navigation

La preuve que le système politique est dépassé 24 septembre, 2007

Posté par benchicou dans : Algérie : analyses et polémiques , trackback

Le monde scolaire va connaître une longue crise. Mais rien ne se serait passé si le régime avait réalisé que l’Algérie avait changé, qu’elle ne l’écoutait plus, et que, surtout, il ne la représentait plus. La tension très dure qui va s’installer dans l’école indique, à elle seule, que le système politique est dépassé : comment, en effet, s’entêter à ne « négocier » qu’avec l’UGTA , le syndicat proche du pouvoir et qui ne représente plus grand-chose, et exclure des pourparlers les syndicats autonomes qui sont majoritairement implantés dans l’enseignement ? Le caprice de Bouteflika va coûter cher : il n’aime pas les syndicats autonomes, il va en devoir payer le prix : une crise dure et probablement une longue grève.   

« C’était prévisible ! » conclut l’éditorialiste du Quotidien d’Oran qui note que la « question était inévitable dès lors qu’un syndicat était intronisé par décision politique le représentant exclusif de tous les fonctionnaires ». Pour le journal, « la seule manière d’atténuer le ressentiment des syndicats bannis aurait été que la négociation bénéficie d’un minimum de transparence et débouche sur un accord inattaquable. La transparence du processus de négociation aurait permis une sorte de « participation à distance » des autonomes. Cela n’a pas été le cas. Les choses se sont déroulées dans un aparté total et le résultat n’est guère réjouissant, aux yeux des syndicats. » 

Mais cela, un pouvoir qui vit encore dans la nostalgie des années 60 ne peut pas le comprendre. 

 

Le Matin 

 

Commentaires»

1 2
  1. ne soyez pas trop naïf, ce pouvoir est prêt à tout, la seule grève qui pourra faire peur à ces charognards c’est celle des pétroliers, malheureusement, ses représentants (Syndicat ) sont tous des corrompus. Unissons nous alors et mourir pour une cause juste, je suis près à mourir pour un avenir meilleurs pour celui de tout les algériens et mes enfants. Vive la liberté

  2. à ghani , les syndicats dont vous parlez ont s’ent fiche , ce qui importe c’est la base !(les employés ).

  3. on n’a jamais eu de syndicats ,mais de grands voleurs à l’instar de SIDI SAID ,le play-boy KHALIFA l’a récompensé pour avoir éscroqué les caisses sociales du pays(transfert sur ordre du grand sidi-said)de 2800 milliards ,c’est pas gratuit ,il y a eu un retour de l’ascensseur de la part de moumène.(FATIHA BRAHIMI n’était pas au courant du marché nous semble t-il?

  4. Le système a des capacités de… « nuisance » d’une extrême puissance. Il est entouré d’idéologues (j’allais dire d’experts) aguerris, avertis, formés dans l’école de la ruse, de la tromperie et du machiavélisme… ils ont l’art, je dirais « atypique », de tuer tout mouvement, après l’avoir laissé s’essouffler.. Grâce au terreau, qu’est l’arabo-islamique, Le pouvoir a des racines d’une profondeur telle qu’il n’est pas permis d’espérer s’en débarrasser un jour, comme ça, d’une façon spontanée. Voyons :

    Le mouvement ouvrier a été démantelé. Et puis, même avant son démantèlement, le parti-Etat qu’était le F.L.N. en avait fait un otage. Et puis, à bien réfléchir, avions-nous véritablement un mouvement ouvrier ?. Il serait difficile de répondre par l’affirmative, car qui dit « mouvement ouvrier » dit quelque chose d’organisé. Or, ça n’était nullement le cas.

    Il en est de même du « mouvement paysan» qui n’a, lui aussi, au sens scientifiquement du terme, jamais vu le jour.

