responsabilité, me disais-tu, en tant que porte-parole du RAFD ! C’était une mission éminemment politique disais-tu encore. « Nous n’avons pas le droit de baisser la garde »… C’est d’ailleurs grâce à ta grande rigueur et à ta vigilance que tu as réussi à déjouer deux attentats… Tu me disais:  » lorsque tu croises un regard insistant dans la rue, ne baisses jamais les yeux. C’est dans les yeux que tu débusques l’assassin… Cette fraction de seconde où vos regards se croisent va te renseigner sur son intention ». Une leçon de vie que d’autres amis à toi, maquisards de l’indépendance me répéteront régulièrement.

    Tu étais ce vigile qui veille mais aussi l’ami fidèle et attentif à qui on peut confier son cafard, sa tristesse, ses joies, ses déceptions… Alors entre nous, nous avons fini par nommer ta chambre/ bureau au siège : « la zaouia ( Mausolée) de Sidi Chérif ». Ce qui te faisait rire et éveillait en toi les innombrables souvenirs de ton enfance lorsque tu apprenais l’arabe auprès de ton oncle. Cette petite chambre qui ne désemplissait pas. Visiteurs à toute heure, de tous les milieux sociaux, de toutes les catégories professionnelles, de toutes les appartenances politiques à l’exception des islamistes et leurs soutiens. On a vu arriver ammi Moh, le paysan de Kabylie, des dockers du port, des patrons de presse et des journalistes, des responsables politiques, des représentants d’associations, des artistes, des intellectuels, des députés, des commis de l’état, des anciens maquisards, tes compagnons de lutte durant ta jeunesse, des délégations étrangères…

    Pour avoir eu le privilège d’assister à des échanges avec des personnalités politiques, je peux témoigner de la rigueur avec laquelle tu t’exprimais. Sans complaisance, direct, frontal… Tu te permettais même d’élever le ton lorsque ton interlocuteur exposait des arguments inacceptables pour toi, espérant ainsi infléchir la position du mouvement. Autant tu étais accueillant et indulgent dans tes relations humaines, autant tu étais sans concessions et intraitable en politique. « Ils ne m’achèteront pas ! » disais-tu furieux lorsque certains essayaient de t ‘amadouer.

    Oui El Hachemi, tu as marqué ton époque. Tu as marqué nos consciences, nos mémoires, nos combats.

    Ton souvenir amical et affectueux continuera de nous accompagner.

    Ton amour de l’Algérie demeurera une référence.

    Va en paix, cher El Hachemi, et que ta tête soit légère. Nous demeurerons fidèles à ta mémoire et à ta petite princesse May que tu aimes tant. Elle sera femme libre dans notre pays pour lequel tu auras donné ta jeunesse, ton énergie, ton amour, ta vie.

    Au revoir mon frère, mon ami, mon compagnon de lutte.

    Je m’approprie ce petit extrait d’un hommage rendu à André Malraux pour dire aux Algériens: « vous devez savoir qu’une part de l’honneur de l’Algérie démocratique et résistante s’appelle El Hachemi Chérif »……………………………………………………………………………

  2. Message de Fatéma Benbrahim-Roumani

    Adieu mon camarade

    Le grand homme est parti. Personne ne pourra le remplacer actuellement.

    Tu as fait beaucoup pour le Parti et tes amis. Tu as été d’une générosité, d’une gentillesse extraordinaires, d’un immense humanisme, et d’un courage exceptionnel. C’est une perte pour l’Algérie, et tous tes camarades.

    Adieu mon grand, repose en paix

  3. Intervention de Mustapha Benallègue
    Au nom du MDS

    Chers amis, chers camarades,

    Dans quelques jours Hachemi Chérif aurait eu 66 ans !

    Soixante-six ans, seulement !

    L’âge de la maturité, l’âge où, en pleine possession de leurs capacités, les dirigeants de sa trempe donnent toute la mesure de leur créativité théorique et opérationnelle. Un âge où, malgré la maladie, ses souffrances et ses contraintes, il est resté jusqu’au bout curieux comme au premier jour : ses lectures, au cours des derniers mois, ses projets de lecture aussi, en étonneraient plus d’un. Curieux de ce qui se produit dans le domaine des idées, de la réflexion économique, sociale, politique, idéologique. Ce n’était pas chez lui un effet de mode, non, c’était en permanence le souci de mieux voir le monde tel qu’il va, pour toujours mieux comprendre sa marche, pour en tirer les leçons essentielles, les lignes de force, s’y adapter, les utiliser pour aller de l’avant dans ce qu’il s’était assigné comme mission : servir son pays, son peuple.

    Jeune patriote, officier de l’Armée de Libération Nationale à 22-23 ans, Sous-Préfet, réalisateur-Télé, syndicaliste, dirigeant politique, organisateur ou penseur : Hachemi Chérif, ainsi que se définissait cet autre patriote – Mohamed Boudiaf – a toujours mis l’Algérie au-dessus de tout.

    Et on ne peut évoquer Hachemi Chérif, l’homme, le militant, le dirigeant politique, ses 50 (ou presque) années de luttes et de sacrifices, sans insister sur ce souci constant qui était le sien d’allier son patriotisme, son engagement aux côtés de ceux qui travaillent et qui souffrent, et la nécessité, encore et toujours, de la réflexion, de l’analyse, mais pas en vase clos, mais toujours en relation avec d’abord la réalité, la réalité des rapports de force, la réalité de l’état de la société, ce qu’elle est prête à exiger, ce qu’elle est prête à sacrifier pour aller de l’avant. En liaison ensuite avec l’échange fructueux avec ses amis, ses partenaires, mais pas seulement : son patriotisme n’avait rien de chauvin. Il plaçait haut les valeurs de coopération, d’échange et de solidarité avec les peuples du monde entier. Jetons en passant un coup d’œil sur sa filmographie : s’y côtoient, entre autres titres, Poussière de juillet, qui célèbre le retour des cendres de l’Emir Abdelkader, Ettarfa (La corde), une fiction avec pour toile de fond la lutte séculaire du peuple algérien pour la Terre, mais aussi Les Chiens, un film à la gloire du peuple d’Afrique du Sud en lutte contre l’Apartheid.

    Maquisard à 20 ans, officier à 23, puis Sous-préfet aux lendemains de l’indépendance, il débaptise sa circonscription, et Palestro devient Lakhdaria, en hommage à son frère de lutte tombé au champ d’honneur. On connaît moins un autre aspect de cette période : sensible aux sacrifices des populations de sa région, qui l’ont si souvent accueilli, et nourri pendant les dures années de la Résistance, il refuse la voiture officielle qui est allouée à ses pairs : une DS – Citroën, symbole de la prospérité, sous d’autres cieux. C’était sa première rupture avec le système !

    Très rapidement d’ailleurs il renonce à sa charge et retrouve sa place à la RTA (Radiodiffusion Télévision Algérienne) comme réalisateur. Il participe à la fondation du syndicat, à la tête duquel il est élu par ses pairs. Il est aussi actif sur le plan politique. Il est partout où se retrouvent les bâtisseurs de la nouvelle Algérie, qui viennent d’horizons divers : alphabétisation et formation professionnelle, autogestion et reboisement, luttes sociales et syndicales dans un contexte inédit – celui de l’indépendance -, solidarité internationale : les luttes des peuples du monde entier trouvent un large écho dans cette Algérie, qui ne tarde pourtant pas à avoir besoin à son tour de solidarité, après le 19 juin 1965. On voit alors Hachemi Chérif tout naturellement aux côtés des autres forces et militants de progrès : la « gauche du FLN » comme on disait alors, d’autres militants de gauche, notamment les communistes, dont le parti, interdit en décembre 1962, était pourtant toléré sur le terrain. Avec eux, il crée d’abord l’ORP, dont la principale revendication est le retour à la légalité.

    La tâche s’avère très rapidement plus ardue qu’il n’y paraissait. Hachemi est alors, au sein du même noyau dur, membre fondateur du PAGS (Parti de l’Avant-Garde Socialiste), qu’il ne cessera d’animer jusqu’en 1993. Il y assurera des responsabilités grandissantes, parallèlement à ses engagements syndicaux qui le propulsent à la tête de la FTEC (Fédération des Travailleurs de l’Education et de la Culture), qu’il dirige de façon unitaire et constructive, ce qui ne fait pas l’affaire des hégémonistes qui déclenchent contre lui et ses compagnons, outre la répression classique, une vaste campagne de dénigrement et de diffamation qui n’arrivera pourtant jamais à son terme. Malgré tous les moyens de l’Etat mis à leur disposition, les caporalisateurs sont incapables de ficeler un dossier de mise en accusation : ils finiront par y renoncer, maintenant pourtant à son encontre, jusqu’à 1989 ! une IQTN de triste mémoire (Interdiction de Quitter le Territoire National). Pendant la même période il est partie prenante avec d’autres créateurs dans la création de l’UAAV (Union des Arts Audio-Visuels), à la vocation plus culturelle, ce qui n’empêche pas la répression de s’abattre avec la même virulence : c’est déjà l’hégémonisme en gerbe, qui va « fleurir », si l’on peut dire au cours de la « décennie noire », après la mort de Boumediene. Le Parti du FLN ( Front de Libération Nationale) qui se veut plus « unique » que jamais, et qui ne l’est, formellement, une fois encore, que grâce à la répression, impose alors le fameux article 120 de ses statuts, article selon lequel on ne peut accéder à aucune responsabilité de quelque nature que ce soit dans la société (Administration de l’Etat, entreprises, et bien entendu syndicats) si on n’est pas membre du dit FLN !

    Cet article vise en particulier et une fois de plus Hachemi CHERIF, maintenu à la direction de la FTEC grâce à la confiance de la base.

    Il ne constitue pourtant qu’un des instruments de remise en cause profonde des choix et aspirations du pays, tels que consignés dans un compromis laborieusement mis sur pied par les différentes forces socio-politiques. La gabegie s’installe, la corruption atteint des sommets vertigineux, les fortunes colossales commencent à se dévoiler au grand jour, même si cela n’a rien à voir avec le luxe insultant qui s’étale aujourd’hui : « BMW » commercialise en Algérie des modèles équivalant à près de 100 ans de salaire moyen, pendant que l’on envisage, en haut lieu, de constituer et former des brigades spéciales chargées de décourager les mendiants aux abords des poubelles des grands hôtels de la Capitale et d’autres grandes villes.

    Contraint de lâcher du lest après les journées sanglantes d’octobre 1988, le pouvoir met en place, avec moult prébendes, un pluralisme débridé, impose à la hussarde des élections dites pluralistes, après avoir introduit le loup dans la bergerie : une pléthore de partis islamistes. Et ce en violation de la Constitution récemment amendée, et qui interdisait notamment la création de partis basés sur la religion.

