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La Française RATP exploitera le futur métro d’Alger 20 août, 2007

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metro5265985.jpg article2179.jpg L’entreprise française RATP Développement, filiale à 75 % de la RATP, a obtenu le contrat d’exploitation et de maintenance pendant 8 ans du futur métro d’Alger pour un montant total d’environ 120 millions d’euros.

La première ligne de ce métro, d’une longueur de 9,1 km, doit entrer en service – en principe – en septembre 2008 et relier le centre-ville (Grande Poste) au quartier Hai Al Badr à Kouba. RATP Développement a devancé deux autres sociétés françaises: Veolia Transports et Keolis, et une société espagnole gestionnaire du métro de Madrid, qui avaient répondu à l’appel d’offre restreint d’EMA. « RATP Développement va constituer une société de droit algérien dont l’objet est l’exploitation et la maintenance du métro d’Alger. RATP en gérera la billetterie et la maintenance », a précisé un responsable du bureau d’Alger du cabinet de consultants Gide Loyrette Nouel.
L’équipement de cette première ligne souterraine, voie ferrée, matériel roulant, poste de commande et aménagement intérieur des stations, avait été confié aux sociétés allemande Siemens, française Vinci et espagnole CAF, pour un montant total de 380 millions d’euros. Quatorze trains de six voitures seront mis en circulation avec une capacité totale de 1.216 voyageurs par déplacement, dont 208 places assises. Le trafic prévisionnel est estimé à 110 millions de voyageurs par an.
Le contrat entre les trois sociétés et Métro d’Alger prévoit que cette ligne sera équipée de 20 km de voies, de 14 rames, d’installations à haute tension et de systèmes de signalisation, de 23 escalators, d’un centre de commande central permettant de superviser et de contrôler les déplacements des rames, et de l’équipement intérieur des dix stations. Les trois sociétés apporteront également la touche finale au complexe de maintenance des rames. Enfin, le métro d’Alger sera équipé du tout dernier système automatique « Trainguard CBTC » de sa société, actuellement utilisé sur de nombreuses lignes de métro dans le monde entier. Ce système automatique assure « le guidage optique et l’assistance à la conduite par un traitement numérique des images », expliquent les ingénieurs.
Un protocole algéro-français signé entre l’Algérie et la France en juillet 2004 prévoyait qu’une attention particulière serait apportée aux modalités d’exploitation future, grâce notamment à l’aide de la RATP et de la SNCF. L’EMA avait confirmée qu’un futur appel d’offre de délégation de gestion serait lancé pour trouver un exploitant ayant une expérience internationale de ce type d’infrastructure.
Les deux autres soumissionnaires en lice pour l’acquisition du marché disposent d’une dizaine de jours pour contester le choix de l’entreprise du métro d’Alger. Il faut noter que la RATP a été « pressentie » dès le départ pour décrocher le marché. son partenariat avec l’entreprise de gestion du métro d’Alger depuis l’année 2006 constituait un atout important. En effet, depuis cette date, la RATP-Développement assiste l’entreprise algérienne dans le choix des offres formulées par les industriels pour l’acquisition de systèmes et matériels roulants comme les rails et les rames en apportant son expertise dans un domaine extrêmement sensible. Avec un chiffre d’affaires de 3,7 milliards d’Euros et une présence dans plus d’une centaine de pays, la RATP passe pour être l’un des groupes de transport les plus importants dans le monde.
Plus de 20 ans après le début des travaux, le chantier du métro d’Alger estimé à 400 millions d’Euros a vu les travaux de génie civil de son premier tronçon prioritaire « Haï El Badr-Grande Poste » d’une longueur de 4,1 Km se terminer en juillet 2006 ! La date de septembre 2008 annoncée à plusieurs reprises par le gouvernement pour le début de fonctionnement du métro sera-t-elle respectée ?

