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Débat Bouteflika : huit ans après, quel bilan ? (2è partie) 28 juillet, 2007

Posté par benchicou dans : Algérie : analyses et polémiques , 15 commentaires

 

Toujours dans la colonne débit, il convient de signaler une autre « réussite » du président : le fermeture totale du champ politique et la mise entre parenthèses du jeu démocratique. En effet, le chef de l’Etat a non seulement refusé l’agrément de nouveaux partis appartenant à des mouvances diverses qui auraient pu changer quelque peu le paysage politique national, mais il a pratiquement interdit aux partis de l’opposition d’activer librement. Pour ce faire, il a en permanence refusé l’abrogation de la loi sur l’état d’urgence. Etat d’urgence maintenu malgré « le retour à la paix » revendiqué par le clan présidentiel. La main du Président est aussi présente dans les divisions et les scissions dans les partis et les mouvements d’opposition : les partis Ennahda et El Islah ont été victimes des manœuvres du clan présidentiel ; la création d’un troisième parti kabyle l’UNR d’Amara Benyounès (très vite agréé) chargé de concurrencer les deux autres, trop ancrés dans l’opposition, porte aussi la signature du président. Il en est de même du dynamitage, du mouvement citoyen (Arouch) qui a explosé en diverses tendances et qui, aujourd’hui, a perdu toute crédibilité. Même les partis de l’alliance présidentielle n’échappent pas aux risques de déstabilisation de la part du clan présidentiel, de manière à les maintenir toujours sous pression et à les rappeler à « leur devoir » de soutien sans faille, et à la politique du chef de l’Etat (tout le monde se rappelle l’action des « redresseurs » au sein du parti du FLN qui, sous la houlette d’Ali Benflis, avait eu des velléités d’indépendance vis-à-vis du président et de la féroce reprise en main qui s’en est suivie). La fermeture du champ politique n’a été rendue possible que parce que le champ audiovisuel est lui aussi fermé. Sans les médias lourds (radio et télévision), aucune ouverture politique n’est possible. Les partis d’opposition n’ont aucune chance de se faire entendre des citoyens sans la radio et la télévision. Or, les médias audiovisuels sont aux ordres entre les mains de l’Etat ; ils le resteront encore longtemps, par la volonté d’un président qui refuse toute ouverture du champ audiovisuel au privé, national et/ou étranger. Les champs politique et audiovisuel ne s’ouvrent qu’épisodiquement et au moment des élections. Et, encore, ne s’ouvrent-ils que pour crédibiliser des élections qui, sans cette mini-ouverture, ressembleraient aux élections d’antan, celles qui se déroulaient sous le régime du parti unique. L’ouverture réelle, celle qui permettrait une réelle activité démocratique, n’est pas pour demain : le président, qui a horreur du multipartisme (il l’a plusieurs fois déclaré), a mis en place un système qui donne l’impression d’être multipartisan mais qui, en réalité, fonctionne comme dans un régime de parti unique ou de parti dominant. Les trois partis de l’alliance ne sont, en réalité, que les trois facettes d’un mouvement plus large, une sorte de front qui regroupe les nationalistes, les islamistes et les modernistes (à défaut d’un autre qualificatif plus adéquat pour définir le RND). Car, même si ces trois partis gardent leur autonomie organisationnelle, il n’en demeure pas moins qu’ils activent tous dans un but unique : appliquer le programme du président de la République, et seulement lui. Les partis d’opposition, quant à eux, ne sont là que pour donner du système politique algérien une image fausse, de régime démocratique. Aucun des partis qui campent délibérément dans l’opposition au président n’a de chance d’arriver, un jour, relativement proche, au pouvoir, ni même de le partager. On peut facilement imaginer un gouvernement qui comprendrait des ministres venant d’horizons divers (y compris des ministres du Parti des travailleurs de Louiza Hanoune ou du RCD de Saïd Sadi) à la condition expresse, toutefois, que les partis dont ils sont originaires prêtent allégeance et adoptent le programme du Président.

La mise sous surveillance de la presse indépendante

La colonne débit du Président s’alourdit un peu plus par la mise sous surveillance étroite de la presse indépendante. Cette dernière, du moins les journaux les plus importants et les plus lus, s’est assez rapidement située dans le camp de l’opposition au président Bouteflika et à sa politique de main tendue aux islamistes (grâce amnistiante et réconciliation nationale). Les critiques, souvent sévères et touchant plus l’homme que sa politique, n’ont pas manqué qui n’ont pas eu l’heur de plaire au clan présidentiel. Et si, au début de son premier mandat, le chef de l’Etat se félicitait de n’avoir mis aucun journaliste en prison ni d’avoir procédé à la fermeture d’aucun journal, il a rapidement changé de position et mis sous haute surveillance et sous pression la presse privée. Pression économique, en faisant jouer la « commercialité » des imprimeries d’Etat (qui avaient le monopole du tirage des journaux) qui réclamaient le payement immédiat des créances détenues sur les journaux les plus virulents à l’encontre de la politique du chef de l’Etat. Le nombre de journaux empêchés de paraître, parfois pendant des semaines, pour non règlement immédiat de leur dette, se comptait par dizaines. Pression judiciaire en application d’une loi sur la presse très sévère, prévoyant la prison pour les journalistes et les éditeurs et de très fortes amendes pour les journaux qui peuvent se trouver, ainsi, mis en état de faillite et de dépôt de bilans. Beaucoup de journalistes et d’éditeurs ont été poursuivis en application de la nouvelle loi (appelée, par ironie, code pénal bis). Les condamnations à la prison ferme ont été nombreuses, bien que la majorité des condamnés n’ait pas été enfermée en attendant les recours. Un quotidien — le Matin — a été mis en faillite et ses actifs mis en vente ; son directeur a passé deux années entières en prison après avoir été condamné, non pas pour un délit de presse, mais pour un « délit économique ». En fait, il payait les prix d’une opposition intransigeante au Président et à sa politique et d’une liberté d’écriture qui refusait les limites imposées par le pouvoir en place. La mésaventure de Mohamed Benchicou a beaucoup joué dans le fait que le ton général de la presse indépendante est devenu moins virulent à l’égard du Président, de son clan et de sa politique. On a même vu des quotidiens, hier, sévèrement critiques envers « le pouvoir », ses hommes et son programme, devenir subitement de fervents soutiens du Président et de son œuvre.