    La direction de l’époque du PAGS, sous la pression du pouvoir, affolée par la crainte de ne pas être agréée, ferme les yeux sur cette grave entorse : nous « dégustons » aujourd’hui encore les fruits amers de cette inconséquence. C’est aussi le début de décantations au sein du Parti lui-même, décantations qui voient Hachemi prendre toute sa place dans les débats vigoureux, mais hélas pas toujours sereins, qui recoupent, faut-il s’en étonner, les grands débats aux enjeux planétaires : c’est ainsi que la chute du Mur, le Coup d’Etat à Moscou d’août 1991, aggravent cette situation. Les Municipales de 1990, peu avant le Congrès, avaient pourtant sonné la sonnette d’alarme. Et c’est justement autour de la remise en cause de la participation à ces élections, au cours d’un été chaud, marqué par les premières exactions de commandos islamistes, que se prépare le Congrès de 1990. Congrès qui le désigne comme Coordinateur, à la tête d’une direction non homogène, avec une mission sans commune mesure avec les forces du Parti : poursuivre dans une voie « participationniste » élaborée loin de la réalité, loin de la base, qui avait pourtant porté l’essentiel des luttes de la décennie.

    C’est dans d’intenses luttes internes que se résout la question de la participation aux législatives de 1991, avec le triomphe de la ligne de refus de cautionner la participation à ce scrutin des partis islamistes, qui clamaient haut et fort, avec la bénédiction du système en place, drapé dans un légalisme importé, leur volonté de tordre le cou à la démocratie sitôt portés au pouvoir par cette même démocratie.

    Hachemi, avec d’autres camarades (plusieurs y laisseront leurs vies !), joue un rôle irremplaçable dans cette orientation vers la Résistance à l’ascension programmée de l’islamisme politique : « Non à l’enterrement de l’Algérie ! » titre le dernier appel au boycott d’un scrutin qui plongera le pays dans l’abîme dans lequel il continue aujourd’hui encore de se débattre contre une coalition hétéroclite islamo-conservatrice.

    La suite des évènements est connue : constitution du CNSA ( Comité National de Sauvegarde de l’Algérie) autour de Abdelhak Benhamouda, SG de l’UGTA, qui le payera de sa vie, et il ne sera pas le seul, interruption du processus électoral, retour de Boudiaf, efforts de redressement vite anéantis par son assassinat à ce jour non encore élucidé, montée en cadence du terrorisme, encouragée par les silences complices qui aboutiront quelques années plus tard aux campagnes criminelles du Qui-tue-qui ?

    En août 1992, à Constantine, tombait la première victime civile (après le Président Boudiaf) du terrorisme : notre camarade Abderrahmane Belazhar : c’était le début d’une lutte sans merci contre l’intégrisme terrorisme, dans laquelle Hachemi va jeter toutes ses forces. Dès lors, il n’aura de cesse de tout mettre en œuvre pour faire face, par la pensée et l’action, à chaque étape nouvelle et aux tâches qu’elle induit.

    Ainsi est née, s’est développée et a mûri la nécessité de la double rupture : rupture avec l’intégrisme, rupture avec un système rentier bureaucratique et corrompu, avant leur jonction dans une alliance mortelle pour l’Algérie. On est loin de la caricature d’une certaine presse dépeignant un homme obtus, campant sur ses positions, par paresse intellectuelle, par confort en quelque sorte. Au contraire, avec lui, nous avons appris, à chaque étape, et notamment à chaque élection, à remettre l’ouvrage sur le métier, en se demandant s’il n’était pas temps d’intégrer le processus électoral ?

    Quand il fallut transformer le PAGS, qui donna naissance à ETTAHADDI, pour mobiliser de très larges secteurs demeurés jusque-là en marge des luttes, quand il fallut élargir ETTAHADDI pour englober dans le MDS ( Mouvement Démocratique et Social) de nouvelles forces éparpillées dans divers fronts de luttes partielles, à chacune de ces étapes cruciales, quand il fallut encourager et organiser la résistance concrète sur le terrain, Hachemi était là, partageant son temps entre la réflexion et l’étude, l’écoute de la société, de ses élites, de sa jeunesse, des femmes, qu’il recevait ou qu’il visitait, lors de ses « tournées » devenues légendaires, à l’Est, à l’Ouest, au Sud, au Centre du pays … On ne compte pas les tentatives d’assassinat qui le visèrent : quelques-unes ont toutefois été médiatisées, telles celle du 10 avril 1993, dont il réchappe miraculeusement, et qu’il évoque sobrement dans l’avertissement de son ouvrage rédigé au cours de ces mois de feu et de sang : « Algérie-modernité : enjeux en jeu ».

    Il n’oubliait pas non plus celles et ceux que le terrorisme avait contraints à l’exil : combien de fois est-il venu, notamment dans cette même salle, nous rapporter les luttes et les réflexions qu’elle lui inspirait, contribuant par là-même à éclairer une opinion française et européenne déboussolée par un brouillage sans précédent financé par la nébuleuse intégriste et ses relais occidentaux.

    Tel fut l’homme à qui nous rendons hommage. C’était un patriote, un démocrate, un révolutionnaire, préférant l’étude ardue et l’analyse scientifique rigoureuse aux gadgets inutiles et éphémères, la connaissance personnelle du terrain aux constructions idéologiques a priori, intransigeant sur les principes, attaché au devenir de chacune et chacun : c’est vous dire s’il nous manquera ! Qu’il nous manque déjà amèrement, dans la nouvelle page sombre qui s’ouvre sous nos pas, au moment où le terrorisme a pris des coups qu’on aurait pu croire irréversibles, mais où une fois encore, une fois de plus, une fois de trop, le système rentier lui tend un ballon d’oxygène pour le ressusciter, le revigorer, et le voilà reparti à l’assaut de la société ! Il nous manquera cruellement, mais soyez assurés, chers camarades, chers amis, que nous saurons puiser dans son souvenir, dans son enseignement, mais aussi dans votre soutien et vos encouragements, les forces nécessaires pour porter le flambeau et le transmettre aux générations montantes, qui sauront se montrer dignes de son héritage …………………………………

  4. Je l’ai rencontré deux fois. Une fois pour une situation difficle dans laquelle on avait des positions contradictoires.

    Mais les témoignages de Zazi, émouvant et plein de vérité et fatéma , je les partége. Je ne peux avoir l’aisance et la qualité de Zazi, mais j’ai la même émotion et appréciation de hachemi, qui manque d’autant que la tendance est à l’émergence d’un « citoyen » aux antipodes de hachemi, je crains: La qualité de l’engagement sincère, puissant, intéressé que par le devenir du pays et du peuple placé audessus de toute autre considération, la générosité et la capacité d’écoute, de compréhension avant le jugement et loin de toute violence ou agessivité, toutes ces qualités incarnées par Hachemi et espérées par le peuple sont en voie de disparition pour laissr la place à l’appat du gain matériel et facile, le comportement agressif et élogné de la connaissance et l’ouversture d’esprit. El hachemi faisait (hélas au passé) partie de ces citoyens dont l’algérie à dramatiquement besoin pour faire face et résister à la barbarie plus ou moins voilée.

    Tant que nous vivrons, nous baisserons pas les bras et continuerons à combattre toutes les formes de violences faites aux hommes et surtout aux femmes, nous ferons tout pour inculquer les idées de tolérance, d’ouverture aux autres, de liberté, pour diffuser les valeurs de sacrifices pour l’intéret du peuple et de l’humanité. Car dans le pays et dans le monde on est de plus en plus nombreux, même si toujours menacés par des pouvoirs fascisants et des pouvoirs occultes non moins fascisants sous couvert de religion réduite à un instrument d’embrigadement.

    Nous n’oublieront ton action et ton exemple.

    Mouloud.

  5. Chers (es) amis (es).

    Je voudrai apporter ma modeste contribution à l’hommage trés merités que vous rendez au grand dirigeant politique qu’était Hachemi Cherif. Je vous propose le dernier message qu’il a publié en Juillet 2005.

    Ses amis et camarades pourrons le relire et l’étudier, ce sera pour tous une manière féconde de lui rendre hommage.

    « Aux camarades, sympathisants, et amis du MDS,

    C’est avec an sentiment très fort de camaraderie et de solidarité que je m’adresse à vous en ce jour important pour la vie du Mouvement et auquel je regrette profondément de ne pouvoir participer directement
    Encore une fois mon état de santé ne me permet pas d’assister (physiquement tout au moins) à une opportunité de rencontre cl de débats dont vous savez tous le degré de passion que je mets. J’espère de tout cœur qu’elle sera ma dernière absence.