Réconciliation nationale : 1560 milliards pour indemniser les terroristes

Posté par benchicou dans : Algérie : Islamisme et terrorisme , ajouter un commentaire

 Neuf mille dossiers ont été retenus parmi les demandes d’indemnisation au titre de la solidarité nationale, dans le cadre de la mise en œuvre de la Charte pour la paix et la réconciliation nationale, a indiqué, hier, M. Djamel Ould-Abbès, ministre de la Solidarité nationale. Ils concernent deux catégories de population : les familles démunies éprouvées par l’implication d’un de leurs proches dans le terrorisme et des personnes ayant fait l’objet de mesures administratives de licenciement pour des faits liés à la tragédie nationale, a précisé M. Ould-Abbès, en marge du lancement de l’opération de distribution de trousseaux scolaires au profit des enfants des familles démunies.
Pour ce faire, M. Ould Abbès a rappelé qu’une enveloppe globale de 15,6 milliards de DA (1560 milliards de centimes) avait été dégagée dont 8 milliards de DA ont été déjà dépensés dans le cadre de cette opération d’indemnisation. Il a affirmé que l’opération se poursuit et que la liste des demandes d’indemnisation “reste ouverte” mais chaque demande, a-t-il fait remarquer, “fera l’objet d’enquêtes”.
Le ministre a, par ailleurs, évoqué l’opération de construction de logements au profit de familles victimes du terrorisme, entamée dans la commune de Sidi Moussa, wilaya d’Alger, et qui a bénéficié d’un quota de 106 unités. À ce jour, quelque 84 familles    ont bénéficié sur environ 150 demandes initiales, a-t-il dit, précisant que la liste a été “assainie” après avoir enregistré des irrégularités, des demandeurs “étant déjà propriétaires de villas et d’autres ayant bénéficié d’opérations de restauration de leurs logements”, a-t-il signalé. Il a souligné que cette opération a concerné en priorité les veuves ayant à charge des orphelins. Le ministère de la Solidarité nationale avait lancé, début 2007, la construction de 1 780 logements, dans 17 wilayas, au profit des familles victimes du terrorisme, rappelle-t-on.
Synthèse

Madani Mezrag rappelle à Bouteflika ses promesses

Posté par benchicou dans : Algérie : Islamisme et terrorisme , 7 commentaires

Il «somme» le président Bouteflika d’intervenir et de mettre fin à tous les dépassements.

L’attentat ayant ciblé Mustapha Kartali, mercredi dernier, a fait réagir les anciens responsables de l’ex-FIS. Dans un communiqué transmis à la rédaction de L’Expression, Madani Mezrag, ancien chef de l’Armée islamique du salut (AIS, branche armée du FIS dissous), a dénoncé cet acte de «lâcheté et de trahison». Après avoir cité quelques versets du Saint Coran, Madani Mezrag a souligné que «nous avons appris l’attentat ayant ciblé Kartali avec beaucoup d’étonnement et de douleur, nous croyons toujours au destin». Par la même occasion, il a tenu à rappeler «les responsables du pays, à leur tête le président de la République Abdelaziz Bouteflika, la lenteur du processus de la ´´réconciliation nationale´´».
Toutefois, l’ancien chef de l’AIS a estimé que la gestion actuelle des affaires de l’Etat, notamment l’organisation des festivals de musique et de danse, pourrait engendrer «d’autres catastrophes plus dangereuses». Dans le même communiqué, et en termes à peine voilés, Madani Mezrag somme le président Bouteflika d’intervenir et de mettre fin à tous les dépassements. Poussant l’outrecuidance, le rédacteur du document interpelle le chef de l’Etat quant à la nécessité de «promouvoir le discours politique pour établir la justice et l’égalité, de lutter contre la ségrégation d’une manière concrète, de mettre fin aux années de sang et laisser de côté les rancunes». Et d’insister sur l’obligation «de l’ouverture du champ politique et de permettre à tous les Algériens d’adhérer aux associations et aux partis politiques». En filigrane, Madani Mezrag exige l’autorisation de pouvoir créer son propre parti, comme il l’a toujours soutenu, et pourquoi pas de se présenter aux prochaines élections communales. Sur un autre plan, Mezrag revendique «les indemnisations promises dans la Charte pour la paix et la réconciliation nationale». Ce n’est pas tout. En donneur de leçons et se voulant moralisateur de la scène politique nationale, l’ancien chef de l’AIS réclame «d’impliquer toutes les parties concernées dans les événements afin d’évaluer la situation que vit le pays, de proposer les solutions adéquates et de responsabiliser tout un chacun». De son côté, Mustapha Kartali a annoncé, dans des déclarations à la presse: «Je m’attendais à être victime d’un attentat suite aux conflits qui existent au sein des groupes armés, à propos des partisans de détracteurs de la réconciliation.». Cependant, ce dernier a confirmé qu’il n’a jamais reçu de menace de la part des groupes armés. «Je n’ai pas été menacé et je circule en toute liberté». D’après lui, cette attaque vise «à faire barrage à la concrétisation de la Charte pour la paix et la réconciliation nationale». Il précise que «nous continuons à soutenir la réconciliation. Nous demandons à l’Etat de continuer à appliquer son projet que nous appuyons encore une fois».