    L’autre mouvement, qui a bel et bien existé celui-là, c’était le mouvement estudiantin. Mais où est-il maintenant ce mouvement ? Il faut dire qu’en dehors de l’U.G.E.L., prolongement du mouvement islamique (qui, lui, existe bel et bien et ne cesse de se consolider), il serait difficile sinon erroné de parler de « mouvement estudiantin ».

    Quant au mouvement des arrouchs, dont l’ampleur était pourtant sans précédent dans l’histoire des mouvements, son effondrement tout récent s’est produit sous nos yeux.

    Comme nous le constatons, chers amis, tous les « mouvements » susceptibles d’ébranler les structures du système ont été laminés et réduits à néant par l’idéologie dominante.

    Ceci étant, comment voulez-vous que les enseignants – qui n’existent pas encore en tant que mouvement (intellectuel s’entend) – puissent à eux seuls, faire trembler le pouvoir ? Certes, ils finiront par arracher certains droits, mais le pouvoir sera toujours là !. Et puis, soyons logiques avec nous-même : que cherchent les enseignants sinon des droits matériels (statut, retraite…) ? Jusqu’à présent, nous n’avons pas entendu les enseignants s’opposer au programme scolaire qui forme de parfaits illettrés trilingues. Nous ne les avons pas entendu non plus s’opposer au « système scolaire » dans son ensemble. De même les dits enseignants n’ont jamais, à ma connaissance, dénoncé l’endoctrinement à l’école. Certes, ils ont raison de revendiquer des droits, mais, rassurez-vous, c’est nous, parents, que cela inquiète le plus et non le pouvoir.

    Pourtant, les enseignants, tous paliers confondus, sensés être source de savoir et de la connaissance, peuvent jouer un rôle déterminant pour l’émergence d’un courant d’idées dynamique, pas seulement au sein des élèves et des étudiants, mais même au sein de la société tout entière. Or, apparemment, c’est loin d’être le cas et j’en veux pour preuve le fait qu’actuellement, seul l’idéologie dominante, bâtie autour de l’arabo-islamisme, occupe le terrain.

    Il serait intéressant de constater que l’arabo-islamisme n’est pas ou n’est plus un mouvement ; c’est une manière d’être, de gérer, de penser… bref, c’est une philosophie. Une philosophie qui donne naissance, d’une façon…exponentielle, à des mentalités rétrogrades ; qui donne naissance à des sociétés verrouillées de naissance (excuser la répétition). Et là, est tout le problème !

    Karl Marx disait que personne ne peut modifier le cours de l’Histoire. Pour lui l’histoire c’est le résultat de la lutte des classes depuis des millénaires. Rassurez-vous, je n’ai pas la prétention de remettre en cause ce grand sociologue, mais je constate seulement que dans les sociétés arabo-islamique, à l’exemple de la nôtre, ce sont les hommes qui déterminent le cours de l’histoire.
    Il est tout à fait clair, pour paraphraser Bouteflika, que le système politique n’est pas dépassé au sens que ses jours sont comptés. Bien au contraire, il a tellement investi dans l’obscurantisme qu’il peut dormir sur ses deux oreilles.

    A bons entendeurs salut !

  5. Cher Monsieur Brahami

    Je vois que vous nuancez votre propos sur «l’ideologie dominante» que vous preferez qualifier de « philosophie ». Et encore !

    Mais je suis heureux de lire votre commentaire (27 septembre, 2007 at 18:05) qui nous livre une excellente analyse sur les divers mouvements qui ont tente de faire avancer la « machine Algerie ».

    On pourrait dire que nous sommes en effet dans un « Etat stationnaire » qui interdit tout mouvement. Le mouvement est, par essence, signe de vie. Or notre societe est figee depuis des decennies .

    Ceci est-il imputable a flenne ou flenne( tous responsables evidemment) ou a une lethargie qui a engourdi la dynamique sociale de notre pays et a laquelle nous nous sommes accoutumes .

    Le systeme, c’est vrai Si Brahami, « est entouré d’idéologues» qui reflechissent, analysent, pesent et soupesent toutes les hypotheses et nous aurions tort de les prendre pour des imbeciles.