    Chers camarades et amis,

    Nos travaux d’aujourd’hui constituent le dernier jalon dans la voie de notre congrès qui se tiendra une année et demie après la tenue des présidentielles du 8 Avril 2004, un temps de recul relativement satisfaisant (reste à savoir qu’en est-il de la qualité de ce recul) et si riche en événements et rebondissements pour permettre d’élaborer une appréciation qui se rapproche le plus possible de la réalité et la plus conforme à notre ligne stratégique qui a besoin d’être actualisée et de plus en plus affinée. Mais, nous n’y parviendrons que si nous nous élevons au niveau de nos responsabilités, si nous nous débarrassons de toutes sortes de préjugés, de routine, ou d’automatismes susceptibles de nous conduire à commettre des erreurs par répétition alors que l’évolution aussi bien de la base matérielle que de la superstructure institutionnelle connaît des modifications par la force ou « en douce», tout comme le mode rapport entre l’Etat et la société. Y a-t-il mieux, plus opportun qu’un congrès national pour mener une réflexion individuelle et collective aussi intense que possible permettant d’apporter les changements et les modulations nécessaires pour mettre le parti à niveau ?
    Un congres se tient pour formaliser la vie organique (au sens du vivant) et historique du parti, faire le bilan, mettre en question, réévaluer, et mettre à jour la ligne, la ou les tactiques, les concepts, vérifier l’état de leur caractère, tirer les leçons et les conséquences de l’expérience. Notre congrès sera l’occasion non seulement de faire le bilan nécessaire d’un mandat, mais également de soumettre à la réflexion et à l’analyse rétrospective l’ensemble de notre ligne telle qu’elle s’est cristallisée depuis le congrès du PAGS de décembre 90 au terme d’un débat d’une densité impressionnante.
    Allons droit au but. En l’occurrence, doit-on reconduire automatiquement le discours et la praxis de la ligne générale de rupture avec l’islamisme (dans ses différentes composantes pour autant qu’elles soient stables et donc analysables, du point de vue de travail politique de fond en plaçant la question de la séparation du politique et du religieux au pian institutionnel au centre de nos préoccupations) et le système rentier bureaucratique (dans ses différents segments sans doute en différenciation continue) dans les mêmes formes, compte tenu de l’évolution des rapports de force sur le long terme ? Quelle formulation peut rendre le mieux compte de la nature du système actuel en tenant compte des évolutions qu’il a connues : dictature bureaucratique et despotique imposant au pays une voie unique et unilatérale l’imposant par les partis-Etat, la famille dite révolutionnaire comme agent de légitimation, mais surtout la posture permanente de l’armée qui constitue l’axe central et le centre de gravité, rentier-conservateur-islamiste (la connotation islamiste, ou islamisante (ne pas oublier qu’elle vient de loin et qu’elle a imprégné le mouvement de libération nationale) du noyau du pouvoir revêt-elle toujours la même pertinence et la même forme, n’est-elle pas en déclin du fait de la défaite qui lui a été infligée par la résistance des forces vives du pays – déclin historique ?). Y a-t-il des modifications qui ont affecté la structure de la rente et quelles sont-elles ? Enfin, ce pouvoir est-il toujours conservateur (et quel contenu donner à ce conservatisme) au vu des dernières initiatives qu’il a prises dont il faut mesurer le degré de pertinence, notamment celles concernant l’enseignement islamique, le code de la famille, le code de la nationalité, etc… dont on sait qu’elles lui ont été imposées par l’évolution objective de la société et le contexte international ? Cependant, il n’est pas évident qu’elles affectent la nature profonde du pouvoir qui continue par mille et une voix de s’exprimer dans le discours et les autres initiatives du pouvoir en direction des islamistes. On peut penser aussi comme certains qu’il y a un retour à une vision populiste dont le centre de gravité s’est déplacé du centre vers la droite. C’est ainsi qu’on peut observer quelques avancées surprises paradoxales de Bouteflika sur certaines questions importantes après les avoir rudement contrariées, par exemple, sur tamazight, l’abandon des dossiers du TPI et des disparus (escamotés et devenus sans valeur d’usage, marchande et sans justification, surtout sans base populaire), et plus récemment la position par rapport au terrorisme telle que formulée la veille du cinquantième anniversaire du 1″ novembre. Mais, il reste que la question de l’amnistie et de la réconciliation nationale peut servir encore de marche-pied à l’islamisme. Et à ce propos, Bouteflika prétend vouloir officiellement consacrer une fin supposée au conflit avec l’islamisme par un acte solennel qui devrait clore ce qu’il appelle là tragédie nationale… Pourtant il n’ignore pas qu’il ne s’agit pas en l’occurrence de quelque guerre juste, mais d’une agression caractérisée, délibérément barbare et sauvage contre le peuple algérien et ses institutions. Un tel acte signifierait pas conséquent une reconnaissance de la justesse et de la noblesse de la cause islamiste. Cela veut-il dire autre chose qu’absoudre les crimes contre l’humanité, faire assumer la même responsabilité aux crimes contre l’humanité et aux sacrifices consentis pour les empêcher (l’ANP, les démocrates et patriotes auraient-ils eu tort ainsi de résister ? Auraient-ils dû laisser futé et laisser le peuple se faire écraser par la machine du fascisme barbare des islamistes ?), ceux qui ont détruit un patrimoine humain, matériel et spirituel irremplaçable du pays. On ne peut mettre sur le même pied d’égalité les criminels fascistes organisés et le peuple pacifique et les démocrates qui n’ont fait que subir et résister. On ne peut clore ce dossier par une telle logique, mais par la condamnation claire, sans équivoque des crimes islamistes, et au lieu de tenter de les faire concilier avec l’islam, plutôt affirmer sans ambages que ces forces, ces organisations et les éléments qui les composent n’ont pas été l’expression d’une religion mais son détournement et son dévoiement Et la seule façon d’éviter le retour de ce phénomène c’est la séparation du politique et du religieux dans tous les domaines et l’abrogation de l’article 2 de la Constitution. Nous ne sommes pas les seuls à avoir à gérer un tel débat. A ce propos, je ferai cet emprunt à Habermas qui dans ses écrits politiques et se référant aux débats actuels sur les responsabilités de la deuxième guerre mondiale engagés 55 après écrivait « on ne peut à la fois entreprendre une abstraction morale et insister sur le concret de l’Histoire. Celui qui néanmoins persiste à vouloir porter le deuil du destin collectif sans faire la distinction entre coupables et victimes a nécessairement quelque chose derrière la tête ».
    Autant dire que la clarification des concepts, en ait la vigilance conceptuelle et leur capacité à réfléchir le réel, est d’autant plus nécessaire qu’ils sont forgés pour couvrir une période variable allant de la tendance lourde à la tendance conjoncturelle, mais aussi pour préfigurer le futur, anticiper). C’est juste pour ouvrir l’appétit, les autres vraies questions sont à mettre à jour et à élaborer, et un grand travail a déjà été fait dans ce sens (voir différentes contributions et évaluations) !

    Quelques mois précieux sont déjà passés depuis la présidentielle du 8 avril 2004 et des millions d’algériens partagent déjà un large sentiment de gâchis, d’amertume, et pas seulement, ils tombent dans la régression sous tous les rapports. En effet, perçoit-on un quelconque signe de changement positif dans la direction de l’Etat et ses rapports à la société ? Des engagements fermes, ne serait-ce que des frémissements ? Que sont les 85% des voix de Bouteflika devenus ? Contentons-nous de poser la question et observons que la ligne présidentielle depuis sa première élection reste la même sur le fond et plutôt s’aggrave avec les offres aux entêtées aux islamistes par le moyen de l’amnistie et de la « réconciliation » et dont il faut bien considérer qu’elles constituent le noyau dur et la pierre angulaire de ses orientations, en dépit du discrédit total que porte cette notion dans la société, tandis que la tendance anti-démocratique, et disons-le de dictature bureaucratique, voire despotique étend ses tentacules sur l’Etat et la société, avec l’assèchement total de toute vie démocratique. Ce discours domine tout le discours officiel et couvre de sa voix les préoccupation du fond du pays : essor économique et social, démocratie, progrès, etc. Mais, peut-on responsabiliser Bouteflika seul ou considérer que s’il porte aujourd’hui le système, en en aggravant les traits négatifs, c’est que lui-même a été porté et continue à être porté par un système qui apparaît toujours verrouillé et impossible de changer de l’intérieur en raison de l’implication de l’armée et des services de sécurité de l’Etat qui pourtant ont joué un rôle décisif dans la défaite du terrorisme islamiste. On a donc beau chercher les secrets de « l’élection » de Bouteflika dans les positions, les pratiques, les comportements, les manœuvres» louvoiements, tromperies et ruses, reniements, les trahisons vraies ou fausses des uns et des autres parmi les protagonistes, on n’y comprendra rien si on ne cherche pas ce qui explique ces comportements dans la logique du système politique algérien. La vraie question est celle du système dont toute la société dépend et paradoxalement lui est redevable. C’est pourquoi et pour autant, on peut se poser la question de savoir si Benflis qui a été présenté comme son principal rival aux élections après avoir été son principal collaborateur, celui dont il a dit contre Ouyahia qu’il lui faisant tellement confiance qu’il pouvait s’absenter du pays la conscience tranquille, aurait constitué un changement par rapport à Bouteflika, et dans le même mouvement un jalon pour le changement du système ? A partir de quoi, et à titre d’enseignement, on peut même se poser la question de savoir si l’élection, plutôt l’intronisation de Benflis, aurait changé quelque chose !? Même si l’on se persuade que sa base socio politique est quelque peu différente de celle de Bouteflika (classes d’âge, expériences, etc.). Avançons par hypothèse que tout en étant lié de mille et une manières à la même base rentière que Bouteflika et les autres candidats (et la preuve est qu’ils ont gouverné ensemble), il représente (il semble en tous cas représenter) les noyaux des secteurs de cette base rentière de départ à la formation historiquement complexe et ambivalente – qui considèrent et parviennent à la conclusion que le système joue désormais contre leurs intérêts stratégiques et qu’il est irrémédiablement condamné, qu’ils auraient donc plus intérêt à faire entrer dans la vie les réformes qu’imposent d’un côté les besoins nationaux et d’un autre côté le contexte international dont le système de compétition ne tolère aucun écart. Mais; même si telle était la volonté de Benflis, aurait-il pu conduire des réformes même limitées jusqu’au bout (quand on connaît les tendances velléitaires et contradictoires dans le personnel du système). On peut se permettre d’en douter pour deux raisons, l’une liée à l’état des forces sociopolitiques en présence et l’autre raison fondamentale liée au fait que Bouteflika avec son discours ambivalent au niveau synchronique comme au niveau diachronique maîtrise le surf sur les évolutions nationales nécessaires et les évolutions internationales obligées (y compris sur la question de la gestion de l’islamisme)… avec le souci constant de s’assurer un troisième mandant.
    Alors, tant que nous nous trouvons dans le même système, ce système pourrait-il faire autrement que de lui choisir le maintien de Bouteflika ou à défaut d’un double ? Trouverait-il mieux ? Une partie du problème, c’est que Benflis n’est ni entièrement acquis au système pour le mobiliser en sa faveur, ni entièrement hors du système pour mobiliser la société contre lui. C’est que, d’un côté, il ne garantit pas les intérêts et les alliances qui maintiennent le système, mais de l’autre côté il ne présente pas de garanties mobilisatrices sérieuses pour le changement. La lourde responsabilité des candidats démissionnaires et la sous-estimation de la crise de fond ou du fond de la crise, est dans le fait d’avoir accompagné Bouteflika dans son élection, en sautant au dessus de la crise de fond qui frappe le pays et qui est la crise du système.- Bouteflika en se réalisant ne peut que réaliser les intérêts du système et les intérêts de ses alliés nationaux et internationaux.
    En gros, l’ensemble des protagonistes ont négligé le caractère objectif, donc pertinent et inexorable, du processus national et de l’évolution internationale qui l’enserre, et le terrain et l’objet sur lesquels se tient le jeu et se joue la partie, à savoir le peuple. De tout cela résultent des rapports de forces croisés : classe politique, classe dirigeante, la société, restés pour l’essentiel les mêmes, c’est-à-dire, réciproquement inversés. Une telle structure ne préfigure et ne porte dans son ventre aucune possibilité de changement interne ou externe au système, fusse par des élections et surtout pas par des élections, d’autant qu’elles sont fraudées de bout en bout, tant que de nouvelles forces objectives liées à l’essor des facteurs objectifs et notamment dans l’économie et la structure de classe de la société n’ont pas émergé au détriment de la rente et des bases sociales qui en profitent.