Face au risque de mécontentement : Le pouvoir va inonder le marché

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dnar.jpgDevant les premières manifestations de mécontentement populaire le gouvernement va inonder le marché à l’approche du mois de ramadhan

 

Le gouvernement a décidé la mise en place d’un plan pour contrecarrer l’augmentation vertigineuse des prix des denrées alimentaires en prévision au mois de Ramadan ; des instructions ont été données pour inonder le marché national, une semaine avant le début du mois sacré, avec les produits de grande consommation, notamment la viande rouge à travers l’importation de 23 mille tonnes ainsi que 20 mille tonnes de pomme de terre.
Le comité interministériel ad hoc mis en place mercredi dernier par le gouvernement pour contrôler les prix des produits de large consommation, œuvre pour assurer le suivi quotidien des besoins du marché national.
A cet effet, le chef du gouvernement a donné une instruction pour importer 23 mille tonnes de viande rouge de Turquie et d’Amérique Latine durant le mois sacré. La même chose vaut pour la pomme de terre dont 20 mille tonnes seront importées d’Espagne, de Belgique et de France. Une quantité considérable des fruits et légumes sera mise à disponibilité comme mesure de prévention, sans pour autant affranchir les  parties en charge du contrôle des prix de jouer pleinement leur rôle. 

Propos de Mezrag : l’édito de Liberté 19 août, 2007

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Editorial  

Respect de la mémoire 

 

Par : Samar Smati  

Savoir dépasser les canons d’une application stricte de la loi est l’apanage des États forts. Encore, faut-il que l’État le soit, et que la loi en général soit appliquée par tous et pour tous. La loi est tout sauf un paramètre variable applicable au gré des humeurs circonstancielles.  

Mezrag, Benaïcha, Benhadj, Layada… Autant de noms synonymes pour le commun des Algériens des outrages faits à l’Algérie et des crimes commis contre la population. Mais s’agit-il réellement de la pire offense ? Dans le fond, oui. Il en va malheureusement différemment dans la forme. Faire une loi et ne pas l’appliquer dans son ensemble est le meilleur moyen d’autoriser ce qu’on est censé avoir interdit. La Charte pour la paix et la réconciliation nationale, que les Algériens au nom du pardon ont plébiscitée par référendum populaire, interdit formellement à tous les acteurs de la tragédie nationale de faire des déclarations politiques. Il en est de même pour l’exercice d’une activité politique.
Depuis des mois, ces mêmes individus s’expriment en tribune libre et en violation flagrante des lois de la République. Aucune réaction. Aucun rappel à l’ordre. Aucune mesure n’a été prise à leur encontre. Aujourd’hui, Madani Mezrag annonce la création d’un parti politique ou, le cas échéant, l’implication des dirigeants de l’ex-FIS dans la mouvance nationaliste. Au vu et au su de tous, un communiqué non cacheté est envoyé à toutes les rédactions par lui et au nom de “l’instance dirigeante de l’ancienne armée islamique”. À croire que l’Algérie n’a ni État, ni institutions, ni lois. Ou plutôt si. Celle de la permissivité et de l’oubli. Au gré des humeurs, chacun y va de son interprétation, de son application ou de son rejet. Faut-il être aveugle ou sourd pour ne pas entendre et percevoir les cris d’une terre plus d’une fois violée et offensée dans sa mémoire ?
Savoir dépasser les canons d’une application stricte de la loi est l’apanage des États forts. Encore faut-il que l’État le soit, et que la loi en général soit appliquée par tous et pour tous. La loi est tout sauf un paramètre variable applicable au gré des humeurs circonstancielles. On ne va pas à la pêche. On ne peut appliquer la charte pour les mesures de grâce, les familles de disparus et la repentance des terroristes en l’occultant dans la forme pour toutes les violations flagrantes de ses dispositions ou pour l’application des mesures relatives aux familles des victimes de terrorisme. Sans une application des lois de la République, l’État et l’ensemble de ses institutions auront du mal à redorer les blasons d’un pays malmené. En premier auprès de la population. On mesure aujourd’hui l’étendue des outrances. L’outrage quant à lui est vécu par les Algériens depuis plus d’une décennie. L’Algérie a, semble-t-il, la mémoire oublieuse. Elle ne sait pas tirer les leçons de ses erreurs. La tragédie est là
 