    Aujourd’hui le terreau (terro), c’est l’arabo islamisme. Et hier. Et avant hier ? Que s’est il donc passe pour que l’Algerie se soit arretee en 1962 ?

    L’ecole bien sur. Mais j’opterai davantage par cette crainte de changement qu’implique le mouvement et qui nous incite a conserver le statut quo dans un faux equilibre. C’est un paradoxe difficile a comprendre, j’en conviens, mais il correspond a une societe depressive qui s’auto intoxique ,comme le dit si bien un journaliste du Soir d’Algerie, en fumant du the…
    Cordialement

    C’est bien de mouvement dont il faut parler. Sinon nous sommes morts.

    elMenfi

  6. brahami vous avez trés bien résumé la situation.

    il est vrai qu’un os avec un bout de chair suffit pour ne pas aboyer,c’est là le drame.

  7. fin aux fonctions d’une quinzaines d’agents du service de greffe

    Actualités : COUR D’ALGER
    Le nouveau procureur général met fin aux fonctions des agents du filet social

    Le nouveau procureur général près la cour d’Alger a décidé de mettre fin aux fonctions d’une quinzaines d’agents du service de greffe, employés dans le cadre du filet social. C’est ce qu’affirment les concernés qui se sont présentés hier au niveau de notre rédaction.
    «Mardi dernier, l’accès au siège de la cour nous a été interdit par les agents de sécurité et ont exigé que nous leur remettions nos badges. Ils nous ont expliqué qu’ils ne faisaient qu’appliquer une décision du procureur général. Voilà comment nous avons été mis à la porte», expliquent-ils. Une décision plus qu’inattendue puisque leurs contrats prennent fin au mois de décembre. «Nous avons tous entre 5 et 8 années d’expérience au sein de ce service et nous aurions dû être recrutés depuis longtemps. Voilà des années que nous passons le concours administratif, mais jusqu’à aujourd’hui, aucun d’entre nous n’a été retenu», ont-ils précisé.
    T. H.

    Source de cet article :
    http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2007/10/01/article.php?sid=59036&cid=2

  8. L’ETAT ALGERIEN DANS TOUS SES ETATS

    Dans une courte prise de parole en réponse à une sollicitation d’un quotidien au lendemain du séisme du 21 mai dernier, j’avais emprunté un raccourci pour formuler le constat de la faillite de l’Etat, de l’exigence de sa refondation et de la difficulté de cette refondation, et suivant lequel, devant cette faillite, la société doit s’organiser elle-même en Etat (en quelque sorte, suppléer à son absence, se faire elle-même Etat). Si c’est, bien sûr, une utopie, c’est surtout une formule qu’il ne faut pas prendre au sens premier mais qui, dans sa formulation même ne manque pas de pertinence théorique et pratique.

    Déjà, dans un texte sur Bentalha, au lendemain du massacre ignoble des populations, je m’étais efforcé de prolonger le cri des suppliciés qui interpellaient : Etat où es-tu? Bien évidemment, la question est plus complexe qu’il n’en paraît : l’Etat ne protége pas la société par son armée, ou seulement par son armée. L’Etat est, devrait être une entité (un concept dit Mahmoud Darwich) plus large (ou plus fondamentale et totale en tous cas), qui devra it exprimer la volonté générale d’un peuple, et en tous cas ne devrait pas se réduire à l’armée, qui ne devrait pas être que son armée, l’armée de l’Etat. Dans le cas algérien, on rencontre un paradoxe, parce que dès que nous avons besoin que l’armée intervienne, cela veut dire déjà que l’Etat dont cette armée n’est, ou ne devrait être, qu’un des instruments névralgiques ne nous protège pas. Précisément, l’Etat doit nous protéger pour que Bentalha ne survienne pas. Il doit se déployer comme force politique et morale de dissuasion. C’est d’abord une autorité morale et institutionnelle. Dès que l’armée est ou se sent en devoir d’intervenir, cela veut dire que l’Etat a , quelque part, failli. A moins que l’on soit dans un cas de figure où l’Etat étant totalement défaillant, sur le fond, et dans ce cas ce n’est plus l’armée qui est un instrument de l’Etat mais l’Etat
    Depuis des années, on peut noter un mouvement tendanciel vers une meilleure saisie de la crise, mais qui ne va jamais jusqu’à son ultime achèvement. Tous semblent s’en approcher, mais tous trébuchent en chemin. On tourne autour de l’objet du délit, on y fait allusion, on tente des incursions, sans jamais l’atteindre au cœur.
    Il n’y a pas de réflexion sur l’Etat depuis l’indépendance, sauf des réflexions liées à des moments de tension et de crise. Peut être a-t-on pensé que la formalisation d’un Etat allait de soi comme attribut de l’indépendance, et ne méritait pas une réflexion particulière.

