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La chronique : BRC, cela vous rappelle quoi madame la juge ? 1 septembre, 2007

Posté par benchicou dans : Algérie : analyses et polémiques , 13 commentaires

Par Mohamed Benchicou

Un fait, à l’allure assez quelconque, est venu nous rappeler, dans la torpeur du Ramadhan, l’incroyable déliquescence du pouvoir algérien, totalement dépassé par les évènements et incapable, désormais, d’assumer ses choix : l’affaire Brown and Root Condor. Il nous confirme, avec précision, que la corruption est bien au cœur de l’Etat et que le pouvoir algérien, après avoir châtié les journaux libres, dont Le Matin, qui avaient osé l’écrire, renonce aujourd’hui à le cacher.
Brown and Root Condor (BRC), pour ceux qui ne sont pas familiers des sagas du cercle présidentiel, est une société mixte algéro- américaine dirigée, en Algérie, par un certain Ould Kaddour, très proche des Bouteflika et de Chakib Khelil. Sa mission est, théoriquement, de se limiter à réaliser toutes sortes de travaux d’engineering pour le secteur pétrolier. Mais BRC, se découvrant un rare génie des affaires, s’investit, depuis l’arrivée de Chakib Khelil à la tête du ministère de l’Energie, dans une seconde et insoupçonnable vocation : celle de pompe à fric par laquelle s’enrichissent des notables et des individus peu recommandables sur le dos de Sonatrach. Le procédé est vieux comme la corruption : BRC bénéficie de diverses commandes complaisantes de la part de Sonatrach, allant de la construction du court de tennis jusqu’à la pose d’un sauna particulier, commandes qu’elle surfacture bien entendu, dont personne ne contrôle la réception et qu’elle honore par-dessus la jambe, confiant l’exécution à des sous-traitants. Les marchés entre Sonatrach et BRC, c’est-à-dire entre Ould Kaddour et Chakib Khelil, se passent à l’ancienne, entre gens de bonne compagnie, sans formalité administrative ni paperasse : autour d’un verre, le soir, au bord de la piscine. Selon l’Inspection générale des finances (IGF) qui enquête sur le scandale depuis février, Sonatrach a confié 27 projets à BRC pour un montant global de 7300 milliards de centimes sans avis d’appel d’offres, par le seul gré à gré, en violation de la réglementation des marchés publics. Passe-moi la rhubarbe, je te passerai l’oseille. On apprend aussi, et ce n’est une surprise pour personne, que BRC, chargée de finir puis d’équiper les deux tours Chabani qui abritent le nouveau siège du ministère de l’Energie, s’est donnée à cœur joie : la firme d’Ould Kaddour a confié les travaux à une société étrangère se contentant de prélever une marge bénéficiaire de 65 % et de multiplier les prix par 20 pour le moindre fauteuil acheté ! Ainsi, Sonatrach a déboursé, sans rechigner, 64.500 euros pour une salle à manger comprenant deux fauteuils, quatre oreillers et un traversin ; 82.000 euros pour un ensemble de cinq canapés ; près de 2,5 millions d’euros pour la décoration d’une salle de conférences. Sonatrach a même payé des travaux non exécutés ou certains autres faits sans l’aval du Pdg ! Au final, entre le montant frauduleusement versé au promoteur Chabani pour l’achat de ses deux carcasses, les travaux de finition surfacturés par BRC et les meubles en toc achetés au prix d’antiquités, ce sont des centaines de milliards qui ont quitté, par cette seule transaction suspecte, les coffres de Sonatrach pour des comptes particuliers. Mais qui l’ignorait ? La presse indépendante avait déjà révélé le scandale en août 2003, sans émouvoir personne. Pire : pour avoir divulgué le dixième des chiffres que révèle aujourd’hui l’IGF, Le Matin fut poursuivi en justice par Chakib Khelil, indigné qu’on pût douter de sa probité et une juge d’Alger, sensible à toutes sortes d’arguments, m’a condamné en qualité de directeur du Matin, ainsi que deux collègues journalistes, à trois mois de prison ferme ! Qu’en dites-vous aujourd’hui, madame la juge ? Il est au moins l’heure d’une question inévitable : qui a jugé non seulement recevable mais légitime la plainte du ministre Chakib Khelil au point d’envoyer en prison des journalistes pour avoir rapporté des faits vérifiés ? Le rôle joué par une justice complètement inféodée au pouvoir politique aura eu un catastrophique effet antinational : il a empêché l’éclatement de la vérité à temps. Elle était, ceci dit, dans son rôle d’appareil d’oppression. L’obstruction à la vérité sur les grandes malversations financières dans l’appareil de l’Etat empêche les vrais débats sur la nature du pouvoir. Dans son dernier livre L’exil est mon pays (Editions Heloise d’Ormesson), Isabelle Alonso a eu cette formule lumineuse : « La corruption est l’oxygène des dictatures ». Tout est presque dit. Le pillage des richesses nationales est le fruit de l’opacité politique, de l’étranglement des expressions, de la télé unique, du harcèlement des libertés. Merci, madame la juge, de nous l’avoir rappelé ! Mais avec le temps, le mensonge s’érode. Aujourd’hui, on le sait, bien que le ministre de l’Energie continue d’opposer à son homologue des Finances de piètres dénégations : il y a forcément quelque chose de vrai dans l’affaire Chabani-BRC. L’argent de Sonatrach a été volé par une camarilla en col blanc qu’il va falloir démanteler. Il a servi à l’achat de biens à l’étranger, à des soins à Genève, à des soirées et à tous ces marivaudages qu’autorise l’argent acquis facilement. Avec le temps, avec l’usure des arrogances et la poussée des opinions, se confirmera la véracité d’autres scandales révélés par la presse et ignorés par l’hypocrisie politique. On sait déjà que les tortures de Tkout ont bien eu lieu, en dépit des protestations outragées de certains généraux et celle, plus bigote, d’Ahmed Ouyahia. On devrait bientôt avoir des nouvelles des joyeux protagonistes de La Baigneuse. Douce revanche de la presse libre ? Pas seulement. L’avènement, même brutal et tardif, de la vérité sur la corruption et les basses pratiques de pouvoir est le signe d’une lueur démocratique. L’antichambre de la lumière. Alors, gardons nos plumes allumées.
M. B.
(Chronique parue le 26 octobre dans le Soir)

