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Libye : notre ami le dictateur 3 août, 2007

Posté par benchicou dans : Algérie-France : entre le passé et Sarkozy , trackback

kadhafi.jpgEn rendant visite au chef d’Etat libyen, Nicolas Sarkozy accrédite la thèse de la conversion de l’Etat-voyou en régime fréquentable, estime le politologue François Burgat, spécialiste du Maghreb. Pour pouvoir enfin vendre à la Libye ce qui ne devrait être livré qu’aux pays respectables
 

Le Nouvel Observateur.Avant la décision de Nicolas Sarkozy de livrer à la Libye un réacteur nucléaire, au lendemain de la libération des infirmières et du médecin bulgares, les relations entre Paris et Tripoli avaient été, pour le moins, tourmentées. . .
François Burgat. – C’est un fait. Mais elles sont loin d’avoir toujours été mauvaises. Lorsque Kadhafi s’empare du pouvoir en septembre 1969, en déposant le roi Idris Senoussi, les premières appréciations des observateurs sont relativement favorables. Il est perçu positivement, aussi bien d’ailleurs par les Américains que par les Français. C’est un dirigeant qui, certes, met en avant l’identité arabe et pour qui la religion semble compter, mais il est surtout anticommuniste, et c’est alors le véritable critère d’appréciation.

N. O.
Au point que Paris ne va pas hésiter à vendre des Mirage au colonel Kadhafi, et à entraîner ses pilotes…
F. Burgat. – La première grande décision de Kadhafi ne traumatise sans doute pas le général de Gaulle: il refuse de renouveler le contrat qui donnait aux Américains la gigantesque base aérienne de Wheelus Fields, dans la banlieue de Tripoli. Il s’attaque ensuite à la renégociation – remarquablement menée par le commandant Jalloud – des prix du pétrole. Mais la flambée des prix de 1973 va rendre ces hausses relatives. Kadhafi apparaît donc avant tout comme un nationaliste économique, dans la droite ligne de son maître à penser Nasser. C’est dans ce contexte que vont démarrer les négociations qui conduiront à la vente des Mirage FI, des hélicoptères Super-Frelon et Gazelle, mais aussi à la construction de la couverture radar de la Libye par des entreprises françaises, notamment Thomson. OAS_AD(‘Middle1′);

 


N. O.
Ce qui n’empêchera pas la France de lancer, quelques années plus tard, ses propres Mirage et ses Jaguar contre l’armée libyenne sur le sol tchadien…
F. Burgat. – Entre-temps, la diplomatie libyenne s’est redéployée vers le sud. Entre 1969 et 1974, Kadhafi échoue à conclure une union avec l’Egypte. Il essaie sans plus de succès de faire de même avec la Tunisie, en direction cette fois du Maghreb. Constatant que ses tentatives unionistes se heurtent à l’immobilisme des régimes arabes, il va en tirer deux conclusions. 1) Il élabore une théorie institutionnelle (la démocratie directe des congrès populaires) destinée à se substituer aux gouvernements afin que les masses populaires, qu’il pense être intuitivement unionistes, puissent enfin exprimer leur volonté. Il entre de ce fait en conflit avec presque tous les régimes arabes. 2) Il tourne alors ses ambitions interventionnistes déçues vers le Sud sahélien. Sa diplomatie, qui manie les commandos aussi bien que les crédits, le met très vite en tension avec les pays qui ont des intérêts dans cette région, et notamment, au Tchad, avec la France. En 1980, le consulat de France à Benghazi est saccagé. L’apogée de la confrontation sera atteint en 1983 avec le bombardement d’Aozou par les avions français. Les ambitions tchadiennes de Kadhafi prendront définitivement fin le 5 septembre 1987 avec une déroute militaire humiliante: les troupes tchadiennes s’enfoncent sur plusieurs centaines de kilomètres à l’intérieur du territoire libyen et détruisent la base de Matten es-Sahra. OAS_AD(‘Middle3′);

 