    Pour bien comprendre les phénomènes qui régissent un Etat, il faut recourir à l’histoire pour en dérouler et dévoiler la genèse lointaine (d’où vient notre Etat, de quels éléments historico-culturels, institutionnels il hérite et qui lui sont constitutifs et consubstantiels? Et même quand il y a rupture à un moment, c’est un rapport, c’est une rupture par rapport à un état de choses déterminé) et la genèse proche (quelles sont les conditions objectives et subjectives actuelles de sa production, conditions nationales et internationales s’entend?). D’autres contributions s’en chargeront. Observons, tout de même, qu’on ne saurait nier les liens entre notre propre retard avec les retards de toute la nébuleuse arabo-musulmane à laquelle nous sommes liés par différentes proximités identitaires et différents centres d’intérêt, avec la colonisation et l’évolution post-coloniale, l’accélération du mouvement de mondialisation.

    Sur l’état de l’Etat, sur le descriptif de la situation, je ne crois pas avoir grand-chose à ajouter à ce que tout le monde sait. Ce qu’a révélé le récent séisme. Mais en quelques mots : économie rentière bloquée aussi bien publique que privée que l’apport extérieur, corruption à tous les niveaux qui opère des ponctions astronomiques, fuite des capitaux et des cerveaux, scandales Orascom, Khalifa, BCIA, etc… anomie, déliquescence morale, précarité, société en régression généralisée, système d’éducation où les diplômes ne s’acquièrent plus mais se vendent, administration centrale et locale, fisc, douane, police, justice, droit, institutions dites élues, retards structurels qui s’accumulent : équipements socio-culturels, eau, terres agricoles, état de santé de la population, désertification. Délitement de l’Etat, classe politique marginalisée et tétanisée, persistance du terrorisme, à quoi s’ajoute l’opacité et la confusion politique, le désenchantement et la désillusion de la société, la perte de confiance non plus seulement dans l’Etat, mais dans les capacités du pays à se ressaisir, tétanisée par l’aggravation de la crise et échaudée par l’expérience négative des réformes avortées et des rendez-vous électoraux détournés. A quoi servent les élections si ce n’est à régénérer le système, réactualiser et redistribuer les cartes en fonction des nouvelles reconsidérations, recompositions parvenues à maturité du rapport de force en son sein.
    D’où la sédition de secteurs de plus en plus nombreux de la population par rapport à l’Etat traduit la non reconnaissance de cet Etat, ou l’absence de consensus d’identification avec lui ou à lui. Cependant, et en dépit de cette rupture, de nombreux algériens s’identifient au système comme rente, sous la forme d’un rapport d’aliénation parce qu’ils en bénéficient à court terme. Mais, ils ne s’identifient pas au système comme résultats de gestion, dès qu’ils prennent conscience de leurs intérêts sur le long terme. Conflit entre leurs intérêts personnels immédiats tels qu’ils sont conçus et les intérêts du pays et leurs propres intérêts stratégiques sur le long terme.