La maladie du président et la révision de la constitution

La grande inconnue pour l’avenir immédiat du système mis en place par le Président réside dans l’état de santé du chef de l’Etat. C’est probablement le secret d’Etat le mieux gardé (à l’image de ce qui s’était passé pour feu le président Boumediène). Toute l’Algérie bruit de rumeurs alarmantes sur la maladie du Président. Personne ne croit au discours officiel ni aux images et vidéos présentant un président toujours très actif et en bonne santé. La question que pose l’état de santé du Président est relative au devenir du système qu’il a mis en place et à la réforme constitutionnelle qui devait avoir lieu, en 2006, mais qui a été reportée à plus tard pour des raisons non dites. Bouteflika est-il physiquement en état de briguer un troisième mandat et de le mener à son terme ? Le secret pesant qui entoure la maladie du Président ne permet pas de donner une réponse à cette question. Ce qui est certain, c’est que Bouteflika est désireux de changer la Constitution de manière, d’une part, à se libérer du carcan trop limitatif des deux mandats et, d’autre part, à instaurer un régime véritablement présidentiel qui permettrait au système qu’il a mis en place de lui survivre. En effet, si le Président disparaît subitement sans avoir préparé sa succession, le danger est réel de voir revenir en force le clan des généraux qu’il a si difficilement éloigné du pouvoir. Ce serait faire injure à son intelligence et à ses capacités manœuvrières que de croire qu’il n’est pas en train de préparer l’avenir, le sien propre et celui de son système. La révision constitutionnelle aura bien lieu. La seule question qui se pose encore est la date à laquelle elle se fera : en 2007, 2008 ou 2009, juste avant les futures élections présidentielles ? Si son état de santé le permet, nul doute qu’il reportera cette date au plus loin possible, sans pour autant attendre 2009. La nouvelle Constitution instaurera certainement un régime présidentiel à l’américaine avec la désignation d’un vice-président qui prendra automatiquement la relève en cas de disparition en cours de mandat du Président. C’est la seule manière de faire perdurer le système qu’il a mis en place en choisissant lui-même son successeur parmi sa famille politique (FLN ou RND) ou parmi ses proches.

En guise de conclusion

Que conclure, donc, sur le bilan de huit années de pouvoir du président Bouteflika ? Positif ? Certainement, pour une bonne partie de son œuvre. Car, la chance aidant (en politique, même la chance, il faut la mériter), le pays est pour quelque temps à l’abri, financièrement parlant. La stabilité politique est revenue, même si elle n’agrée pas tout le monde : ceux qui sont dans l’opposition se lamentent de la fermeture du champ politique qu’il a imposée. Les projets économiques structurants sont nombreux, même si leur réalisation est confiée dans leur quasi-totalité à des firmes étrangères au détriment des entreprises algériennes ; c’est le retour au système du produit en main, éliminant tout espoir de transfert de technologie. La paix, même si elle n’est pas totalement revenue et qu’elle a coûté un prix exorbitant, éthiquement parlant (pardon sans contrepartie aux assassins de femmes, d’enfants et de vieillards), ne paraît plus aussi irréalisable qu’avant 1999. Le carcan, véritable ceinture sanitaire mise en place par les Occidentaux et respectée par tous, qui enserrait l’Algérie, a été brisé grâce à une diplomatie personnelle dynamique et efficace du Président (avec l’aide, bien sûr, des réserves de change qui s’accumulent). Les grands équilibres économiques ont été maintenus et renforcés, même si, en dehors des hydrocarbures, les autres secteurs économiques ne connaissent pas de développement remarquable et soutenu, à l’image des grands pays émergents. Négatif ? Aussi pour une autre partie. Il s’agit, surtout, de la fermeture du champ politique qui fait que l’Algérie est loin du système démocratique que beaucoup appellent de leurs vœux. Bouteflika n’aime pas la démocratie et son pendant, le multipartisme. Il a tendance à fermer le jeu politique, de manière à ce qu’il n’y ait plus que lui pour dicter les règles aux autres. Son travail de sape a fini par transformer l’ensemble des partis, majorité présidentielle comprise, en coquilles vides. Les partis d’opposition ont perdu cette capacité de mobilisation populaire sans laquelle ils n’ont plus aucune crédibilité. Les partis formant la majorité présidentielle sont perçus comme de simples relais de l’action présidentielle, ainsi que ses porte-voix. Aucun contre-pouvoir n’est en mesure de contrecarrer la volonté présidentielle, y compris ceux qu’on appelait autrefois « les décideurs ». Le président Bouteflika est le seul maître de la scène politique algérienne : tous les autres ne sont que des faire-valoir. On n’est pas loin d’un système totalitaire, qui a pour devanture un visage pluraliste, mais qui est, en réalité, au service du seul Président, et, par extension, de son clan. Le très fort taux d’absentéisme officiel, aux dernières élections législatives est le reflet de l’énorme décrédibilisation de l’action des partis sur la scène politique. Les citoyens ne croient plus en leur capacité de les représenter et de défendre leur aspiration profonde à un mieux-être. Ils ont fini par se désintéresser totalement du fait politique (il est d’ailleurs significatif que les Algériens aient suivi avec passion le déroulement, campagne électorale comprise, des élections présidentielles françaises, tout en n’accordant aucun crédit aux législatives algériennes qui se déroulaient presque au même moment). La Kabylie paye encore, aujourd’hui, le prix de la politique du Président qui ne lui pardonne toujours pas son opposition systématique. Elle rassemble sur son espace géographique toutes les misères et tous le maux sociaux du pays : délinquance, drogue, alcoolisme, prostitution, terrorisme, kidnappings, suicides etc. La région qui était autrefois qualifiée de Suisse algérienne est devenue un véritable coupe-gorge que tout le monde montre du doigt et évite. La vindicte présidentielle est la cause principale de cette nouvelle réalité kabyle. Le retrait criminel des brigades de la Gendarmerie nationale (certes revendiquée par les Arouch) a été le point de départ de cette descente aux enfers. Nulle part dans le monde on n’a vu un Etat, dont la mission première est de protéger les citoyens et leurs biens, accepter de retirer ses forces de sécurité d’une région et la laisser plonger dans l’insécurité. Il est d’ailleurs significatif de la volonté présidentielle de déstabiliser durablement la Kabylie, de voir que sur les onze points de la plate-forme d’El Kseur, c’est ce point du retrait des brigades de la Gendarmerie nationale qu’il a accepté le plus facilement. La trop forte proximité du Président avec l’islamisme n’est pas à mettre automatiquement au débit de son bilan. Qu’il ait une forte sensibilité islamiste n’est pas en soi anormal. L’islamisme existe bel et bien en Algérie et constitue une des composantes essentielles du champ politique. Le nier serait criminel et dangereux pour la stabilité du pays. Ce qui est important, et qui a été réalisé, c’est d’avoir enlevé la couverture politique à l’islamisme radical ; celui qui mène au terrorisme et qui, un temps, avait le vent en poupe. Il est aussi important d’avoir amené ses responsables à déclarer solennellement abandonner l’objectif d’installer un Etat islamique et instituer la chari’a. La mouvance islamiste, celle qui accepte de jouer le jeu électoral, qu’elle se soit mise ou non sous la bannière du Président, représente environ le quart de l’électorat. On ne peut pas, donc, nier son existence. Cette réussite, car c’en est une, même si la sincérité des leaders islamistes n’est pas à prendre pour argent comptant, est à mettre au crédit de la politique de concorde, puis de réconciliation nationale du Président. Nous avons vu que le prix payé était certainement lourd, mais le fait est là, la mouvance islamiste accepte aujourd’hui de nuancer ses positions et de se fixer des objectifs raisonnables qui ne remettent plus en cause le caractère républicain de l’Etat algérien.