N. O.
Mais Kadhafi ne devient pas fréquentable pour autant
F. Burgat. – C’est à partir de 1987 qu’il va chercher à le redevenir. La défaite au Tchad est venue parachever l’impact d’un autre revers, militaire et politique, qui va le conduire à adapter son comportement au rapport des forces sur la scène internationale. Dans la nuit du 14 au 15 avril 1986, l’aviation américaine bombarde Tripoli et Benghazi. Le raid fait suite à plusieurs incidents aériens dans le golfe de Syrte et à plusieurs attentats survenus en Europe, dont l’un contre une discothèque de Berlin-Ouest qui fait deux morts et 204 blessés. Cette opération – au cours de laquelle l’un de ses domiciles privés est détruit et sa fille adoptive tuée – est sans doute le pivot historique de l’évolution de Kadhafi. Un ennemi jusqu’alors largement mythique fait irruption dans son intimité quotidienne. Pis encore: les masses demeurent imperturbables, tout comme ses «frères arabes», qui ne protestent même pas.

Indiscutablement, c’est de ce moment que date le début de sa volonté de prendre en compte de façon réaliste les résistances qu’il rencontre aussi bien sur la scène intérieure que sur la scène diplomatique. Il prend acte à la fois de l’échec relatif de sa politique économique, d’une réelle apathie de ses concitoyens et de la dissymétrie de ses forces avec celles qu’il entend défier. Il va dès lors se réconcilier avec la plupart des capitales arabes, y compris avec l’Egypte, dont il refusait de nommer la capitale (Le Caire, Al-Qahira, la victorieuse) autrement que la «Maqhoura» (la vaincue) et son président (Moubarak, le béni) autrement que «Al-Bârik», l’agenouillé! A l’intérieur, si la perestroïka politique se limite à quelques contacts avec des opposants en exil, l’infitah économique voit l’Etat se désengager notamment du secteur du commerce. Au reste du monde, il adresse des signaux plutôt conciliants: Tripoli accueille le Paris-Dakar et aide même à la libération d’otages français au Liban. Le Kadhafi nouveau est arrivé…

N. O.A-t-il réellement cherché, par le passé, à se doter d’un armement nucléaire?
F. Burgat. – Assez vraisemblablement. Ce n’est pas un secret. Les documents aujourd’hui aux mains des Américains semblent confirmer – ce que Tripoli d’ailleurs n’a pas nié – l’existence de recherches et des embryons de technologie sans doute en provenance du Pakistan. Il paraît en tout état de cause logique qu’un homme habité par son ambition politique et qui a essayé de se doter (avec l’aide d’un ancien agent de la CIA) de toutes sortes de moyens militaires n’ait pas écarté cette option.

N. O.
Comment s’expliquent la détention des infirmières et du médecin bulgares, et le traitement atroce qu’ils ont subi? Une preuve de fermeté, à usage interne, au moment où il assouplissait son discours à l’extérieur?
F. Burgat. – Il se peut qu’il y ait eu de cela. Souvenons-nous que Kadhafi, en 2003, redoutant de subir le même sort que Saddam Hussein, a fait un véritable hara-kiri nationaliste: non seulement il a accepté de payer de lourdes indemnités mais, bien pire pour son honneur, il a autorisé ceux qui l’avaient bombardé à venir physiquement fouiller ses casernes, emporter tout ce qu’ils souhaitaient et détruire ses missiles. Or Kadhafi a estimé n’avoir pas été rémunéré pour ses multiples concessions, ni par les Etats-Unis ni par l’Union européenne. Les Etats-Unis lui avaient notamment fait la promesse d’une sorte de «partenariat nucléaire» qui a donné lieu à un vrai malentendu. Kadhafi s’attendait également à être reçu dans les capitales européennes, mais hormis à Bruxelles il n’a été reçu nulle part.
Dans ce contexte, il se pourrait que le dossier des infirmières ait constitué, si j’ose dire, l’arme du pauvre, une sorte d’« os nationaliste» à offrir à ses partisans, une manière de signifier qu’il n’avait pas complètement perdu sa capacité à défier la communauté internationale. Ce dernier refus lui aurait permis de dire, aussi bien à l’intérieur que sur la scène internationale: «J’ai conservé une capacité d’opposition, un pouvoir de nuisance; vous voyez, je m’appelle toujours Kadhafi».