    On en revient au fond d’une de nos thèses qui postule que le système actuel a largement épuisé tout son potentiel de progrès, et qu’il n’y a pas de dépassement possible de la crise en dehors du dépassement du système lui-même, Etat et classe politique (entretenue par le système) compris.
    Les équations et leurs réponses, sont aujourd’hui bien simples, et assurément bien problématiques :
    Les ressorts sont brisés, les maillons rompus entre la société, la classe politique et l’Etat dans des rapports croisés. Plus loin, la régression va jusqu’à frapper le cœur de la société, c’est-à-dire sa mémoire collective et son sens collectif, les valeurs civilisationnelles acquises de longue date. C’est ce qui explique les problèmes de l’élaboration de l’Histoire, de sa diffusion et de son enseignement. En fait, ce système n’a pas besoin d’Histoire ni de conscience historique qui sont les bâtisseuses de la conscience nationale.
    Le complexe appareil d’Etat/Nation/Société est en perdition. Les commandes de bord (d’abord y a-t-il un bord ?) ne répondent plus, et plus grave il n’a pas de pilote pour suppléer aux défaillances du tableau de bord virtuel qui commande la conduite des affaires du pays, ou il n’y a de pilote que pour une politique unilatérale et les règlements de comptes et il n’est même pas pilote à lui-même (ce qui pourtant est l’idéal d’un Etat démocratique moderne).
    Le pouvoir, prisonnier de la routine du système rentier (avec son « j’y suis j’y reste ») ne cherche pas à dépasser positivement la tension et l’état de crise, il les nie et les laisse s’aggraver manifestement sur le terrain des réalités socio-économiques, et en soubassement sur le plan politique. Il se satisfait et se réjouit même peut être de la désertification de l’espace politique.
    Pour illustrer :
    * II faut un projet (ne parlons pas de ce projet de société trop complexe à penser pour ce système). Or Bouteflika n’en ressent pas le besoin. Pour lui (et son pouvoir et le système qui en est l’assise institutionnelle), gouverner c’est seulement s’affirmer aux commandes quant bien même il ne s’agit que de naviguer à vue,
    * II faut unir, rassembler. Il désunit,
    * II faut mobiliser, lui démobilise et désoriente,
    * II faut composer avec des partenaires, lui ne fait que défier « tel me le paiera ! ». Tout est bâti sur la ruse, la fraude, le mensonge, l’hypocrisie, la duplicité du discours,
    * Au moment où le pays a besoin de démocratie, il fait reculer ses premiers acquis déjà si fragiles. Donc pas de souci de partage, d’association…
    L’Algérie a besoin d’unité, de cohésion nationale et sociale, Bouteflika lui impose la division, Elle a besoin de clarté et de cohésion politique, il impose l’opacité et la confusion, La crise est éligible à des rebondissements, susceptibles d’éclater en tout temps et de remettre en cause les équilibres précaires négociés pour faire passer le 8 Novembre. L’approche de la future présidentielle va exacerber les contradictions et les tensions, Bouteflika étant susceptible de s’apprêter à faire le vide et doubler Ouyahia ou d’autres candidats potentiels pour tripler son mandat. Tout dépendra de la question de savoir si la ligne actuelle arrivera à stabiliser ou non l’édifice d’ensemble dans le sens d’une véritable sortie de crise.
    Ces tensions nouvelles dans la continuité des anciennes vont affecter tout le pouvoir, dans sa totalité comme système qui campe dans l’autisme. Non seulement il ne voit pas et n’entend pas, il n’éprouve aucune sensibilité. Et il est conforté par l’absence de contre-pouvoirs qu’il a lui-même laminés, à l’intérieur du système d’Etat comme à l’extérieur. En réalité, il n’en veut pas. Ses prétentions pédagogiques le conduisent à justifier le blocage du processus démocratique par le fait qu’il s’agirait d’un processus long et complexe, etc. pour le rejeter aux calendes grecques). En réalité c’est sa logique de pouvoir qui allonge ce processus et la preuve est dans la régression démocratique de fond qui marque son pouvoir.
    II impose un retour à la pensée unique. Il l’applique au peuple, et même à ses partisans. De sorte qu’on peut affirmer que quand on parle de pensée, on se fait excessifs. En réalité, il s’agit d’une pensée fossilisée, au point de devenir une non-pensée, (pas dans le sens d’impensé philosophique!). En réalité, ce système lui-même n’a pas besoin de pensée. Il ne pense pas, et donc ne se pense pas. Il est illisible aux autres, illisible à lui-même ! Il ne se reconnaît dans aucune structure cohérente, mais agit comme entité transcendante. Partant de là, et puisqu’il inhibe ou même interdit la formation des moyens et des instruments de sa réforme, il se trouve dans l’impossibilité de se réformer. La rente est son axe central, le fondement, l’assise qui le porte. Son hybridité lui permet de se redéployer, de se légitimer, et de se re-légitimer en permanence.
    En dépit des rentrées financières copieuses, ce système est incapable de résoudre les problèmes majeurs actuels, à plus forte raison, réaliser des accumulations. Son comportement n’obéit à aucune une stratégie claire, cohérente, pouvant déboucher sur des accumulations. Celles-ci ne sont possibles dans ce type de système ni par linéarité, ni par bonds en avant (l’une et l’autre de ces deux logiques supposant la production des forces du changement). La rente reste la principale ligne de démarcation (ou de discrimination). Non pas qu’il n’y en ait pas d’autres, secondaires, mais il est évident que la principale se situe entre les bénéficiaires et les distributeurs de la rente d’un côté, et ceux nombreux qui en sont exclus ou écrasés par la rente, et qui pourtant peuvent participer à un niveau subalterne, de l’autre.
    C’est un système dont nombreux sont les citoyens qui profitent de ses privilèges, mais dont souffrent des victimes en nombres plus importants y compris parmi ceux du premier groupe que le système empêche de se former comme classe moderne, indépendante (disons plutôt en quête d’indépendance par rapport à la rente et à son système), développée, dotée d’une conscience claire des intérêts stratégiques et historiques de la Nation. Au total :
    - Dépression continue (sans possibilités sérieuses de rebondissement) de la situation économique, sociale et culturelle, avec dévaluation des notions d’organisation, de rationalité, d’économie, du travail et de valeur-travail, de service public, d’honnêteté, des valeurs universelles, à l’avantage des comportements négatifs et nocifs pour la société. L’enseignement : recul démocratisation, recul de la qualité, recul du rapport renseignement. Que deviennent les vraies constantes tant vantées et chantées comme la promotion véritable de l’arabe comme langue de savoir ?
    - Déstructuration de la société et des classes sociales traditionnelles (classiques ?) héritées de la période coloniale et de la période d’essor patriotique (elles se sont, si l’on peut dire, hybridées, appauvries au plan socio-économique et culturel, sous le seau de mouvement de mutation sociale), avec transformation (bouleversement ?) du poids relatif de chaque classe et de sa position dans l’ensemble social. Il est manifeste que le poids objectif- et donc conséquemment subjectif- des classes et couches progressistes a considérablement régressé et est devenu dominé au profit du poids objectif et subjectif des forces réactionnaires qui a considérablement augmenté et devient outrageusement dominateur. La présence et l’influence des deux pôles socio-économiques et politiques sur les différents centres de pouvoir et les institutions ont suivi naturellement la même courbe d’évolution. Que reste-t-il de la mémoire de presque un siècle de mouvement national ? De mouvement ouvrier, syndical et communiste ? Et même du mouvement réformiste structuré (laïc ou islamique ? Aujourd’hui, tout est pris dans un mouvement brownien dont personne ne peut prédire l’avenir.
    - Crise des élites, des organisations, des contenus et des formes d’organisation de l’Etat et de la société (appareils d’Etat à tous les niveaux, institutions, assemblées dites élues, partis, pseudo partis ou de faux partis pour ne pas avoir à classer dans la rubrique « partis » des appareils et des organisations montées de toutes pièces par différents lobbies et clans du pouvoir), syndicats, mouvements associatifs, etc.)
    - Crise totale du système dit démocratique (élections structurées et fraudées dont la société est résignée à accepter les conditions et les conséquences, et qui cache une véritable crise de représentation, seule pèse la loi de la force et du mieux placé dans les appareils du système). Dans ce sens, les institutions dites élues, la classe politique ne sont ni productrices de démocratie ni des reproductrices. Elles sont, de par leurs caractéristiques fondamentales, incapables de faire avancer le processus démocratique et on peut même dire qu’elles sont des facteurs bloquants et contrariants. De toutes les façons elles ne font ni œuvre de contre-pouvoir ni de critique du pouvoir et du système. Elles lui servent d’alibi. Elles en sont les auxiliaires obligés, piégés, et engrenés.
    - Crise des formes de lutte et de pression sur le pouvoir, due entre autres au déséquilibre terrifiant entre la réalité du mouvement de masse et les appareils de répression,
    - Les maillons de la continuité et de l’accumulation historiques dans tous les domaines sont rompus et les ressorts sont brisés avec un affaiblissement considérable du sentiment national et patriotique que confirme l’exil massif des élites et des jeunes conforté et aggravé par le terrorisme islamiste. Notre fonds de mémoire historique est gravement atteint et dilapidé. Et les dégâts sont irréparables.
    - Crise morale, anomie, perte des valeurs positives. La corruption matérielle et morale est largement entrée dans les mœurs. Elle est devenue un mécanisme de régulation, un rapport social.

    Telle est la situation d’ensemble que le pouvoir veut normaliser par tous les moyens. Aussi, nous nous trouvons aujourd’hui devant deux Algérie, ou d’une Algérie à deux vitesses : celle d’en haut, officielle qui vit dans l’aisance matérielle et la volonté de commandement, et celle d’en bas, bien réelle et souffrante ! Qui ne s’écoutent pas, ne s’entendent pas ! L’impression que donne l’évolution actuelle, c’est que dans ce qui est visible et prévisible, l’Algérie va droit au mur, c’est-à-dire vers le chaos. Et l’Etat actuel n’y pourra rien, n suffit d’examiner de près le paysage socio-économique et les mouvements qui le traversent pour rendre la conclusion que le rythme de déliquescence et de paupérisation et le délabrement vont bien plus vite que les possibilités et les capacités de l’Etat et de la société de rattraper ce décalage et de le dépasser, à plus forte raison de l’inverser.
    C’est cette normalisation et cet effet de constante qu’il faudrait aux démocrates et patriotes combattre de toutes leurs forces et refuser de laisser installer. Et par conséquent la critique de ce pouvoir n’a de sens et son combat n’a d’efficacité que si la lutte théorique, politique et sociale s’étend à la critique systématique et systémique de tout le dispositif institutionnel, de tout le processus qui l’a porté jusqu’ici et qui met en question l’Etat, tout l’Etat ! La seule solution consiste à changer le système en son socle de sorte que l’Algérie reprenne le chemin de l’essor économique (on a envie de dire n’importe quelle économie pourvu qu’il y en ait), de l’accumulation et du progrès.