Ce qui ressort de tout ce qui précède, c’est que le président Bouteflika a pesé de tout son poids sur l’évolution de la situation du pays, ces huit dernières années. Il a profondément recomposé le paysage politique du pays en utilisant les ingrédients existants et en les reformulant autrement : il n’a pas créé un nouveau parti pour le servir ; il a regroupé les partis qui l’ont soutenu en une seule entité et les a mis en ordre de marche pour réaliser son programme. Il a donné l’illusion qu’il a réconcilié toutes les mouvances politiques algériennes qu’il a amenées à travailler ensemble. Il a éliminé (plus ou moins durablement) de la scène politique la haute hiérarchie militaire qu’il a renvoyée dans ses casernes. Il a renvoyé à leurs affaires, après une longue guerre de position, tous les membres du pouvoir occulte qui, auparavant, dictaient toutes les décisions importantes de l’Etat algérien. Il compte, enfin, instaurer un véritable régime présidentiel, fait sur mesure pour lui et pour la pérennité du système qu’il a mis en place.

Quid de l’après-Bouteflika ?

Quel que soit le scénario de ce qui se passera les quelques années prochaines, la question se pose de savoir ce que deviendra le système bouteflikien sans Bouteflika. En considérant acquis le fait que la Constitution sera révisée et que le président actuel bénéficiera d’un troisième mandat, il n’en demeure pas moins que le problème de sa succession demeure entier. Qui sera en mesure de le remplacer au poste de président de la République dans un système qui sera, entre-temps, devenu purement présidentiel, c’est-à-dire donnant les pleins pouvoirs au chef de l’Etat au détriment de tous les autres ? Dans l’état actuel des choses, il est difficile de se prononcer. Aucun candidat à la succession ne possède une personnalité équivalente à celle de l’actuel Président, capable d’assumer sans déraper tous les pouvoirs que la Constitution lui donne : ni Belkhadem (qui semble tenir la rampe aujourd’hui), ni Ouyahia (qui reste en réserve), ni un autre proche du chef de l’Etat (y compris son frère Saïd, que, selon la rumeur, Bouteflika préparait pour la relève). Il est, toutefois, évident que le chef de l’Etat a une idée bien arrêtée sur la suite ; il sera, s’il dispose d’assez de temps pour cela, le seul chef d’Etat algérien à avoir préparé sa succession. Dans le cas contraire, ce sera un retour à la case départ, avec un retour sur la scène politique de la haute hiérarchie militaire qui pèsera de tout son poids pour désigner le candidat à la succession.

L’auteur est politologue

Rachid Grim

25 juin 2007

La visite de Sarkozy et la colère de la presse sénégalaise 27 juillet, 2007

Posté par benchicou dans : Algérie-France : entre le passé et Sarkozy , 9 commentaires

sarkodakar1.jpg Les éditorialistes des principaux quotidiens sénégalais dénoncent la « leçon faite aux Africains » par Nicolas Sarkozy jeudi. Le président français a en effet estimé que les principaux maux de l’Afrique ne sont pas dus à la colonisation, mais aux Africains eux-mêmes. 

Le président français Nicolas Sarkozy a « fait la leçon aux Africains », estimaient vendredi 27 juillet plusieurs quotidiens privés sénégalais, Sud Quotidien évoquant même une « injure » au lendemain de son discours à Dakar.
« En visite d’Etat au Sénégal, Sarkozy fait la leçon aux Africains », affiche en première page Walfadjri. Une « adresse aux Africains » muée en « leçon de français », ironise Le Quotidien. « Show à Dakar: Sarko sur scène », écrit L’Observateur.
Le président français s’est cru en « mission civilisatrice », affirme Sud Quotidien, également à la une, tandis que Le Populaire, moins nuancé, titre: « Les vérités (résumées) de Sarkozy aux Africains: ‘Arrêtez de pleurnicher!’ »
Ces points de vue sont largement partagés dans les autres journaux, à l’exception du quotidien pro-gouvernemental Le Soleil, qui parle, lui, de « hauteur républicaine » dans un éditorial consacré à la visite de Nicolas Sarkozy.

 

« Sarkafrique »
« Quand je l’ai entendu parler aux étudiants, dans un amphithéâtre plein à craquer, j’ai pensé à ces missionnaires venus en Afrique ‘civiliser’ nos arrière-grands-parents (…) Des clichés, encore des clichés, toujours des clichés. Quelle injure! », s’offusque l’éditorialiste de Sud Quotidien.
Selon Walfadjri, Nicolas Sarkozy « n’a pas fait dans la dentelle pour dire ce qu’il pense de l’état actuel de l’Afrique » dans son discours prononcé à l’Université Cheikh Anta Diop (Ucad) de Dakar, en présence de nombreux étudiants, et aussi d’universitaires et de personnalités politiques.
« Sans ambages, il a tenu les Africains pour responsables de leurs malheurs », ajoute Walfadjri.
« A défaut de la Françafrique qu’il honnit, place à la Sarkafrique! », commente Sud Quotidien.
Se limitant à des comptes-rendus des différents aspects de la visite du président français, Le Matin (indépendant) rapporte que les présidents « Sarkozy et Wade (sont) sur la même longueur d’onde » sur les questions de l’immigration et de l’affaire Hissène Habré.
Le Soleil évoque aussi « une parfaite convergence de vues (des deux présidents) sur les questions majeures », notamment le dossier Hissène Habré, l’émigration clandestine, et la fuite des cerveaux. (avec AFP)

Bouteflika : huit ans après, quel bilan ? (1er partie)

Posté par benchicou dans : Algérie : analyses et polémiques , 13 commentaires

abdelazizbouteflika323.jpgAbdelaziz Bouteflika brigue un troisième mandat. Sur la base de quel bilan, après huit ans de règne ? Le Matin lance un débat contradictoire réservé aux personnes qui estiment pouvoir apporter un éclairage nouveau ou des matériaux de réflexion féconds. Les opinions allant dans ce sens seront publiées.