    Aujourd’hui, le moins que l’on puisse dire, c’est que l’Etat algérien est en crise profonde et fondamentale.
    En effet, il se trouve devant une série de contradictions :
    *Il y a blocage de l’Etat, du double fait lié de son hybridité et de sa co-intégration avec le système rentier bureaucratique corrompu. En fait, système politique et système économique et social ne font qu’un. C’est un tout indivisible composé d’éléments qui se soutiennent mutuellement et se prêtent légitimité. On peut même dire, d’un point de vue économique et social, que le système algérien est l’un des systèmes totalitaires les lus achevés, qui excelle à combiner des rapports,
    * La faillite de cet Etat- faillite relative à cause et grâce à son hybridité parce qu’il aurait pu totalement céder face à la pression intégriste ou définitivement la surmonter – vient de ce que, dans son hybridité, il a fini par épuiser tut son potentiel de progrès, toutes possibilités de nouvelles accumulations quantitatives, et qu’il lui faut passer désormais à un autre état,
    *D’un côté l’Algérie a un besoin vital, impérieux et urgent d’un Etat démocratique moderne, mais ne possède pas les forces socio-politiques en mesure de porter et de traduire un tel besoin en réalité, à savoir une bourgeoisie nationale dotée d’une conscience historique et son corollaire, une classe ouvrière moderne capable de lui porter une contradiction dynamique. Ce qui tient lieu de l’une et de l’autre restent prisonniers du système rentier corrompu et à sa merci. L’Etat actuel fonctionne tellement sur le modèle de la rente qu’il est susceptible de céder des miettes ou au mieux quelques parts de rente plus ou moins substantielles au lieu de fournir du travail équivalant création de richesses. On s’en accommode, et on joue le jeu. D’où le paradoxe de cette grève qui a arrangé tout le monde, ou à tout le moins n’a dérangé personne…
    *Ce blocage vient de ce que  » l’Algérie est, quant au fond, marquée par deux mouvements contradictoires : celui des réformes arrivées à maturité et celui qui en empêche la réalisation »..; C’est ce que disait notre camarade A. Fardeheb, il y a dix ans déjà, et cette contradiction se continue en s’aggravant…
    *Au total, l’Etat, du fait de ce blocage et de cette rupture ne dispose pas des moyens de sa rénovation interne (c’est-à-dire de l’intérieur de sa propre dynamique). Cette situation n’est pas propre à l’Algérie. L’Algérie ne fait pas exception. Partout ailleurs est survenu dans l’évolution des pays ce moment d’exigence de rupture pour se délester des forces qui entravent le mouvement vers l’avant. Et, dans tous les cas, ce handicap a été surmonté par différentes formes de rupture, et assez souvent par la révolution. La difficulté singulière chez nous, c’est que ce n’est pas une bourgeoisie montante qui, à la tête de classes historiquement progressistes, affronte la rente féodale qui heurte directement les intérêts de la majorité. Nous avons à faire à une rente d’Etat plus largement distribuée qui inhibe la majorité et obscurcit la conscience des intérêts dans la mesure où elle ne va pas dans le sens d’un antagonisme de classes du type féodalité descendante/bourgeoisie montante, ou même d’un antagonisme à l’intérieur d’une formation sociale capitaliste. Les élites potentielles sont laminées, inhibées, marginalisées et ne peuvent pas contribuer à la formation d’une conscience sociale moderne et démocratique bien que l’aspiration au progrès est très large. Plus grave, notre système a vidé le pays de forces potentielles de changement. En privilégiant la redistribution de la rente, le parasitisme, la corruption par rapport au travail, à l’effort et à la rétribution du mérite, le système a installé l’anomie générale. Objectivement, ce système fait le lit de l’islamisme. Il converge avec lui dans la déstructuration de la société et de la conscience sociale (Salah Chouaki). Résultat : pas de classes et de couches sociales homogènes, pas d’idéologies homogènes, pas de courants politiques homogènes, il n’y a que quelques prémices objectives et subjectives,
    *Certes, la société se fait Etat, certes, mais elle ne se fait Etat que dans un processus complexe dans lequel elle intervient non de manière immédiate, mais de manière médiate. C’est ce paradoxe qui fait que plus s’aggrave la crise, plus s’aggrave l’incapacité de la penser. Elle nous entraîne dans sa logique.