    En ce qui nous concerne, il est toujours utile d’interroger notre ligne sur sa justesse ou non et sur la justesse de toute notre praxis. Non seulement il ne faut pas s’empêcher de le faire, mais il faut considérer comme un devoir de le faire, de façon claire et lucide. Du point de vue méthodologique, il faut avoir toujours en mémoire vive l’ensemble des arguments qui ont fondé notre position. Notre conception de la lutte politique et idéologique marque toute la différence entre la démocratie réelle qui prend en compte toutes les conditions objectives et subjectives de l’existence et de l’exercice de la démocratie (niveau de développement, niveau de vie, véritable Etat de droit) et la démocratie formelle qui se contente de ses attributs extérieurs. Ceci étant, nous pouvons estimer avoir joué un rôle sinon majeur, tout au moins significatif dans l’éclairage et la conduite des luttes politiques. Notre ligne et notre combat ont contribué à mettre l’intégrisme et son bras armé sur la défensive, elle a considérablement gêné les manœuvres réconciliatrices. Maintenant, il devient difficilement envisageable et prévisible de voir revenir à une telle opportunité, dans les mêmes conditions. Cette demande est devenue obsolète et dépassée, dans la forme qui est la sienne tout au moins, cependant que le même objectif de fond reste valide, plus que jamais nécessaire et possible, et possible parce que nécessaire. Nous devons refuser d’être prisonniers des habitudes traditionnelles et routinières de pensée. Mais, c’est sur la base de progrès relatifs mais réels, ou réels mais cependant relatifs. Nous avons, en quelque sorte, participé à la préparation de possibilités d’une bifurcation positive. Ce qui ne signifie pas qu’elle arrivera demain : tellement de retards ont été accumulés ! Mais, déjà, il y a et il y aura encore forcément changement dans tes modalités – qui impliqueront toujours les appareils compte tenu de leur poids rapporté à celui de la société, mais davantage la société, non pas la société vue comme masse inerte, mais comme corps dynamique. Evidemment, ce changement se réalisera au terme d’une période plus ou moins longue. Mais, une avancée décisive a été faite dans cette voie. Et il faut mettre à profit cette avancée pour arracher à l’islamisme (et disputer au système) toute possibilité de reprise de l’initiative stratégique dans les nouvelles conditions où sa pression sur la société algérienne a considérablement baissé chez l’islamisme et semble paradoxalement se stabiliser chez le système.
    Il serait utile de faire le bilan de l’islamisme, et demander des comptes à ses partisans et ses soutiens. Quelle a été, et quelle est, dans la vie et l’expérience réelles, son utilité publique, sociale, politique, intellectuelle ? Il ne s’est manifesté qu’en tant que force de freinage de la société et de l’Etat, du progrès, de la culture et de la civilisation ?
    L’islamisme a été acculé à la défensive par la pression dissuasive de la société et de l’Etat (en dépit de son caractère hybride et en cette raison-même. Ayant perdu substance au présent dans les générations qui l’ont déjà pratiqué et expérimenté, il tente de se projeter dans le futur en se rabattant violemment sur les enfants et les jeunes qu’il embrigade et met sous sa pression en exploitant les organisations d’encadrement de la jeunesse et de l’enfance (UGEL, SMA, etc.) ou en en créant pour la circonstance. Cependant, peut-on estimer que l’évolution de fond des partis islamistes confrontés à la société marchante les conduit forcément dans un processus d’islam-démocratisation à l’instar des processus de chrétienne-démocratisation en Europe et en Amérique latine ?
    Rien ne nous oblige à céder aux pressions et nous précipiter à nous prononcer sur cette question, car son dénouement traverse un processus contradictoire qui ne se laisse pas lire facilement à un premier niveau. Ce processus est contrarié par le fait que les partis islamistes ne sont pas prêts de s’accommoder de la séparation entre le politique et le religieux, s’appuient sur l’internationalisation de la mouvance islamiste y compris la plus radicale, en plus du fait que les patriotes et autres démocrates ne les poussent pas à aller dans ce sens, compte tenu de leurs propres retards de conscience.
    Tous les éléments d’analyse liés au système rentier bureaucratique et à son caractère démiurge, à son essence idéologique et institutionnelle, à sa capacité de phagocyter le réel et l’espérance de progrès, restent valides et pertinents. H avance masqué, il recule masqué. Normal. Par nécessité. Il est en rupture de cohérence (les contradictions internes continuent à s’exacerber). Il est en rupture de stock de base (celle-ci s’est disloquée sus la pression des évolutions nationales et internationales). Il est en rupture de stock d’alliances (les choix -surtout ceux du pouvoir – sont tenus d’être de plus en plus prudents et affinés. Au plan idéologique. Son alliance triple ou quadruple prétendument formalisée si l’on y ajoute l’UDR en pâtit En effet comment « souder » les prétentions anti-intégristes de l’UDR (fussent-elles encouragées par le noyau du pouvoir pour phagocyter le RCD et le MDS) et les prétentions islamistes de Hamas ?
    Au plan idéologique, la révision du code de la famille illustre la volonté du pouvoir comme entité politique, idéologique, institutionnelle, de faire certaines des concessions qu’imposé la montée des aspirations démocratiques et des contraintes sociales, tout en s’efforçant de tenir fermement l’initiative stratégique et de la tenir liée au plan idéologique aux valeurs islamiques. Et on peut ranger cette question dans la logique qui a régi la série des décisions apparemment paradoxales qui ont conduit à la constitutionnalisation de Tamazight, à la réintégration du français dans renseignement et à la récente adhésion à la francophonie. Tout cela donne l’impression que le caractère débridé de Bouteflika dont on disait dès le début de son premier mandat (et c’était politiquement juste de le dire) qu’il lui donnait la possibilité de tendre la main aux islamistes, c’est ce même caractère débride qui lui donne (le toupet), la force et la capacité d’initiative de mesures de progrès, les batailles d’arrière garde et d’escarmouches étant menées par les islamistes autour de la question de l’importation des boissons alcoolisées, et encore pas tous puisque Hamas, comme à ses habitudes, trouve les arguments les plus farfelus pour abdiquer et justifier sa position.

    Quand au diagnostic de l’état des démocrates il est difficile à faire. Actuellement, c’est la léthargie qui règne, signe du choc du 8 avril et des carences en matière d’analyse des faits et des tendances lourdes. Mais des rebondissements sont parfaitement possibles. En réalité le terreau démocratique n’est pas asséché comme le prétendent certains observateurs, Il est toujours là, disponible, peut être plus que jamais mais ne rencontre pas encore ses  » élites « . La phase actuelle doit être à la cristallisation des conditions, des facteurs et des forces de changement et notamment par l’essor des forces productives. D’une part, le pays a besoin de s’acheminer vers des Polarités radicales, sur une base de principes et de valeurs, et sur une base de praxis et de pratique. D’un côté, c’est bel et bien en dehors de la classe politique actuelle que peuvent s’ouvrir des perspectives, car elle en est l’exact contraire. Mais, en même temps elle reste présente, du fait que l’arbitrage de la société n’est pas suffisamment pertinent, et n’oppose pas de sanction négative.

    Avec Bouteflika, on assiste à une accélération de l’obsolescence de toute la classe politique, islamisme compris, processus qui a commencé bien avant, sous la direction de Zeroual (ne pas se laisser tromper par ce qui flotte à la surface, le FLN, le RND ne sont rien s’ils n’étaient portés à bout de bras par les appareils et les moyens du pouvoir. Mais au total, contre sa volonté même, et en cherchant à édulcorer les contradictions pour faire avancer son compromis, Bouteflika a fini par contribuer à abîmer les partis liés au système et l’intégrisme dans sa propre stratégie, y compris en lui promettant des perspectives impossibles. Alors que le système reste encore indemne.
    L’analyse théorique, le bon sens, l’expérience pratique même, confirment qu’il n’y a rien à faire de sérieusement positif avec cette classe politique. Elle constitue plutôt un écran qui empêche la cristallisation de nouvelles forces en partis politiques de type nouveau. Elle contrarie et retarde les processus de décantation. Alors quelle stratégie vis-à-vis d’elle ? Continuer à nous poser comme sa négation et à la poser comme notre négation, avec au bout de grandes inconnues ou bien la reconnaître au prix d’un gain nul ?

    La question cruciale des instruments (élites politiques, sociales et intellectuelles, institutions), est celle de savoir si l’Etat va pouvoir et devoir (faute d’élites et d’une classe politique digne de ce nom) se réformer spontanément, par la bande, par le jeu des intérêts et des accumulations, par sa propre dynamique interne, sans être éclairé et tracté par un projet cohérent, élaboré, mobilisateur, ou ne se réformer que sous le poids des facteurs objectifs et subjectifs du changement, ou encore des sollicitations et pressions des nouvelles réalités mondiales !?
    On peut dores et déjà compter avec les heurts d’intérêts à venir entre les appétits de la néo-bourgeoisie libérale qui cherche à s’émanciper de l’ordre ancien et ceux qui veulent maintenir cet ordre avec ses privilèges et les intérêts des alliances internationales de Bouteflika avec le capital américain et celui du Golfe. Mais aussi, et fondamentalement entre tous ces intérêts et ceux de l’Algérie et de ses couches populaires et de ses forces vives.

    QUEL AVENIR POUR LE PAYS ?