 

L’avis d’un politologue

Dix-huit mois après son élection bâclée par le désistement de l’ensemble de ses concurrents, nous nous posions la question de savoir si Bouteflika pouvait être l’homme providentiel qu’attendait l’Algérie pour la sortir de l’ornière dans laquelle elle se trouvait (El Watan des 30 et 31 octobre 2000).

Comme une majorité de citoyens, nous étions assez séduits par un président de la République qui sortait des sentiers battus de la langue de bois, qui avait fait, en un temps record, le bon diagnostic des problèmes essentiels du pays, qui promettait de les solutionner par toute une série de réformes fondamentales et qui, cerise sur le gâteau, semblait décidé à mener ces réformes à leur terme. Il nous paraissait aussi que le nouveau Président concentrait en lui (et il était le seul à pouvoir le faire) les caractéristiques qui pouvaient faire de lui un homme politique exceptionnel, capable de répondre aux attentes profondes d’un peuple blessé dans sa chair, qui a vécu une décennie de traumatismes inhumains et qui n’aspirait plus qu’à la paix et à la sérénité. Ces caractéristiques étaient une intelligence claire de la situation du pays, une volonté inébranlable de reprendre la totalité des pouvoirs jusque-là concentrés entre les mains de la haute hiérarchie militaire, une aspiration profonde à réaliser de grandes choses afin de laisser une trace indélébile dans l’histoire, et, enfin, une capacité manœuvrière hors normes.

Une campagne de séduction tous azimuts

Pour gagner en crédibilité auprès d’une population qui aspirait au changement, il avait assez rapidement entamé le processus de réformes en installant trois commissions présidées par des personnalités dont la compétence et l’indépendance étaient connues et reconnues de tous (Mohand lssad, Benali Benzaghou et Missoum Sbih) et qui étaient chargées de faire le diagnostic des secteurs de la justice, de l’éducation et de l’administration et de définir les réformes à entreprendre ainsi que les voies et moyens de leur réussite. La campagne de séduction menée au pas de charge par le nouveau Président comprenait aussi, au grand dam des familles révolutionnaire et islamiste, l’utilisation décomplexée de la langue française, redevenue « butin de guerre ». Ses interventions publiques, ainsi que les nombreux discours qu’il a faits en langue française, ont rassuré tous les cadres de formation francophone qui ont maintenu debout les machines administrative et économique du pays, dans un contexte de guerre déclarée contre l’utilisation de la langue française, non seulement au sein des institutions d’Etat mais aussi dans les entreprises. L’utilisation décomplexée du français par le président de la République valait reconnaissance officielle de cette langue en tant que langue de travail et de communication. Sa volonté permanente et publique de reprendre l’ensemble des pouvoirs que la Constitution reconnaît au président de la République, mais qui étaient en grande partie confisqués par la haute hiérarchie militaire, participait à rendre crédible un président d’un nouveau genre, caractérisé par une forte personnalité et une volonté inébranlable d’en découdre avec tous ceux qui cherchaient à limiter son champ d’action et à lui disputer le pouvoir réel.

Les atouts du Président

Indéniablement, Bouteflika rassemblait en sa personne un certain nombre de critères qui en faisaient un homme incontournable, une fois installé sur le fauteuil présidentiel : une intelligence aiguë de la situation que vivait l’Algérie, un ego hypertrophié à la limite de la mégalomanie, indispensable pour réaliser de grandes choses, une volonté d’accaparer tous les pouvoirs et d’unifier à son niveau tous les centres de décision, la capacité intellectuelle et manœuvrière d’atteindre ses objectifs, de réels talents de séducteur mis au service d’une politique œcuménique de paix et de rapprochement de tous les courants idéologiques qui traversent le pays, le profond besoin de reconnaissance internationale qu’il sait ne pouvoir acquérir qu’au prix de véritables travaux d’Hercule (le retour à la paix en Algérie, étant le premier de ces travaux). Parallèlement à ces aspects positifs, d’autres, qui le sont moins, se sont dressés devant le nouveau Président pour l’empêcher d’être cet homme providentiel, qu’il prétendait être dont le pays avait réellement besoin. Des obstacles de toutes sortes n’ont pas manqué d’être dressés devant lui, il les a surmontés les uns après les autres, comme de véritables gages par les clans du pouvoir qu’il a bridés et éliminés du centre de décision, par les ultras du mouvement islamiste qui ont refusé sa politique de concorde et de grâce amnistiante, par certains partis de l’opposition du pôle démocratique qui continuent de refuser la main tendue du Président et ses appels incessants à se ranger derrière sa bannière etc.