Le terrorisme vu par l’ONU

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Entretien avec le rapporteur spécial de l’ONU contre le Terrorisme
Martin Scheinin : « Al-Qaeda n’est qu’une métaphore »
par Sandro Cruz*

Martin Scheinin, rapporteur spécial des Nations unies pour la protection et la promotion des Droits de l’homme et des Libertés fondamentales et contre le Terrorisme affirme que celui qui commet un acte terroriste est un terroriste fusse-t-il un État. Dans un entretien accordé en juin dernier à Sandro Cruz, de l’agence péruvienne IPI et vice-président du Réseau Voltaire, il affirme que le programme CIA des prisons secrètes a été remplacé par un autre sous-traité à des États tiers. Il souligne n’y a pas de guerre contre le terrorisme et qu’Al Qaeda n’est qu’une métaphore.
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Sandro Cruz : Quelle est la conception actuelle du terrorisme selon l’ONU ?

Martin Scheinin : Il n’existe pas d’accord sur une définition intégrale, universelle du terrorisme ; par contre, il existe de nombreuses conventions internationales contre des formes spécifiques de terrorisme et on peut donc résumer les définitions actuelles de formes particulières de terrorisme pour en élaborer une conception générale et internationale.

La résolution 1566 a été conçue à partir des conventions existantes sur le terrorisme et ajoute que celui-ci se caractérise par des actes de violence qui entraînent la mort, et par d’autres actes de violence visant en particulier les civils. De mon point de vue, ceci est décisif : le terrorisme vise des personnes qui n’ont rien à voir avec de tels actes et sont cependant victimes d’une violence qui entraîne leur mort.

Le terrorisme, c’est aussi l’utilisation sélective de certaines tactiques où ce qui compte est le moyen plus que la fin. Ce qui n’empêche que derrière le terrorisme se cachent aussi des fins politiques ou religieuses partagées par des terroristes qui soutiennent les intérêts d’organisations politiques. Pourtant, ce qui est décisif n’est pas la fin, mais la méthode qui consiste à recourir à la violence létale contre des innocents : voilà ce qui définit le terrorisme.

Il n’existe pas d’accord sur la question parce que de nombreux gouvernements tiennent à conserver leur propre définition du terrorisme, ce qui permet souvent à chacun de coller l’étiquette de terroriste à ce qu’il rejette : un mouvement politique, une quelconque minorité, des groupes indigènes, des syndicats. C’est un des principaux problèmes auxquels je me heurte en ma qualité de rapporteur spécial pour les Droits de l’homme et contre le Terrorisme, précisément parce que de nouveaux gouvernements du monde continuent d’abuser du concept de terrorisme en l’appliquant à des groupes qui ne sont pas terroristes.

Sandro Cruz : Vous estimez donc que certains États utilisent le concept de terrorisme à leurs propres fins politiques ?

Martin Scheinin : Il est clair que de nombreux gouvernements utilisent le concept de terrorisme pour soutenir des intérêts politiques par la voie de la stigmatisation de leurs opposants, et ce phénomène prend bien des formes. L’une d’elles consiste à tirer profit d’actes de terrorisme isolés ou individuels en les attribuant à des groupes, des organisations, des mouvements politiques, des groupes ethniques, alors catalogués comme terroristes sans le moindre fondement. Dans d’autres cas un gouvernement tente tout simplement de neutraliser ses opposants en les traitant de terroristes sans qu’ils se soient jamais livrés à un acte de terrorisme. Dans les deux cas, il y a abus flagrant du concept de terrorisme.