    Objectivement, et si les conditions ne changent pas substantiellement, pour ne pas dire radicalement, le passage par le chaos (à savoir par la rupture brutale des équilibres, le désordre et l’anarchie, pas forcément dans des formes violentes, peut être une nouvelle « orange ») deviendra inévitable, incontournable. D’ailleurs, ne faudrait-il pas considérer que nous avons déjà atteint un degré d’irréversibilité et de non-retour dans cette voie ? Il n’y a qu’à se référer aux réalités et aux chiffres socioéconomiques, à l’état des retards structurels en termes de facteurs objectifs et subjectifs dans tous les domaines (infrastructures, équipements, hydraulique, réseaux routiers et ferroviaires, enseignement à tous les niveaux – en matière de structures de base et de qualité, les retards de conscience et de civilisation, la rupture de la cohésion et de la discipline sociale, etc.,), tous ces phénomènes étant éligible à l’aggravation. La société est ainsi placée devant un choix cornélien : se laisser « normaliser » par le système, dompter, mater par gourou actuel, en Bouteflika, accepter le triste sort qu’il fait au pays, rejoindre la horde (sans péjoration aucune, juste pour signaler des communautés non organisées) des pays arabe-musulmans qui sortent de l’Histoire, ou résister par toutes les voies qu’offre la vie. Le MDS pour sa part, ne cherche pas, ne travaille pas, et ne souhaite pas une exacerbation, y compris au motif que l’aggravation des contradictions entraînera inévitablement un niveau plus élevé d’opposition, de résistance et de mouvement social et démocratique. C’est moins évident qu’il n’en paraît. C’est Brecht qui disait « les victimes d’un séisme se rendent-elle compte de ce qui leur arrive et peuvent-elle réagir en conséquence ? » Et le peuple n’en souffrira que davantage, de surcroît sans la garantie d’une issue positive satisfaisante. Si dans ce cas, toutes les voies de la résistance démocratique et pacifique sont obstruées, le passage par le chaos (c’est à dire, à la rupture brutale d’équilibres ou au marquage brutal d’équilibres déjà largement rompus) comme c’est le cas actuellement, l’Algérie risque d’aller vers le divorce total et absolu Etat/société, vers un chaos indescriptible. Ce n’est pas une telle évolution que nous voulons ou que nous recherchons pour notre pays. Nous ne tomberons pas dans une telle tentation avec le vain espoir d’en tirer quelque dividende. C’est, au contraire, ce que nous cherchons à éviter. Et nous voulons alerter contre sa survenue avant qu’il ne soit trop tard, et s’il n’est pas encore trop tard. Pour dépasser la crise, construire les instruments politiques, sociaux, institutionnels de défense des intérêts matériels et moraux du peuple algérien et du changement dans la voie du progrès.
    Il appert, si l’on peut tirer une conclusion théorique historiale de la phase en cours, que Bouteflika conduit, consciemment ou inconsciemment, la phase négative de reconstruction équivalent au pôle négatif (ou plutôt de recomposition ?) et nécessaire au pôle positif, du paysage d’ensemble, politique, culturel, idéologique, institutionnel, c’est celle de la destruction même s’il peut s’agir dans sa conscience d’essais de reconstruction (on ne peut pas lui prêter que de mauvaises intentions) opacifiées par les différents mouvements contradictoires Etat/Société, Etat/Etat, Société/société, souvent dans des lignes transversales. Il se heurtera, il se heurte déjà dans les formes multiples à une résistance passive, à des oppositions elles-mêmes déstabilisées et déstructurées, certes, y compris progressivement dans ses propres rangs qui vont être touchés, et une nouvelle phase succédera à la sienne et qui pourrait être celle de la rupture qui, elle aussi traverse deux moments.
    Mais, on n’avancera dans la bonne direction que si on voit bien que sous quelque angle que l’on analyse la situation dans le pays, c’est la question capitale de la reconstruction, ou plutôt de la construction de l’Etat qui est vitalement posée, faute de quoi les hypothèses et projections prospectives et perspectives sur l’organisation de la société, sur la démocratie, la justice, la liberté, l’essor général, le contrat social (consacré chez nous ……), l’harmonie, ne seront que fantaisies. Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a pas d’Etat, ou que cet Etat a failli sur toute la ligne. C’est bien ce même Etat qui a résisté contre le terrorisme islamiste (aussi parce qu’il le connaît bien) et en cela il a, en dépit de nombreuses faiblesses accompli une mission historique majeure. Mais il a failli dans sa reconstruction et sa ligne stratégique en sous-estimant la valeur de la modernité politique, civilisationnelle et culturelle.

    Et il devra bien s’agir d’un Etat qui se ait et se forge avec les logiques, les espaces, les instruments, les visions du XXIème siècle, celui des grands ensembles et échanges, disons des interactions, de la mondialisation bien comprise dont tous devons profiter. Il va sans dire que nous ne pouvons prétendre à rien si nous ne mettons pas l’essor socio-économique au centre des préoccupations, avec le souci bien compris qu’il n’y aura pas d’essor économique stricto sensu qui ne s’appuie pas sur un essor social authentique, des bénéfices partagés qui insuffleront une dynamique et une énergie nouvelle pour soulever le pays. Par conséquent, il ne peut y avoir d’économie neutre, et à plus forte raison d’économie libérale ou néo-libérale capable de libérer notre pays et de le faire progresser. Le progrès social (pouvoir d’achat, conditions de vie et de travail, besoins sociaux, démocratie, etc…) n’est pas qu’un point idéologique abstrait, il ne s’y réduit pas, mais se trouve au coeur de la dynamique générale d’évolution, en même temps qu’une condition majeure de sa réalisation.

    A ce point de l’analyse, il faut prendre la mesure de la lourde responsabilité des démocrates et des patriotes au sens large, pour ne pas faire illusion sur la pseudo classe politique démocratique. Quant à cette dernière, les erreurs à répétition qu’elle a accumulées depuis le début des années 1990, les opportunités gâchées la rendent responsables en grande partie du drame épouvantable que continue à vivre notre peuple sans espoir de s’en sortir encore. Il reste à savoir qu’elle est – ou quelles sont – les sources de ces erreurs : faiblesses théoriques et politiques, intérêts de classe ou les deux ?
    Le MDS s’est distingué radicalement de cette classe politique, sur l’essentiel, malgré et avec une élaboration du côté du parti et une lecture du côté de l’opinion rendue difficile par la contradiction insoluble entre la nécessité d’alliances couvrant différents espaces et la difficulté même de les mettre en œuvre en raison d’approches politiques et empiriques différentes, mais sans doute aussi des raisons subjectives de carrière. Il a constitué un lieu de résistance privilégié contre le terrorisme, sa matrice idéologique qu’est l’islamisme, et la critique fondamentale du système politique algérien, de son Etat et de son pouvoir. Il a même décelé les prémisses de changements possibles dans l’évolution de la situation nationale et internationale. Il a aussitôt posé publiquement les considérations, les attendus, les éléments et les jalons d’une bifurcation de l’évolution presque dans les termes dans lesquels elle se pose actuellement
    Intégrer dès maintenant nos thèses critiques et prépositionnelles sur les questions liées à la stratégie d’édification, aux problèmes socio-économiques (avec leurs implications internationales), à la paix, aux droits de l’homme, aux libertés, à l’égalité et à la justice, aux questions de la mondialisation, du monde arabe et musulman et du grand Maghreb, à l’amnistie et à la réconciliation nationale. Soutenu- la controverse tout en restant ouverts.
    Désormais, nous devons concevoir la démocratie non comme un préalable abstrait, comme une utopie ou un idéal, mais comme une conquête, dans le même temps qu’un moyen de conquête du pouvoir.
    Concrètement :
    Cristalliser, rendre visible, palpable, le projet de société séduisant, captant et captivant par sa cohérence et son ouverture d’esprit et de spectre d’intérêts,
    Etre présents de façon agissante dans tous les débats politiques et intellectuels et dans toutes les luttes économiques et sociales à tous les niveaux et touchant divers domaines et milieux socio-profressionnels,
    Elaborer une philosophie et une pratique d’alliances à divers niveaux de proximité et/ou tout simplement d’actions unitaires qui tient compte de la diversité d’intérêts et de conceptions reposant sur un certain équilibre et une certaine synergie, sans exiger des proximités politiques et idéologiques.
    Travailler à changer les rapports de forces au sein des « institutions » dites élues, et en conséquence dans les appareils, dans le même mouvement Cela passe par une mobilisation de type nouveau de la société. Il faut nous préparer à participer aux futures élections avec comme philosophie la poursuite de la conquête difficile de la société et un début d’investissement des institutions de la république, en réfléchissant et en élaborant les objectifs globaux, partiels et intermédiaires – mettre discrètement en place des commissions électorales à tous les niveaux, préparer des candidats et des listes et affirmer solennellement dans quelles conditions et avec quel programme, quels critères et objectifs, le MDS assume leur investiture, etc
    Travailler dès maintenant sur la stratégie électorale et sur rétablissement de listes électorales avec des personnalités saillantes répondant aux critères d’adhésion à notre programme électoral, aux conditions de moralité et pouvant servir de repères. La participation aux élections, au-delà des luttes pour le pouvoir, n’a ni de sens, ni d’efficacité, ni de pérennité que si les élus font leur travail pour la société et avec la société, leur présence dans les chambres d’élus n’étant que la partie politico-institutionnelle de leur responsabilité. Ce ne sera pas le peuple au service des institutions, mais les institutions au service du peuple.

    Mais, à partir du moment où depuis 1990 nous avons fondé la thèse suivant laquelle le parti est un rapport social, et que donc son identité n’est pas immuable, peut-être bien la question devient-elle plus profonde aujourd’hui que la situation dans le pays, éclairée par ce qui se passe dans le monde, implique des adaptations, des ajustements, des changements majeurs, le pays étant situé en pleine bifurcation ? Alors, adaptation à droite pour coller au réalisme, s’en remettre à ce qui est présenté comme l’évidence, ou réaffirmer notre vocation progressiste de gauche moderne capable de trouver le compromis le plus positif entre les intérêts des travailleurs, des cadres, des masses populaires et ce qu’on peut en tirer de ce réel et du rapport de forces qu’il impose (et précisément pour défendre ces intérêts ?). Les restructurations de la gauche en cours dans le monde devraient nous encourager à mener ces débats avec lucidité.

    Nous avons été éduqués à des critères définis comme les meilleurs et les plus indispensables pour cimenter un parti progressiste et le pérenniser. Naturellement, ces critères ont largement changé, changent. La preuve est que les critères anciens ont sauté, est que les sociétés actuelles ne produisent plus le même type de militant que celui connu dans les dizaines et centaine d’années précédentes avec la montée de l’industrie et du prolétariat qui en accompagnât l’essor. D’où l’extrême difficulté d’avoir à disposition aujourd’hui une base socio-économique cohérente dans ses intérêts, ses besoins et aspirations, capable.
    D’où les difficultés qu’éprouvent les partis à se donner une base superstructurelle, idéologique, théorique, méthodologique minimale. Chez nous, nous avons à faire à une masse informe qu’ont ne peut encore qualifier de société au sens moderne. A quoi s’ajoutent les chocs vécus ces vingt dernières années au niveau mondial, avec l’écroulement du socialisme réel, la chute du mur de Berlin, le recul des grands partis communistes des pays capitalistes développés, des avant-gardes du tiers monde, etc… Sur la base du triomphe arrogant dans une dynamique de rouleau compresseur du néo-libéralisme a ébranlé les convictions progressistes et rendu autrement plus difficile de forger de nouvelles perspectives. Un vent de désespoir et de résignation souffle sur une base sociale universelle que les contradictions et jeux des politiques politiciennes des verts et des altermondialistes achèvent de désorienter et de désabuser. Cas particulier du parti communiste irakien ? Ou bien faut-il attendre que l’expérience en soit achevée. »

  6. Chers (res) amis (es),

    L’hommage que vous organisez pour Hachemi Cherif est digne d’éloges. Je vous transmets un texte assez interessant, en ce sens qu’il a été rédigé par un de ses plus proches compagnons.
    Merci de le publier.