Les réussites du Président

Tout au long des huit ans de pouvoir, l’homme a montré sa très forte capacité manœuvrière. Il a repris tous les pouvoirs que lui donne la Constitution. Il est même allé au-delà, en ce sens qu’il est devenu la seule source de pouvoir : en quelques années, il a éliminé la totalité des contre-pouvoirs, réels (la haute hiérarchie militaire, en poste ou à la retraite) ou virtuels (les autres pouvoirs constitutionnels —législatif et judiciaire, les partis politiques de la majorité et de l’opposition, la presse indépendante, la société civile etc.). Aujourd’hui, personne ne peut prétendre que le chef de l’Etat trouve encore devant lui des pouvoirs capables de lui tracer des lignes rouges et de le maintenir dans une situation de « trois quarts de président ». Certes, il a été amené au pouvoir, en 1999, par la haute hiérarchie militaire qui pensait pouvoir le manipuler et lui fixer une ligne de conduite à laquelle il ne peut déroger, mais très rapidement, il a su se libérer de cette tutelle pesante. A son crédit, on peut aussi inscrire la très nette amélioration des conditions économiques du pays, même si cette amélioration est due, avant tout, à un prix du pétrole qui s’est maintenu à un très haut niveau pendant des années, ainsi qu’à la politique d’ajustement structurel, menée avec zèle par ses prédécesseurs et continuée par son équipe sous les auspices du FMI et de la Banque mondiale. La chance fait aussi partie des atouts du Président. C’est, en effet, à elle seule qu’il doit de compter sur des caisses bien pleines, ce que ses prédécesseurs n’avaient pas pu avoir. Par contre, ce qui est à mettre à son crédit, c’est d’avoir su gérer cette manne financière en « bon père de famille » et de l’avoir utilisée pour effacer presque totalement la dette extérieure du pays. Par ailleurs, la paix qu’il a voulue et dont il a défini les contours n’est pas totalement au rendez-vous, même si la situation sécuritaire s’est réellement améliorée. Les investissements étrangers qu’il appelait de ses vœux ne se bousculent toujours pas au portillon, à l’exception des capitaux arabes à la recherche d’opportunités d’investissement juteux et immédiatement rentables (rappelons-nous les déclarations du Président qui, dès son installation, assurait que des milliards de dollars arabes attendaient aux frontières des signes d’amélioration de la situation sécuritaire pour se déverser en Algérie). L’étau qui enserrait l’Algérie au cours de la décennie rouge s’est sensiblement desserré : le pays n’est plus au ban des sociétés, grâce à une politique étrangère plus dynamique, au retour à un niveau de sécurité acceptable et à un confortable matelas de devises qui aiguise les appétits des firmes étrangères. L’empreinte du Président est visible dans cette embellie : ses rapports personnels avec les autres chefs d’Etat (y compris les plus grands), son habileté à défendre les atouts de l’Algérie sur la scène internationale, ses bons offices réussis dans la résolution de certains conflits africains, sa proximité avec les chefs d’Etat des pays émergents les plus emblématiques, son réalisme et son rejet de l’idéologie en tant que base des relations internationales, tout cela a fait qu’assez rapidement la voix de l’Algérie s’est remise à se faire entendre dans le concert des nations.

Les échecs

La machine économique reste grippée et est en attente de réformes en profondeur qui se font toujours attendre. L’Algérie ne fonctionne que grâce à la manne pétrolière qui déverse sur le pays des milliards de dollars annuellement. Cette manne a permis au Président de décider et d’appliquer une politique de désendettement vis-à-vis de l’extérieur. Les privatisations, mille fois annoncées, se font au ralenti et de manière tellement tatillonne qu’elles n’intéressent plus les sociétés étrangères, préférées initialement aux éventuels repreneurs nationaux. Le pouvoir d’achat des citoyens ne s’est pas amélioré malgré la réelle embellie financière : les salaires restent à des niveaux très bas, malgré les quelques augmentations décidées par les pouvoirs publics. Le chômage continue de sévir, malgré les chiffres optimistes publiés par l’ONS et les pouvoirs publics, annonçant pour bientôt un taux de chômage à un seul chiffre. Le système scolaire distille toujours une idéologie malsaine opposée à toute modernisation de la société, continue d’appliquer la méthode des recettes toutes faites pour la résolution des problèmes de tout ordre et persiste à former des têtes « bien pleines » au lieu de « têtes bien faites ». Il continue donc de mal former les citoyens et les travailleurs de demain : il refuse obstinément de se réformer et de se mettre au diapason de ce qui se fait dans les pays avancés. L’espoir né des conclusions du rapport de la commission Benzaghou est vite retombé au regard de l’immobilisme de ceux qui sont censés les appliquer. Les autres chantiers de réformes déclarés prioritaires — justice et administration — sont tout autant bloqués.

Un bilan entre le positif et le négatif

Entre le positif et le négatif, il est difficile de se faire une opinion sereine sur l’action du président Bouteflika au cours de ses huit années de pouvoir. Selon que l’on soit d’un bord politique ou d’un autre, on trouvera au Président soit des qualités qui lui ont permis de réussir ce qu’il a bien voulu entreprendre, soit des défauts qui l’ont empêché de mener la bonne politique de sortie de crise. Pour les uns, il a réussi à ramener la paix dans le pays. Pour eux, les attentats qui continuent, de-ci de-là, ne remettent pas en cause le retour de la paix. Il s’agit tout juste des soubresauts d’une bête qui est en train de mourir. Au pire, il ne s’agit que de groupes épars, franchisés par Al Qaïda, qui cherchent à déstabiliser tout le Maghreb mais qui ne réussiront pas, parce que combattus vigoureusement par l’ANP en Algérie, et par tous les services de sécurité à l’échelle internationale. Pour ces mêmes personnes, le Président est l’homme de la situation, capable de régler tous les problèmes qui se posent au pays : il est fondamentalement patriote (ou nationaliste, selon la terminologie encore en cours en Algérie) et met toute sa volonté et ses immenses capacités au service de l’Algérie. Pour preuve, ses programmes politique et de développement économiques, qui ont ramené la paix et permis au pays d’atteindre des taux de croissance du PIB de 6% et plus. Il est aussi l’homme de l’ouverture qui a su faire travailler au sein d’un même cabinet ministériel des hommes et des femmes d’horizons idéologiques divers : conservateurs, islamistes, démocrates, modernistes etc. Pour les autres, ses adversaires, le président Bouteflika n’a rien réussi d’essentiel : le négatif l’emporte sur le positif. Qu’on en juge : la paix n’est toujours pas au rendez-vous, malgré la série de concessions faites aux islamistes : grâce amnistiante, réconciliation nationale et bras tendus aux terroristes encore en activité. Le développement économique n’est toujours pas au rendez-vous : l’Algérie reste tributaire de la seule manne pétrolière. Elle le restera encore pour longtemps du fait que la politique économique du Président n’a pas mis en place les bases d’un vrai développement, qui survivra au tarissement prochain des ressources d’hydrocarbures. Mais ce que ses adversaires (et pas uniquement eux) lui reprochent essentiellement, c’est d’abord, sa gestion incompréhensible de la crise kabyle du printemps 2000 et, ensuite, sa trop grande proximité avec l’islamisme. Il est en effet difficile de comprendre comment un homme politique aussi avisé que lui ait laissé pourrir une situation qui était, à son commencement, facilement maîtrisable (il suffisait, affirment en chœur une majorité d’observateurs politiques, d’une condamnation immédiate du meurtre du jeune Massinissa et de poursuites judiciaires à l’encontre des gendarmes assassins pour que le calme revienne très rapidement en Kabylie). Au lieu de cela, le Président a laissé la gestion de la crise au ministre de l’Intérieur et des Collectivités locales, qui a tout fait, volontairement ou par incompétence, pour envenimer le problème et le rendre insoluble. La mauvaise gestion du problème kabyle ne se limite pas à la seule période du début des événements. Elle a continué par une politique volontariste consistant à isoler la Kabylie du reste du pays, à y laisser se développer tous les maux sociaux auxquels elle avait auparavant échappés (petit et grand banditisme, prostitution, alcoolisme, drogue), à brider le développement économique d’une région autrefois réputée pour son dynamisme et son esprit d’initiative, à laisser se développer l’hydre terroriste. Tout se passe comme si le Président faisait payer à toute une région son refus d’adhérer à sa stratégie politique et de continuer de se situer une opposition franche et virulente à sa personne. La Kabylie semble avoir commis le pire des crimes, celui de lèse-Bouteflika ; et cela est impardonnable aux yeux d’un président à l’orgueil démesuré, qui ne pardonne aucune atteinte à son image d’homme omnipotent et omniscient. Rien n’indique, d’ailleurs, que le problème de la Kabylie trouvera une solution acceptable, du vivant du Président.