    C’est ce complexe de contradictions qui fait que l’Algérie peine, malgré les sacrifices énormes consentis, à sortir du cercle vicieux de la crise qui l’affecte, et s’est heurtée à des échecs aussi bien dans les réformes institutionnelles, que dans les réformes économiques, sociales et culturelles, en raison du refus d’aller à la racine de la crise. Le succès de ces réformes dépend de l’état du noyau et du tronc commun auxquels ces réformes se rattachent : le problème n’est pas, ou pas seulement dans les réformes, mais dans la réforme de l’instrument d’exécution des réformes, c’est-à-dire l’Etat;

    Or du fait de son caractère hybride et de sa nature rentière bureaucratique corrompue, l’Etat/pouvoir s’est privé de la possibilité de se transformer de l’intérieur parce que les forces sui y sont à l’initiative l’ont privatisé, patrimonialisé. Et il se donne, avec les moyens de séduction et de pression de l’Etat, les conditions de sa propre reproduction et de la reproduction de ses institutions, de la société politique et de la société civile qui lui correspondent et l’entretiennent. En confisquant ses richesses et en paupérisant la population dans son pouvoir d’achat et ses conditions de vie, les espaces de culture et de liberté, de loisirs, l’urbanisme, etc… Aussi, les rapports dominants sont-ils des rapports de clientèle, d’allégeance à des groupes de pression, au pouvoir-Etat, donc des rapports de dépendance et de soumission, et non des rapports autonomes de droit; L’Etat, à plus forte raison l’Etat démocratique moderne, suppose des valeurs partagées, le service public, l’égalité devant la loi, l’égalité de droit et de fait entre l’homme et la femme, l’égalité devant les droits et les devoirs, l’égalité des chances, l’égalité devant l’impôt, la citoyenneté, la justice, la neutralité de l’administration. C’est loin d’être le cas ici ou pour les couches supérieures parasitaires, les privilèges sont banalisés et « normés » comme des droits, alors que pour les couches populaires, leurs droits légitimes sont présentés comme des privilèges, des avantages octroyés par un Etat donateur et généreux. Nous n’avons plus à faire à un Etat, mais au pouvoir qui l’aliène et le soumet et clientélise les différents segments de la société. Même les organisations de la société civile lui sont aliénées. S’affirme alors une sérieuse contradiction entre la société civile, ou plutôt ce qui tient lieu de promesse de société civile, et la persistance des structures archaïques et leur résurgence à des moments décisifs : région, tribu, secte, famille, marabouts, zaouïas, clientèles, etc… qui fonctionnent comme des lobbys en empruntant certaines institutions se voulant la preuve de la modernité de l’Etat (appareils d’Etat, assemblées dites élues, etc.…). L’individu se trouve piégé et engrené malgré lui, par la contrainte de la nécessité, dans des logiques qui lui sont extérieures et qui n’ont rien à avoir avec un Etat moderne. Il n’y a qu’à regarder du côté des privilèges de classes et de castes (certains moudjahidines, enfants de chouhada et de moudjahidines, etc…) qui semblent installés pour l’éternité et qui sont la base sociale, et en tous cas l’alibi de légitimité du système actuel. En société civile, dans un Etat de droit, l’émancipation de l’individu vis-à-vis des liens communautaires est la base et la condition de la citoyenneté, le lien entre individus, citoyens, n’emprunte pas la voie de l’arbitrage des structures archaïques. Le citoyen est citoyen de plein droit. Il s’appartient en s’autonomisant et s’autonomise en s’appartenant. Le citoyen comme tel ne se réalise que dans le mouvement d’émancipation de la société et des organisations de la société civile par rapport au pouvoir.
    Cette dérive continue parce qu’elle est dans la nature du système et parce qu’elle est le fait d’un Etat non démocratique, disons même antidémocratique. Il est clair en effet qu’un tel système ne peut s’accommoder d’une démocratie véritable, parce que la démocratie c’est le contrôle permanent des élus par la société à laquelle ils doivent rendre compte régulièrement de l’exercice de leurs mandats…Ici, les élus, autant que les responsables à tous les niveaux, n’ont à rendre de compte devant personne, devant aucune institution, ni vers le haut ni vers le bas, parce que la rente et la corruption sont généralisées et leur ont fait perdre toute autorité morale. Amarta Sen, le prix Nobel d’économie rapporte le fait qu’il n’y ait pas de famine en Inde alors que la superficie agricole y est dérisoire, en comparaison d’autres pays à terres agricoles plus abondantes et à démographie pourtant plus faibles au fait qu’en Inde règne un Etat de démocratie et que les pouvoirs élus ont à faire à des rendez-vous électoraux démocratiques qui les obligent à rendre des comptes régulièrement à leur peuple.
    Or la démocratie algérienne n’est qu’un ersatz, une démocratie de façade en « trompe l’œil », considérée comme une simple opportunité pour des dosages d’appareils, au détriment des exigences de fond de la société et de l’Histoire, dans laquelle tout le processus est niaisé de bout en bout au profit de sa reproduction.