Sandro Cruz : Que pensez-vous, personnellement, du phénomène qu’on appelle « terrorisme d’État » ?

Martin Scheinin : Pour moi, l’acte en soi est décisif. Quiconque commet un acte de terrorisme est un terroriste. Un acte de terrorisme est une attaque violente contre des membres de la population en général ou tout autre type d’acte de violence obéissant à des fins politiques, telles qu’obliger un gouvernement ou une organisation internationale à faire quelque chose de spécifique, ou terroriser la population. Les États peuvent en effet s’impliquer dans des actes de terrorisme ou se livrer en coulisses au terrorisme en recrutant ou en finançant des groupes terroristes qui réalisent des attaques terroristes. Je ne crois pas que les réponses à de tels actes puissent être différentes ; qu’il s’agisse d’un État ou d’un autre agent, ce sont les actes qui sont décisifs et qui les commet est un terroriste.

Sandro Cruz : Pourriez-vous citer des exemples contemporains de terrorisme d’État ?

Martin Scheinin : On peut effectivement regarder en arrière et constater que certains États ou gouvernements se sont trouvés dans les coulisses d’attaques terroristes, au moins en les finançant ou en les facilitant.

Sandro Cruz : Dans ce cas, pourriez-vous en citer quelques-uns ?

Martin Scheinin : Je préfère n’en citer aucun en particulier.

Sandro Cruz : En Amérique latine, le nom de Luis Posada Carriles a acquis une certaine notoriété [1]. Pourriez-vous me donner votre avis sur ce cas ?

Martin Scheinin : Je ne représente pas un tribunal de justice et je n’ai donc pas à me prononcer sur la culpabilité d’un individu ; il incombe aux États de rechercher des preuves, d’enquêter, et aux tribunaux de dicter sentence. Bien entendu, ce processus peut devenir variable s’il se base sur une optique sélective ; autrement dit, même un pays comme les États-Unis, très strict sur les questions de terrorisme, peut devenir sélectif sur telle ou telle forme particulière de terrorisme ou des individus contre lesquels pèsent des présomptions solides d’actes de terrorisme. J’ai évoqué ce cas avec les autorités nord-américaines pendant ma visite dans ce pays, mais je ne puis maintenant vous donner une réponse qui exprime ma position. Ce que je peux vous assurer, c’est que le cas a bel et bien été discuté.

Sandro Cruz : De nombreuses organisations humanitaires s’inquiètent du centre de détention qui existe à la base militaire que les États-Unis conservent à Guantanamo, Cuba [2]. Que pensez-vous de cette affaire ?

Martin Scheinin : La question de Guantanamo constituait un point important de l’agenda de ma visite aux États-Unis, et j’ai fait des déclarations à la presse sur plusieurs points liés aux détenus de Guantanamo. J’inclurai ce thème dans mon rapport final au Conseil des droits de l’homme. Il soulève de nombreuses questions légales, en particulier celles des conditions de détention et des méthodes d’interrogatoire dont on use contre les détenus.

Je traiterai donc essentiellement ces deux aspects. Le premier concerne le statut légal des détenus de Guantanamo : sur quelle base sont-ils en détention, sur quelles bases seront-ils jugés d’ils finissent par l’être ? L’autre porte sur la fermeture de ce centre de déntention.

Je suis très critique à l’égard de la loi qui a instauré les commissions et les tribunaux militaires (Military Commissions Act), créée pour fournir une couverture légale aux procès intentés aux suspects de Guantanamo. En ce moment, il semble que le système légal soit devenu si contradictoire que les commissions militaires sont dans l’impossibilité de faire leur travail. Dans ce sens, nous revenons au point de départ : ils sont prisonniers pour des raisons injustifiées, non conformes aux lois internationales ou aux lois des États-Unis, et ils le sont depuis longtemps, ce qui en fait une forme de détention arbitraire.

En ce qui concerne la fermeture du camp de détention de Guantanamo, je recommande que ce trou noir dans la légalité soit éliminé aussitôt que possible. Je souligne que si ce sont les États-Unis qui ont créé la situation, ce sont aussi eux qui doivent trouver une solution en première instance.