Par ailleurs pour ses adversaires du camp démocratique, Bouteflika constitue le danger suprême pour le pays : celui de préparer la prise du pouvoir légale par la mouvance islamiste Pour eux, Bouteflika n’est qu’un chargé de mission, aux ordres des émirs du Golfe, qui lui auraient fixé comme objectif la mise en place des conditions de prise de pouvoir par les islamistes. Les présomptions ne manquent pas pour « démontrer » cette affirmation : sa proximité avec les partis islamistes dits modérés (ceux qui ne prônent pas, ou plus, la violence pour prendre le pouvoir et l’application immédiate de la charia une fois atteint le premier objectif), la formation d’une alliance présidentielle comprenant un parti, le HMS, qui se revendique clairement de la mouvance et de l’idéologie des Frères musulmans, la désignation et la reconduction d’un chef du gouvernement qui n’a jamais caché son appartenance à la mouvance islamiste, la désignation et la reconduction au même poste du chef du HMS en qualité de ministre d’Etat, sa longue fréquentation des familles régnantes des pays du Golfe, ses politiques de concorde civile et de réconciliation nationale trop favorables aux islamistes. (A suivre)

L’auteur est : Politologue

Rachid Grim

24 juin 2007

Sonatrach-GDF : Chakib Khelil confirme le refus algérien 26 juillet, 2007

Posté par benchicou dans : Algérie-France : entre le passé et Sarkozy , 5 commentaires

C’est désormais officiel : l’Algérie a répondu négativement à la proposition française d’une alliance entre Sonatrach et Gaz de France (GDF). Dans un entretien accordé au bimensuel « Pétrole et gaz arabes » à paraître vendredi, le ministre de l’énergie et des mines Chakib Khelil affirme que les groupes énergétiques français n’ont pas fait de propositions de nature à intéresser la société nationale des hydrocarbures Sonatrach.

« Les sociétés françaises n’ont pas fait à Sonatrach des propositions de nature à contribuer à son développement international, ce qui a un caractère stratégique pour nous », déplore M. Khelil. Le président français Nicolas Sarkozy avait souhaité un « rapprochement » entre Sonatrach et des sociétés françaises comme Gaz de France, Suez ou Total, avant une visite à Alger le 11 juillet. En échange, il avait proposé une coopération dans le domaine du nucléaire civil.

« Sonatrach n’est peut-être pas leur partenaire préféré, ce qui est leur droit. Parfois, des gouvernements poussent à des accords alors que les acteurs industriels concernés ne sont pas forcément intéressés parce que le schéma proposé ne rentre pas dans leur stratégie globale », ajoute le ministre.

Citant les partenariats de Sonatrach avec le portugais Energias de Portugal (EDP), dont l’algérien détient une part du capital, ou le norvégien Statoil, M. Khelil estime « qu’à ce jour, nous n’avons pas pu développer de partenariats similaires avec Gaz de France ou avec Total d’ailleurs ».

La récente visite à Alger du président Sarkozy constituera peut-être une occasion de pousser dans cette direction », ajoute-t-il, en saluant la coopération entre Gaz de France et Sonatrach dans le gaz naturel liquéfié, et les activités de Total en Algérie.

« De façon générale, nous voulons trouver des partenaires qui nous apportent une valeur ajoutée en termes, notamment, de technologie, de capacité de management ou de marchés qui nous intéressent. C’est par rapport à ces besoins que l’on peut envisager des alliances qui déboucheront sur des synergies importantes », précise le ministre.

Par sonia lyes Tout sur l’Algérie (avec AFP) le 26/07/2007 à 14:09

La Libye pour remplacer l’Algérie ?

Posté par benchicou dans : Algérie aujourd'hui , 3 commentaires

 Nicolas Sarkozy est attendu en fin d’après-midi à Tripoli, en Libye, pour une visite de quelques heures. Selon le porte-parole de l’Élysée, David Martinon, le président français va s’entretenir avec son homologue libyen Mouammar Kadhafi de « coopération tous azimuts, dans tous les domaines ». Pour sa part, la presse française affirme que tous les dossiers seront abordés, y compris…le nucléaire. Une information qui n’a pas été démentie par le gouvernement.

Cette visite pourrait constituer un tournant dans la politique française au Maghreb. Car, contrairement au Maroc ou à la Tunisie, la Libye présente de très fortes similitudes avec l’Algérie. En effet, ce pays est riche en pétrole et en gaz naturel. Il possède également la même proximité géographique avec l’Europe. Mieux : contrairement à l’Algérie, la Libye n’a aucun contentieux historique avec la France et ses dirigeants possèdent un sens aigu du business
international.

Pour réduire sa dépendance vis-à-vis de l’Algérie en matière d’énergie, la France a engagé depuis quelques années une stratégie destinée à diversifier ses partenaires. Paris a déjà conclu des accords avec le Qatar dans le domaine du gaz. Mais les Français ont fini par comprendre  que cette solution n’est pas la bonne : le Qatar est loin de la France et cette distance rend l’acheminement du gaz qatari très cher comparé aux gaz algérien.