    Mes amitiés.

    Hachemi Chérif, l’homme de la rupture

    Notre camarade Hachemi Chérif nous a quitté le 2 août 2005, en ayant mené un ultime combat face à la maladie, après un parcours de lutte. Il est difficile de l’évoquer, Hachemi ne goûtait guère aux honneurs et, un camarade me rappelait qu’ayant assisté à l’hommage emphatique rendu à un patriote, il avait dit « j’espère que vous ne me ferez pas une pareille chose ». En redécouvrant le patrimoine politique qu’il a laissé, on peut cependant reprendre le poète Maïakovski et dire qu’il est « toujours aussi vivant, c’est notre savoir, notre force, notre arme. » Son nom restera attaché au concept de double rupture avec l’islamisme et le système rentier et il aura profondément marqué les luttes démocratiques. Il ne se sera pas borné à forger le concept et à s’en revendiquer, il aura été engagé toute sa vie de la manière la plus conséquente dans la voie de la rupture. Ces déclarations et écrits en portent témoignage.

    A peine sorti de l’adolescence, il avait rejoint les rangs de l’ALN contre le colonialisme. Plus tard il se réinterrogera : « Novembre est-il une rupture dialectique par rapport à la classe politique traditionnelle du mouvement de libération nationale … ? Il est évident qu’il s’est agi d’une rupture radicale… Et le ralliement de cette classe politique à la guerre de libération nationale, à des divers degrés, ne la dédouane pas de son attitude réformiste. » A l’indépendance il sera un des artisans de l’édification des institutions de l’Etat comme « sous-préfet » de Palestro qu’il baptisera Lakhdaria du nom du valeureux Si Lakhdar. Quand, des années après, certains voudront comparer le terrorisme islamiste contre-révolutionnaire avec le combat révolutionnaire des moudjahidines de 1954, il dira « si l’affirmation de la nation algérienne ne pouvait se faire que par la négation de son appartenance à la nation française, il n’en n’est pas de même de la société moderne qui, elle, va s’affirmer essentiellement par la négation du projet de société (archaïque antagonique) irrémédiablement condamné par l’histoire. Ni l’identification, ni la rupture n’occupent la même fonction, ni ne peuvent se faire dans les mêmes conditions… elles s’inscrivent dans une logique différente.»

    Avec l’ORP, il s’est dressé contre le coup d’Etat de 1965, pour compter parmi les fondateurs du PAGS, tout en militant dans la fédération des travailleurs de l’éducation et de la culture dont il a été SG malgré les pressions du parti unique et le harcèlement policier et judiciaire. Il devient le premier responsable du PAGS, à la sortie de la clandestinité en 1990, à un moment marqué par la chute du mur de Berlin. Analysant les transformations au sein du mouvement progressiste, il écrivait «le processus de changement dans le parti par des modifications et des ruptures successives est une réalité depuis des dizaines d’années : depuis les premiers noyaux de militants révolutionnaires, communistes et ouvriers, à la création de l’ENA (Etoile Nord Africaine), à la section Algérienne du PCF, à la création du PC d’Algérie, puis du PC Algérien, ensuite de l’ORP et du PAGS en 1966».

    Au moment de la montée du péril intégriste, alors qu’il fut accusé, par un des dirigeants qu’il respectait le plus, de porter un coup de poignard dans le dos du parti, Hachemi Chérif mènera la transition du PAGS vers une organisation tournée vers la résistance à l’islamisme et au système rentier: ETTAHADI. Il savait que «la vie a largement montré l’inanité et l’obsolescence des partis dont l’identité et les fondements théoriques sont fixés une fois pour toutes, momifiés.» Durant cette période d’affrontement sanglant, il refusa toute tentative de compromission avec l’islamisme politique. Ainsi il dénoncera le chef du MSP comme « le bon islamiste modéré, capable d’occuper une zone tampon entre les deux « extrêmes », pour éloigner à la fois le « spectre » de la rupture moderniste, et le spectre de la rupture intégriste radicale et violente. » Critiquant le FFS pour ses positions réconciliatrices niant la responsabilité de l’islamisme, pour pointer du doigt le pouvoir, il rappellera que « si le pouvoir assume quelque responsabilité …c’est faute d’une stratégie de rupture avec l’islamisme… Cette carence découle précisément non pas de son côté éradicateur comme le sous-entendent le FFS et ses amis, mais de son refus d’aller jusqu’au bout de la lutte. » Pour Hachemi « dialogue ne rime pas avec rupture, c’est son contre-temps ». Et il ajoutera « quand la société appelle à la rupture et au changement radical au niveau des orientations et des hommes, le pouvoir lui renvoie le même « consensus de société » dépassé et les mêmes forces responsables de la crise. »

    Les positions que Hachemi défendait et la critique à laquelle il se livrait correspondaient à une analyse concrète d’une situation concrète, comme il le disait souvent. Il était devenu un repère pour les patriotes. Sa clairvoyance, son courage et sa détermination redonnaient l’espoir aux citoyens. « Tous les indices montrent que nous nous trouvons bien à un moment crucial de l’histoire de l’Algérie, qui annonce des ruptures et des changements inéluctables ! Dans quelle direction ces ruptures et changements vont s’opérer ? Quel sera le contenu ? Quelles en seront les forces motrices ? … La réponse n’est pas aisée à mettre à jour et à formuler. Il faut pour cela, « sortir des sentiers battus », s’engager dans la voie difficile et ardue des ruptures ».

    Dans les années 98/99, le recul du terrorisme islamiste contraint par la mobilisation des citoyens en armes, de l’ANP et des forces de sécurité, posait l’exigence d’un mouvement ouvert sur la société, en mesure de capter et de mobiliser les « nouvelles polarités radicales » : c’est ainsi qu’est né le MDS. La crise de l’Etat était pourtant encore là. Lors d’un colloque consacré à la question, il expliquait que « pour bien comprendre les phénomènes qui régissent un Etat, il faut recourir à l’histoire pour en dérouler et dévoiler la genèse lointaine … Et même quand il y a rupture à un moment, c’est un rapport, c’est une rupture par rapport à un état de choses déterminé.» Et il écrira avec réalisme « comment mobiliser avec le mot d’ordre de double rupture … édifiés sur le fait que le maintien de l’islamisme est la justification et la garantie du maintien du système, autant que le maintien du système est la justification et la garantie du maintien de l’intégrisme… C’est dire que la mobilisation aujourd’hui, y compris si l’on tient compte des déceptions … aussi bien du fait du pouvoir que du fait de la classe politique démocratique, se fera sur la base d’une conscience plus élevée des enjeux ou ne se fera pas, ou encore sera inefficace… Elle dépend, à notre sens, de la mobilisation de chacun des segments du mouvement démocratique … par la jonction des forces qui appellent et oeuvrent à la rupture du dedans du système, et des forces qui y appellent et y oeuvrent de l’extérieur du système »

    A chaque moment, notre camarade a eu le souci de saisir la réalité dans son mouvement et de comprendre la nécessité de dépasser une situation quand les possibilités d’accumulation quantitative étaient épuisées, et que les changements qualitatifs devenaient incontournables. Il savait aussi s’emparer de la possibilité inverse. « Peut-être est-on entré dans une nouvelle phase d’accumulation quantitative rendue nécessaire par l’échec sur le fond de toutes les tentatives de réforme?» écrivait-il à propos de la phase actuelle. Dans la lettre qu’il envoya au pré-congrès on pouvait lire « doit-on reconduire automatiquement le discours et la praxis de la ligne générale de rupture avec l’islamisme et le système rentier… dans les mêmes formes, compte tenu de l’évolution des rapports de force ..? »

    Le MDS est né pour consacrer l’évolution objective qui affectait l’environnement international et notre propre pays, pour servir d’instrument puissant de mobilisation et d’action. Hachemi Chérif envisageait la réalisation d’une ancienne exigence «celle d’un véritable bond qualitatif. Un tel bond ne peut être opéré que par le moyen d’une révolution, conformément aux enseignements de l’histoire. Et c’est ce moyen qui est à coup sûr le plus pacifique et le plus apte à rassembler les plus larges masses et libérer leurs énergies créatrices…une révolution ayant la vocation de synthétiser en un moment historique le plus dense… à la fois la période de gestation et de synthèse et sa conclusion logique par la rupture radicale». Quelques jours avant sa disparition il écrivait « si les conditions ne changent pas substantiellement, pour ne pas dire radicalement, le passage par le chaos (à savoir par la rupture brutale des équilibres, le désordre et l’anarchie, pas forcément dans des formes violentes, peut-être une nouvelle « orange » deviendra inévitable. »

    En 1999, Hachemi entrevoyait une possibilité, déçue, de participer à l’élection présidentielle. « Il faudrait opposer à l’alternative islamo-conservatrice … une alternative démocratique moderne, par une plate-forme commune et un candidat commun de rupture ». Déjà en 1997, il évoquait la nécessité de mettre fin à l’alliance avec les islamistes au niveau de l’exécutif et du législatif et proposait dès le congrès constitutif du MDS d’aller vers un « pouvoir de combat républicain qui bascule radicalement l’ordre dans lequel le pouvoir actuel veut nous inscrire ». Face aux critiques de ceux qui refusaient au MDS une adaptation permanente de sa ligne, il réagissait « il faut interroger les concepts qui nous sont proposés de façon directe… ou imposés par la pression du rapport de force et qui tendent à nous éloigner de nos choix principiels…ou carrément plaqués sur notre ligne pour la déformer. Et c’est malheureusement ce que font certains journalistes… en nous accusant d’avoir « rompu avec la double rupture » ou d’avoir décidé de revoir son attitude à l’égard des échéances électorales… Tout montre la nécessité du maintien et du renforcement d’un noyau dur progressiste, démocratique et moderne… pour porter la contradiction à la perspective bouteflikienne (et péri-bouteflikienne) qui porte dans son ventre une variante de despotisme oriental mâtinée de néo-libéralisme ».