N. O.
Quel est le rôle réel de la Fondation Kadhafi, dirigée par le fils du colonel, Saïf el-Islam? Donner a la Libye un outil d’action humanitaire pour améliorer son image internationale ou fournir au dauphin présumé une rampe de lancement?
F. Burgat. – Je dirais que c’est une combinaison des deux. La question de la succession est posée. Il est très vraisemblable que Saïf el- Islam, comme Jamel Moubarak, est en train d’être mis sur orbite par son père. Au Forum économique mondial, la Libye est régulièrement représentée par Saïf el-Islam et l’Egypte par Moubarak fils. J’ajouterais que le fait de disposer de cette sorte d’ONG permet à la Libye d’agir sur des terrains où la diplomatie officielle ne pourrait pas se permettre de perdre la face. C’est en tout cas ainsi que les choses ont fonctionné. Je ne crois pas du tout à l’autonomie politique du fils par rapport au père.

N. O.
Dans quel état est l’industrie pétrolière libyenne?
F. Burgat. – Elle a souffert de l’embargo. Aujourd’hui encore, elle n’a pas retrouvé le niveau de production d’avant 1992. L’une des premières mesures adoptées depuis 2005 a été le lancement d’appels d’offres à des compagnies étrangères. Elles sont aujourd’hui une quarantaine à avoir obtenu des droits de prospection. Et les échos des premières recherches rendent les pétroliers euphoriques: la Libye va être encore plus riche dans les années à venir.

N. O.
Ce que Nicolas Sarkozy n’ignorait sans doute pas...
F. Burgat. – Ce qui me paraît clair, c’est qu’il a joué deux cartes à la fois dans cette opération. Le premier acquis relève de ce que ses opposants appelleront «le coup d’éclat permanent»: il sauve des femmes victimes d’un tyran arabe. Le second est diplomatique et économique: il s’agissait, en même temps, de redonner à Kadhafi le minimum de respectabilité suffisant pour permettre de lui vendre toutes ces «choses» qu’on ne peut décemment vendre qu’aux gens bien…

Politologue, arabisant, François Burgat est directeur de recherche à l’Institut de Recherches et d’Etudes sur le Monde arabe et musulman du CNRS. Il a publié en 2005 «l’Islamisme à l’heure d’Al-Qaida» (La Découverte) et en 2003, avec André Laronde, «la Libye» (PUF).

 

René Backmann
Le Nouvel Observateur

Commentaires»

  1. A propos du coup d’éclat permanent… lisez ces deux posts.
    L’un est écrit par Edwy Plenel, un journaliste français, qui fait un billet d’humeur sur le lien entre la vérité et la politique et le rôle des journalistes dans ces histoires…http://www.leblogmedias.com/archive/2007/08/03/plenel-medias-politique-le-monde-arendt.html
    Et voici l’autre, qui fait part de la politique de « m’as tu vu » du président français : http://www.leblogmedias.com/archive/2007/07/31/sarkozy-medias-echos-omnipresence-politique.html

  2. Jusque là, on connaisait le kidnapping des gosses, des femmes et
    des hommes par des bandes de voyoux dans le but de les monnayer, mais un kidnapping par un état soi-disant souverain d’une poignée d’individus en contre partie des quelques contrats d’armements, c’est une première dans l’histoire de l’humanité… décidément, ce guide farfelu et son fils pommé n’ont pas encore fini de nous surprendre… C’est l’idée même de l’état voyou qu’ils viennent de concrétiser…

    Et dire qu’un certain moment, on voulait forcer le destin pour entrer en union avec ces voisins du malheur, dieu merci le destin en a voulu autrement…