Or, lors de sa dernière visite à Alger, Nicolas Sarkozy avait compris que l’Algérie ne serait jamais le partenaire qu’il souhaitait avoir. L’Algérie, forte de sa position de principal producteur de gaz en Méditerranée, a refusé de répondre favorablement au projet d’alliance entre Sonatrach et Gaz de France (GDF) souhaitée par les Français pour garantir leur indépendance énergétique. Les Algériens ont également accueilli avec beaucoup de réserve l’idée d’une Union de la Méditerranée dont l’objectif final est de renforcer l’axe Paris-Alger et de garantir, là aussi, l’indépendance énergétique française. Par ailleurs, les Algériens maintiennent leur revendication d’une repentance française sur les crimes commis durant la période coloniale. Une demande à laquelle Nicolas Sarkozy ne souhaite pas répondre favorablement. 

Certes, les Français, comme tous les Occidentaux, se méfient beaucoup du président libyen qu’ils jugent peu fiable à cause des ses nombreuses volte-face par le passé. Mais, à Tripoli, Nicolas Sarkozy, pragmatique, sait que les Libyens désirent revenir en force sur la scène méditerranéenne. Si ce retour devait en plus s’effectuer au détriment de l’Algérie, un pays dont il jalouse la position de force au Maghreb, Mouammar Kadhafi peut difficilement bouder un tel plaisir.

Tout sur l’Algérie

Bennchicou répond aux lecteurs : Désespoir, qui a dit fatalité ? (2è partie)

Posté par benchicou dans : Algérie : analyses et polémiques , 3 commentaires

 

Alors mourir dans le noir du bagne algérien ?

Pas forcément …

« Pourquoi fermer devant la lueur de l’aube tes paupières illuminées alors que douce est la lueur de l’aube ? » a dit le poète tunisien. Alors écoutons pour une fois le poète.

La reconduction du système sous sa forme la plus totalitaire, par un 3è mandat de Bouteflika, paraît buter, en cet été 2007, devant 3 résistances qu’on aurait tort de mésestimer.

Celle-là d’abord : même si l’atmosphère prête à la résignation, l’Algérien, y compris d’une façon passive ou désordonnée, a appris à réagir contre les abus de pouvoir et les autoritarismes. Ce mouvement protestataire quasi-autonome, qu’il soit le fait d’avocats mécontents, de quartiers en colère ou d’enseignants révoltés, développé en substitut aux désespoirs de l’exil et de l’auto-destruction, n’est pas visible, mais c’est comme les agrafes de Mohamed Abbou: ils font mal et ne laissent personne indifférent. C’est la preuve que le corps social est vivant. Et qu’il peut bondir à tout instant comme un contre-poids sérieux à l’injustice. « L’essentiel est de rester droit et de ne pas tomber dans le défaitisme et du renoncement à notre algérianité, malgré la grande déception/désillusion de la part des dirigeants. » nous écrit l’Algérois. Alors que l’infatigable Si Mohamed Baghdadi, comme pour démentir le désespoir, nous propose

« Comme hier, nous avons créé le Comité Benchicou pour les libertés, je suggère que toutes celles et tous ceux qui ont défendu les droits et libertés, de manière globale, au sein de ce Comité, étudient l’éventualité de rejoindre ce Comité Badaoui naissant, ainsi que les syndicalistes des Dockers, de la CNAN, de la BEA et de bien d’autres syndicats autonomes…qui ont soutenu, en 2005, l’action de Ahmed Badaoui… » Qui a dit résignation ? Pas le lecteur Hamz en tout cas : « Votre éclairage sur notre ciel sombre et orageux nous permet de bien comprendre les enjeux et ce qui se trame derrière nos têtes. Maintenant ,il est clair que si nous ne voulons pas de régime théocratique ni de ce régime actuel nous devons unir nos forces pour fédérer un maximum de citoyens pour la réalisation d’une vraie démocratie. C’est à nous tous d’agir. On ne pourra plus dire que l’on ne savait pas. Au combat citoyens! L’heure est grave pour les démocrates! »

Mais il y a plus concret : ce combat invisible a produit des effets non négligeables. Bouteflika veut s’imposer dans un monde qui n’est plus celui de 1999, avec des alliances qui ont évolué, un monde qui a changé, dans une société exigeante et repart à la conquête d’une Algérie qu’il ne connaît pas. Mourad Belaidi résume parfaitement : « Comme la France a élu Sarkozy , L’Algérie remercie Bouteflika qui se trompe d’époque » Notre lecteur Abraham parle au nom de ces millions d’anonymes : « Pourquoi bouteflika tient à ce que le verrou constitutionnel de 2 mandats présidentiels maximum soit levé ? Il sait aussi que son bilan véritable jusqu’à aujourd’hui est des plus détestable; aussi ne veut-il pas quitter le pouvoir de son vivant. »

Je ne sais pas si Bouteflika parviendra à arracher sa présidence à vie et fédérer un système totalitaire autour de lui, mais la reconduction du système avec lui comme pivot central signifie pour de larges couches de la société mais aussi du pouvoir et, ne l’oublions pas, des partenaires occidentaux, trois choses : la continuité du terrorisme avec une possible victoire politique de l’islamisme; un système déphasé et corrompu qui va aggraver l’inertie économique et un climat hostile aux investissements étrangers mais aussi, ne l’oublions pas, nationaux ; un système liberticide qui peut engendrer des troubles et qui ne correspond pas aux profils des « partenaires nouveaux » que cherchent les Américains et les Européens. Cela explique, à mon avis, les phénomènes auxquels on assiste en cet été 2007 : réaction des clans dits « éradicateurs » et reprise de la lutte anti-terroriste avec un recul net du discours sur la « réconciliation »; appui nul des capitales étrangères à la révision constitutionnelle et à l’installation d’un pouvoir absolu ; mécontentement des catégories les plus libérales de la société qui réalisent que la répression des libertés s’est étendue à la liberté d’entreprendre et que l’archaisme du pouvoir de Bouteflika contrarie les projets d’expansion économiques des nouveaux investisseurs algériens, pour ne pas parler des étrangers. Ce dernier exemple est magnifiquement illustré par le dernier réquisitoire du Quotidien d’Oran sur la « faillite du système Bouteflika ». C’est une Algérie à la recherche d’espaces d’expansion qui parle… Et que je lis dans les messages des lecteurs qui m’interpellent.