    L’Algérie a épuisé les possibilités d’accumulation et de réalisation de nouveaux progrès quantitatifs dans le cadre du même Etat hybride/rentier. La crise est trop fondamentale pour être surmontée par de simples approches bureaucratiques réformistes. D’où l’échec des thèses et des tentatives progressivistes réformistes portant aussi bien sur la socio-économie que sur les institutions et la démocratie. La solution à la crise passe par la rupture et le changement radical et profond, par un autre niveau d’édification de l’Etat, démocratique, moderne, de droit, pour prétendre à de nouveaux progrès, à de nouvelles possibilités d’accumulation. Il va de soi que nous ne sommes pas devant une simple crise des rapports pouvoir/société. Cela explique que les questions liées à la crise permanente de pouvoir ne peuvent être réglées tant que n’est pas réglée la crise de l’Etat et du système politique, institutionnel, de la stabilité du pays et du système économique, social et culturel. Il en est de même de la crise économique et sociale impossible à régler par les approches populistes contournant la question du système rentier que les enjeux électoraux vont forcément favoriser. Nous nous trouvons devant un divorce plus fondamental Etat/société, formé par sédimentation, la réforme doit donc porter sur l’ensemble/Etat, qu’il s’agisse de l’Etat gardien-source de mémoire et de l’Etat social, de l’Etat comme conception du monde et comme instrument de gestion.

    Nous sommes confrontés à un cercle vicieux. A savoir que
    –pour détruire ce système, il aurait fallu qu’il se trouve des classes, couches, forces sociales productives, patriotiques et démocratiques.
    -or, ce système travaille, naturellement en permanence à détruire ces forces pour empêcher qu’elles le fossoient, en en empêchant la formation. Il a intégré à la rente des forces tellement larges autour qu’il s’est garanti les conditions de sa propre reproduction élargie et continue. Il a vidé le mot économie de tout son sens. Or, il faudrait, pour qu’il y ait les structures d’une société, avec ses classes sociales, une économie, au sens le plus élémentaire du terme. Cette économie n’existant pas encore, les structures sociales qui devraient lui correspondre n’existent pas non plus. Leur formation a été contrariée et même mise à marcher en arrière.

    C’est toute la difficulté de la crise et la crise de sa solution.

1 2

Laisser un commentaire

Alliance des Empereurs |
UN JOURNAL |
GlobalWarning |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Convention Collective
| Distribution de flyers dans...
| Palestine – la paix dites-v...