  3. réabhilité un malade mental pareil est une faute lourde.
    Allez donc comprendre.
    Voici un criminel en tout genre ,dictateur notoire, hors la loi, qui fait exploser un avion civile avec tous ces passagers qui pratique la torture, emprisonne des innocents et dicte ses choix.
    Ces pays dits libres lui ont offert une occasion de se refaire une virginité au nom de marchés juteux.
    où est-elle la morale dans tout cà?
    où est cette justice tant martelée?
    où sont-ils ces droits de l’homme dont on rabâche sans arrêts la devise?
    Naurait-il pas mieux valu que les pays puissants s’unissent pour imposer à kadafi de l’ibérer les infirmières de gré ou de force?

    voici une occasion ratée de fermer la gueulle a un dictateur qui aurait servir d’exemple à ses semblables.eh bien non!
    L’europe a préféré se faire toute petite à la merci et a la solde d’un dictateur qui impose en plus ses choix.
    Tout le monde sait que la lybie et incapable de réaliser seule sont développement économique ele a besoin comme tous les pays arabes du savoir des pays avancés.
    Se sachant que les marchés leur reviendront un jour ou l’autre.
    alors pourquoi s’être fait petit devant un tyran se croyant plus fort qu’un boeuf?
    C’est à croire que de ces pays développés s’acommodent bien des dictateurs.
    Allez donc comprendre….

    Mon voeux:que les infirmières attaquent en justice kadafi pour lui exiger le double de se qu’il lui a été versé.

  4. Ce qui est à déplorer et abjecte c’est le comportement des pays dit développés qui ne s’interessent qu’à eux, et ce quelque soit le type de gouvernance à qui ils ont à faire.Ils n’accépteront jamais un gouvernement démocrates qui ne leur sied pas car cela contrarira leur politique hégémonique,économique et sociale ainsi que leur domination sur les pays dirigés par des déspotes.

    Les Dictateurs de par le monde et surtout ceux des pays arabes ou qui se considèrent,par indigence,comme tels ont toujours agit par le chantage ou la langue de bois afin d’etre cité dans le concert des nations.Mais d’un autre coté,ceux qui soutiennent ces cloune
    ries dans leurs intérets divers cesseront le concours qu’ils apportent à ces potentats(Bouteflika,Mohamed 6,Moubarek,Kadafi, Ben Ali,Bachar El Assad,etc..) désqu’ils ne seront d’aucune utilité économique ou autre.
    Que sont devenus Hailé Sélasié,le Chah d’Iran et ainsi de suite.

  5. Ce tyran et megalomane dirige son pays comme un chef de tribu du temps du moyen age!Il mene son peuple (la Djamahiria) comme un troupeau de mouton qui s accomode a vivre de la rente petroliere.Au lieu de rentabliser cet apport de devises pour moderniser la Libye et batir un pays stable pour les generations futures,voila qu il dilapide cette richesse avec sa famille et ses enfants (Seif El Islam,Hanibal)pour s accrocher au pouvoir.
    Ce dictateur et predateur de la liberte d expression,ennemi farouche de la democratie et des Droits de l Homme ,tantot arabe,tantot africain se conduit comme un veritable despote .En veritable « clown politique » ,il est la risee des pays occidentaux.
    Le dossier des infirmieres a demontre combien ce « guide » a ridiculise son pays et le monde arabe et l Afrique!Les pays democratiques au lieu d aider le peuple lybien a se debarasser de cet aventurier mele au terrorisme international font la » politique de l autruche « et ne pensent qu aux contrats juteux et a leurs profits.Les ONG,les militants des Droits de l Homme et tous les intelectuels epris de paix et de justice doivent se constituer parti civile et traduire ce dictateur en justice pour atteinte aux Droits de l Homme,torture,repression et racisme!Apres toutes ces exactions et sevices,ce « voyou » doit rendre compte a la communaute internationale,tout en esperant que le peuple libyen sortira de son « coma »!

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