Tout le monde semble avoir réalisé le désastre de la politique pro-islamiste de Bouteflika : les citoyens, les « décideurs », les capitales occidentales, Washington en tête. L’Algérien est le premier à s’en inquiéter et notre lecteur qui signe du sobriquet significatif de Fako, le dit à sa façon : « Bientôt Boutekflika sera le calife du 21emme siécle. Encore Boutef un bon tour de manivelle dans la course en arrière. Une mosquée à 1000 MD qui dit mieux ? Les bars fermés les femmes voilées le khamis et le khôl exposés aux quatre vents du globe. Les marabouts et les islamiste réhabilités. La voie tracée, le voile est levé : cap sur le 14eme siècle ! »

Retour de janvier 92 ?

Le retour des clans dits « éradicateurs », la reprise de la lutte anti-terroriste avec un recul net du discours sur la « réconciliation » signifie-t-elle défaite de la politique capitularde de Bouteflika et retour à une ligne politique ferme et conséquente ? Le lecteur Sofiane tranche : « Il est évident que les décideurs c’est à dire les généraux doivent comprendre que le maintien de Bouteflika joue contre la pérennité de leurs ’système’. Ils portent l’entière responsabilité du maintien de Bouteflika à la tête du pouvoir. Un volcan de colère gronde en chaque algérien. Bouteflika ne doit pas terminer son mandat » Mourad Belaidi est aussi catégorique : « 9 ans à tirer à blanc barakat ! Un gouvernement d’union national vite et pas de place aux médiocres ! Tant qu’il y aura des hommes… » Et Hammoudi met les pieds dans le plat pour tous ceux qui hésitent à la faire : « Chômage, criminalité, situation de la justice, misère, drogue, école sinistrée, clochardisation de l’université et de toute la société,le phénomène du suicide,les harraga…..Y aurait- il pas parmi ces généraux tant craints des patriotes qui mettront fin à ce carnaval ? Qui peut sortir ce pays de ce coma ? » Plus posé et plus pragmatique, Elabassi va droit au but, applaudit à la réaction de l’Armée et rappelle le cauchemar que nous avons vécu et auquel nous dirige la politique de Bouteflika : « Le probléme que vous venez de poser M. Benchicou n’est pas récent, il se pose depuis Juin 1990 , depuis le jour où le FIS a raflé les APC.Il a pris une tournure dangereuse pour l’existence de notre pays l’Algérie en tant qu’état et nation en Décembre 1991.L’Algérie était entré dans la 1 ere phase de “talibanisation” de son état. En Janvier 1992,l’ANP arrête le cirque et nous étions dans l’obligation d’appuyer ce choix avec le risque de la dérive totalitaire et absolutiste du régime. Je suis de ceux qui ont applaudi et si c’était à refaire , je le refairai car je n’ai pas le choix. »

Défaite de la politique capitularde de Bouteflika et retour à une ligne politique ferme et conséquente ? Je n’en suis pas si sûr. Le jeu de clans et si complexe, le 8 avril 2004 si proche et Bouteflika dispose encore de moyens de pressions… Et pas d’illusion : nous sommes encore loin de la défaite des intégristes. Mouloud, lui ne s’en fait pas et avertit : « Cher Mr Benchicou,

je partage votre analyse. et suis disponible à trouver les meilleures modalités de résistance et d’action, telle que la désobéissance civile à l’échelle nationale. Plus on attend, plus il sera tard, car le rouleau compresseur islamiste est déjà très très avancé: ne détiennent ils pas les mosquées et les écoles, piliers d’une société, à fortiori clochardisée ? »

Mais au delà des opinions de chacun, une chose est sûre : la stratégie de la main tendue de la main tendue aux islamistes est, pour la première fois, réellement contre-carrée en cet été 2007…

L’échec de sa politique anti-terroriste est d’ailleurs l’une des grandes raisons pour laquelle les capitales occidentales ne semblent pas soutenir son maintien au pouvoir et encore moins à un pouvoir à vie. Même si la fragilité de l’Algérie de Bouteflika aiguise des appétits et nourrit, comme le remarque Sofiane, le dessein chez Sarkozy de «  mettre sous tutelle économique et politique l’Algérie en profitant de sa faiblesse géopolitique actuelle et créer une sorte de protectorat algérien avec la bénédiction de Bouteflika … » Le risque Bouteflika paraît cependant plus élevé que les avantages : en huit ans Al-Qaida s’est installée aux portes de l’Europe et il n’y a aucune volonté politique chez le président algérien de la combattre. Je ne vois aucun soutien occidental majeur à son projet de briguer un troisième mandat…

Bouteflika réagit par ses réseaux et ses porte-voix pour se refaire une réputation auprès de l’opinion occidentale. C’est dans ce cadre que j’inscris les innombrables articles de Jean Daniel. Le directeur du Nouvel Observateur tirait la sonnette d’alarme dans son dernier commentaire : « Les généraux sont loin d’avoir perdu toute influence. L’autorité du président Bouteflika tire une bonne partie de sa force de ce qu’il n’existe aucun autre recours politique dans le pays. »Dans leurs messages les lecteurs montrent qu’ils ne sont pas dupes. « La tâche de Jean Daniel consiste à INHIBER TOTALEMENT notre lucidité » nous dit Sofiane.

Donc allons nous mourir sous une dictature ou périr sous une théocratie ? Peut-être ni l’un ni l’autre… Grâce à ces petits combats anonymes depuis dix ans, vingt ans, trente ans…

Pourquoi ne pas envisager un petit peu de lumière, certes une toute petite encore, mais la bienvenue et qui suffit pour fissurer le noir du désespoir.

D’ailleurs je laisserai le mot de la fin à l’optimisme réaliste d’Elabassi : « J’ai l’intime conviction que la génération qui va venir saura relever les défis , que le temps joue en faveur de la démocratie. L’islamisme est en déclin en Algérie car la jeunesse aspire à vivre mieux. J’appartiens à la génération qui a voté FIS, puis RND , puis FLN , puis RIEN. Une génération déja lasse et vieille. Paradoxalement , je suis très optimiste pour cette génération 90.Il suffit juste de les voir pour savoir que ce pouvoir finira et que Ben Laden and Co n’ont aucune emprise sur eux. Ils réussiront là ou nous avons échoué. »

M.B

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