Bon nombre des détenus qui ne seront pas jugés et qui pourraient être libérés sont dans l’impossibilité de regagner leur pays d’origine où ils risqueraient de faire l’objet de tortures ou de poursuites. Dans ce cas, je recommande aux États-Unis d’inviter le Haut-Commissaire aux réfugiés des Nations unies pour qu’il émette une déclaration de statut de réfugiés et à de tiers pays d’accepter d’accueillir quelques-uns des détenus de Guantanamo.

Sandro Cruz : La presse européenne a parlé des vols secrets de la CIA [3] et une enquête a même été ouverte…

Martin Scheinin : C’est exact. J’ai parlé devant le comité ad-hoc du Parlement européen des vols secrets et des prisons secrètes. Je n’ai pas pu fournir d’informations supplémentaires, mais j’ai ajouté à la discussion des aspects de type légal, et j’inclurai dans mes futurs rapports le programme de la CIA pour les centres secrets de détentions, qu’on appelle aussi « localisations classées ». Je suis d’avis que les États-Unis n’ont pas abandonné ce programme, tout indique au contraire qu’il se poursuit, mais sous de nouvelles formes. Il existe presque quarante individus dont on sait qu’ils ont été détenus par la CIA, et le vieux programme des centres secrets semble avoir été remplacé par un autre qui s’appelle « détentions Proxy » ; autrement dit, d’autres pays assument maintenant le contrôle des détenus au nom ces États-Unis, au nom de la CIA. De nombreuses ONG suggèrent que l’Afrique est devenu le principal continent d’accueil des prisons secrètes, on parle de pays tels que le Maroc ou Djibouti, mais je ne veux pas ici en dresser la liste, ce ne sont que deux exemples.

Sandro Cruz : Après le 11 Septembre, les États-Unis ont engagé ce qu’ils appellent une longue guerre globale contre la terreur. Qu’en pensez-vous ?

Martin Scheinin : Mon opinion personnelle, qui n’est pas mon opinion officielle de rapporteur spécial, est qu’il n’existe aucune espèce de guerre globale contre la terreur. Il se peut que surgissent des situations transitoires où la guerre contre des groupes terroristes correspond à ce qu’on appelle un conflit armé, selon les Conventions de Genève et leurs protocoles, indépendamment du fait que nous parlions d’un conflit armé international, comme par exemple les conflits armés entre les États-Unis et le régime Taliban d’Afghanistan : ceci était bel et bien un conflit armé à caractère international. On peut aussi parler de conflits armés, mais pas à caractère international, entre un État ou plusieurs États d’un côté et un groupe terroriste de l’autre, organisé de telles façon qu’il puisse être considéré comme une force armée.

Il peut exister des conflits de ce type, mais je ne considère pas vraiment qu’on puisse parler de guerre globale entre États. Quant à Al Qaeda, ce n’est qu’une métaphore. Je ne crois pas qu’Al Qaeda puisse être considéré comme une armée globale impliquée dans un conflit armé mondial sans fin. On peut trouver des foyers de ce type de situations dans des groupes hiérarchiquement bien constitués et dans des actes concrets de violence, mais ce n’est pas le cas dans la situation dont vous parlez.

Dans toutes sortes d’évÈnements, je crois que la mondialisation joue un rôle important parce qu’elle implique que les États ont perdu une partie de leur contrôle sur ce qui se passe dans le monde. D’autres agents jouent aussi un rôle de plus en plus décisif, comme les entreprises multinationales, les institutions financières internationales, d’autres organisations intergouvernementales et, finalement, les organisations criminelles transfrontières, y compris violentes, comme les groupes terroristes ; ceux-ci sont devenus des agents qui agissent aux frontières nationales, tandis que les États perdent du terrain dans le contrôle des évènements.

Pour toutes ces raisons, les nouvelles formes de terrorisme international sont maintenant plus dangereuses que les précédentes, sans qu’on puisse pour autant en arriver à la conclusion qu’il existe un conflit armé global sans fin, pouvant entrer dans la catégorie des guerres. Je ne crois pas que nous en soyons arrivés à ce point, ni que nous allions dans cette direction. J’estime qu’il s’agit d’une question liée au crime et de la lutte contre le crime à l’échelle internationale.

 

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