    A la tentative du pouvoir de dévoyer les luttes et sacrifices de notre peuple, consistant en « une sortie de la crise » dictée par les intérêts étroits et par le capital financier international il opposait encore une fois l’analyse et la rupture. « Le processus d’accumulation rentière, précapitaliste retardataire, est-il en train de se muer en accumulation capitaliste moderne ? Sommes-nous dans une période charnière d’un tel processus où l’ancien n’est pas mort et où le nouveau ne s’est pas imposé encore ? … ce processus se traduira-t-il au niveau de l’évolution des facteurs subjectifs dans les rythmes qui pourraient permettre sa consolidation et son triomphe définitif ? … peut-il aller aussi loin que nécessaire pour déboucher sur une mutation qualitative du système socio-économique et du système politico-institutionnel algérien, sans passer par un moment fort de rupture ? »

    Après une longue période où forcés à une attitude défensive nous ne pouvions faire mieux que d’éclairer la société, Hachemi avait compris qu’une phase historique nouvelle s’ouvrait. « Il est tout à fait clair que l’avenir appartient à la démocratie pour peu que les forces démocratiques comprennent qu’il n’y a pas d’autre voie que la fusion du mouvement social qui va monter et du mouvement démocratique avec toutes ses composantes autour d’une véritable stratégie de rupture et de changement radical. » Il avait saisi de manière aigue depuis le 8 avril 2004, qu’il fallait opérer un changement, mettre deux fers au feu, être au cœur des luttes démocratiques, sociales et politiques, pour arracher chaque parcelle d’Etat démocratique moderne.

    Une telle tâche exige un instrument politique démocratique,autonome, qu’il a œuvré à édifier durant les quinze dernières années : le MDS. Face aux menaces sur son unité, il avait laissé un texte daté d’août 1992 dans lequel on pouvait lire « pourquoi ne pas penser sérieusement qu’il y a conspiration et complot, sous prétexte de préserver la fidélité à l’héritage, inspirés par certaines forces qui ont intérêt à ce que le pays ne se donne pas le mouvement socio-politique dont il a un besoin impérieux, à ce que le parti ne réalise pas les changements qui s’imposent, forces qui ont intérêt à ce qu’il reste enfermé dans son « cocon de chrysalide » et reste seulement comme force d’appoint ». Il avait tellement en horreur l’idée d’être réduit à un comité de soutien qu’il avait exprimé beaucoup de déception, lorsqu’un ancien camarade, intellectuel qu’il respectait, avait émis l’idée que le mouvement qu’il dirigeait était « utile ». Il refusait de n’être qu’un « porteur d’eau ». Et si il avait une ambition, elle n’était pas pour lui même, mais qu’on reconnaisse le rôle essentiel joué par le courant dans lequel il s’inscrivait.

    Une année après sa disparition, il s’agit de sauvegarder et de consolider ce mouvement qui traverse une période de turbulence marquée par l’incertitude, l’instabilité et la crainte de voir un capital inestimable d’expérience de lutte et d’accumulation théorique disparaître. Cette incertitude et cette instabilité sont liées à celles que connaît le pays, et provoquent les mêmes craintes quand à son devenir. Quelques jours après avoir appris sa maladie, Hachemi Chérif terminait une lettre au Bureau National du MDS par « comment,enfin, préserver et renforcer la philosophie et le fonctionnement démocratique du parti, conditions de la préservation de son unité et du renforcement de sa dynamique ? ». Il traçait la voie à suivre : celle de la rupture couplée au consensus, aussi bien pour le pays que pour le parti.

    Ali Hocine

    Secrétaire Général PI du MDS

  7. Il y deux ans, disparaissait Hachemi Chérif Le Feu et la Cendre
    par Noureddine Fethani

    Il refusait de se cacher et d’attendre quelque part des jours meilleurs quand des discours et des postures plus « correctes » faisaient admettre les bonimenteurs et les arracheurs de dents dans les asiles tranquilles et souvent dorés de France, de Navarre et d’Helvétie pendant que se jouait le sort de la patrie et que tombaient quotidiennement ses meilleurs enfants.

    Quels que soient les risques, en dépit des rafales qui l’avaient miraculeusement raté, il était toujours là, bravant les assassins et défiant ceux qui pensaient l’Algérie à la taille de leur appétit.

    Il est allé jusqu’au bout, accroché à son idéal et à son engagement comme à un sacerdoce, poussant le courage jusqu’aux limites de l’absurde. Il ne connaissait ni la mollesse, ni la tiédeur, ni le confort de ceux qui, parce qu’ils se sont tus dans ces moments où l’on trucidait à la chaîne y compris leurs propres « camarades », n’ont plus droit ni à la parole ni à jeter leur venin couleur d’encre.

    Jusqu’à l’épuisement, Hachemi Chérif aura été fidèle à son parcours, jalonné de luttes pour l’indépendance nationale, la justice sociale, la dignité humaine, le progrès général et la sauvegarde de la République.

    Il refusera l’indigence politique, la compromission et la promotion de la fatalité intégriste, face au système rentier et à la tentation du modèle archaïque et liberticide qui gangrènent l’Algérie et l’empêchent de s’affirmer pour s’inscrire dans le courant civilisationnel moderne dans lequel elle retrouverait l’essence humaniste et universelle; une identité nationale, une dialectique de l’affirmation de soi qui postule l’algérianité : l’arabe comme langue de savoir et de rationalité, l’islam religion de tolérance et de paix et l’amazighité composante incontournable de la réalité culturelle et linguistique du Maghreb.

    Pourfendeur inlassable et irréductible du régime et de l’idéologie rétrograde, « l’homme qui veillait au grain » (*), ne manquait jamais de surgir, chaque fois, pour pointer du doigt le péril, stopper les dérives et dénoncer les fastueuses exactions et les plantureuses turpitudes du système. La justesse de ses analyses et la pertinence de ses projections confinaient à l’insensé et l’on regrette aujourd’hui qu’il ne fût pas plus écouté et qu’il s’en fût allé aussi tôt, au grand dam de ceux, très nombreux, qui le tenaient pour un repère essentiel, une référence incontournable dans une scène politique à laquelle manquent terriblement sa lucidité, sa rectitude, sa rigueur et son autorité intellectuelle et morale.

    Sa disparition aura sérieusement étiolé l’aura du MDS où certains, comme s’ils avaient trop attendu, comme s’ils s’en étaient trop privé, ont eu tôt fait de se précipiter dans la fosse électoraliste pour tourner le dos à 80% des électeurs et, à la clef, une performance qui a inspiré le trait des caricaturistes et la férocité des persifleurs.

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    (*) A. Mahmoudi; éditorial du « Jour d’Algérie » du 04/08/05

  8. J’ai lu attentivement l’hommage de ALI HOCINE ,sans arrière pensée,dédié à notre camarade feu EL HACHEMI CHERIF.Je m’attendais à ce qu’il s’inspire du dévouement et de la fidélité à la ligne de notre regretté camarade, du moins qu’il tire les leçons de son échec à sa participation aux dernières législatives pour ne pas dire de sa trahison de la ligne de double rupture élaborée par EL HACHEMI qui a toujours proné la non participation aux élections tant que perdure le systhème rentier et l’islamisme assassin.Rien de cela.On ne trouve dans cet « hommage » que des évocations laudatives de la vie de EL HACHEMI entrecoupées des éléments de sa pensée politique et théorique.Mais,je le réécris aucune leçon tirée de la forfaiture de ALI HOCINE,aucune autocritique,puisée dans l’expérience ,la pensée de notre camarade disparu .Au contraire ALI HOCINE semble encore une fois se justifier et « s’ accaparer » malhonnetement de la caution à postériori de EL HACHEMI à sa participation honteuse aux dernières législatives où il a été désavoué par la société et ou le pouvoir lui concède un strapontin avec 0.26% des voix.J’aurai aimé que ALI HOCINE soit à la hauteur de notre camarade ,qu’il en soit digne des sacrifices de EL HACHEMI dont il prétend avoir été proche.S’il reste un peu de dignité à ALI HOCINE c’est de se démarquer complètement de notre mouvement , le MDS,qu’il organise avec ses partisans un autre parti amarré au pouvoir qu’il prétend combattre mais qu’il a cautionné en réalité ,en participant aux dernières législatives aux cotés des islamistes dont il prétend qu’ils aient reculé alors qu’ils sont aux portes de la république.Cette réplique à ALI HOCINE que je rédige en ce moment est le meilleur moyen de rendre hommage à notre camarade feu EL HACHEMI CHERIF, en défendant la ligne qu’il a pu avec d’autres camarades mettre en oeuvre et à laquelle il est resté fidèle et pour laquelle il s’est sacrifié.Que les renégats se taisent et n’évoquent plus la mémoire du CHAHID EL HACHEMI,pour justifier leur forfaiture.Repose en paix mon camarade ,mon ami EL HACHEMI! La ligne du MDS sera sauvegardée, approfondie et enrichie.Nous n’abdiquerons pas.

  9. Cher Monsieur Mokhtar Roula.

    Je vous exprime toute ma solidarité. J’ai lu tout le courrier. Ce qui m’a le plus marqué, c’est votre intervention, pleine de résolution et d’espoir.
    Comme je m’interresse beaucoup à ce qui se passe en politique, je voudrai savoir, comment vous faites pour que la ligne du MDS (celle qui a sauvé l’Algérie)soit sauvegardée, approfondie et enrichie ? Votre réponse va éclairer tous vos amis, et surtout des gens comme moi qui veulent lutter à vos côtés, surtout que
    vous étiez trés proche de Hachemi Cherif (ce que j’ai déduit de votre intervention).

    Une dame (Mme Fatima) a dit que personne ne peut le remplacer.
    Est-ce que des gens comme vous, ou M.Chentouf qui est trés connu, vous ne pouvez pas le remplacer.

    Ma solidarité.

  10. Je remercie grandement M.Merrachi pour les marques de sympathie et le témoignage de solidarité qu’il prodigue à l’égard de ma modeste personne de vieux militant depuis début 1963 d’abord au PCA,puis à l’ORP, au PAGS, à ETTAHADDI-TAFAT et enfin au MDS.En effet durant ce long parcours de militant je suis resté fidèle aux idéaux défendus par ces organisations politiques jusqu’au MDS.Je suis comme le souligne M.Merrachi un proche intime de notre regretté feu El Hachemi Chérif.Mais malgré ce long parcours militant plein de sacrifices,et mon amitié toujours vivace pour EL Hachemi,je n’ai nullement ni la prétention ,ni l’ambition de remplacer EL HACHEMI qui reste exceptionnel par sa capacité de réflexion théorique et pratique, ses qualités humaines indescriptibles.Je ne prétend pas ,sans fausse modestie ,posséder ces qualités.Quant à M. CHENTOUF , libre à lui de prétendre incarner les valeurs et les compétences de EL HACHEMI comme le suggère M.Merrachi.L’expression et l’approfondissement de la ligne politique de notre mouvement ne peut etre liée à une personne ou à une autre mais dépend de tous ceux qui croient en cette ligne.

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