Edito de Ghania Hammadou (*) 30 août, 2007

Posté par benchicou dans : Algérie : analyses et polémiques , 1 commentaire

Edito de Ghania Hammadou (*)

La nouvelle énigme de l’affaire Khalifa

Le dernier épisode du feuilleton Khalifa, la décision, notifiée hier par le juge anglais Anthony Ewans, d’extradition vers la France de Rafik Moumen Khalifa a mis au jour un troublant paradoxe dans l’attitude de l’Algérie autour de cette affaire. Il est avéré aujourd’hui – il n’y a pas de raison de douter des déclarations des juges anglais −, contrairement à toutes les proclamations publiques claironnées avec assurance par les ministres de Belkhadem, que les autorités algériennes n’ont jamais déposé auprès des Britanniques de demande d’extradition pour l’ex-milliardaire. Cette dernière invraisemblance n’a rien de surprenant : nombres d’énigmes entourent l’affaire Khalifa que le procès d’Alger n’a fait qu’épaissir, au lieu de résoudre. A la question, restée sans réponse et que les juges algériens n’ont jamais oser aborder : qui a permis l’ascension prodigieuse et l’enrichissement spectaculaire du jeune pharmacien Rafik Abdelmoumen Khalifa, s’ajoute désormais celle-ci : pourquoi l’Algérie n’a-t-elle pas formulé officiellement de demande d’extradition à la Grande-Bretagne de l’homme qu’elle a jugé par contumace - avec, faut-il le rappeler, force étalage médiatique -, et condamné à la prison à vie ?

Et si c’était pour ne pas devoir apporter de réponse à cette première question que l’on a omis de réclamer celui qui pouvait le mieux y répondre ? Ce cafouillage n’a rien d’innocent ou d’accidentel ; les enjeux sont trop importants pour être laissés au hasard. Souvenez-vous ! De son asile londonien, Rafik Khalifa n’a jamais cessé de clamer qu’il pouvait faire des révélations compromettantes pour nombre de personnage au cœur du pouvoir. Après l’accord d’extradition accordé au tribunal de Nanterre, les déclarations péremptoires du ministre algérien de la justice ressemblent à ce qu’ils sont : un écran de fumée, une manoeuvre chargée de créer l’illusion d’une justice en action. Outre qu’elle est un humiliant camouflet infligé aux stratèges du Palais, la décision des Anglais de livrer Moumen Khalifa à la France apporte un éclairage nouveau sur les ambiguïtés et les zones d’ombres entretenues par ceux-ci autour de cette affaire. Maintenant que leur subterfuge est éventé, quel nouveau stratagème vont-ils imaginer pour mystifier les Algériens ?

(*) Ghania Hammadou a été la première rédactrice en chef du Matin à sa création en 1991

Belkhadem mecontente syndicats et patronat

Posté par benchicou dans : Algérie : analyses et polémiques , 2 commentaires


Le chef du gouvernement a réussi, lors de son point de presse d’avant-hier, de décevoir à la fois syndicats et patronat. Une prouesse !

Ainsi le Snapap (Syndicat autonome des personnels de l’administration) estime que la réaction du chef du gouvernement traduit tout l’« affolement » de l’exécutif à l’approche de la rentrée. M. Malaoui estime que Belkhadem a complètement « raté sa sortie ». « Les Algériens s’attendaient, dit-il, à des réponses claires et convaincantes sur les questions de l’heure, mais ils ont eu droit à du blabla. » Le gouvernement, souligne le syndicaliste, a démontré qu’il n’a ni « politique salariale » encore moins « la volonté de protéger le pouvoir d’achat ». Les affirmations du chef du gouvernement à propos de la flambée des prix des produits de consommation traduisent, selon M. Malaoui, cette réalité. « Alors que les prix, dit-il, de ces produits sont alignés sur ceux pratiqués sur le marché international, le gouvernement maintient les salaires à très bas niveau. »

Le porte-parole du Conseil des lycées d’Algérie (CLA), Redouane Osmane, se dit « frustré » par les réponses qu’a apportées lors de sa conférence de presse le chef du gouvernement. De son intervention, M.Osmane affirme ne « rien » retenir de positif. « Belkhadem, dit-il, par des manœuvres dilatoires tente d’éluder la question salariale » et, plus grave encore, « il s’entête à ne pas reconnaître le phénomène inflationniste et l’érosion dangereuse du pouvoir d’achat ». En de pareilles circonstances, estime le syndicaliste, un « gouvernement censé être responsable doit procéder à un rattrapage salarial, pas pour acheter la paix sociale mais pour redonner du pouvoir d’achat aux travailleurs et améliorer leurs conditions de vie, pas tergiverser comme le gouvernement Belkhadem est en train de faire avec la nouvelle grille des salaires de la Fonction publique, dont l’application n’est prévue qu’à partir de l’été 2008 ».

le patronat n’est pas plus satisfait. La Cgea regrette «qu’aucune mesure concrète ne soit venue conforter les objectifs de la tripartite ayant donné naissance au pacte économique et social, ni celles prévues pour la redynamisation des filières de l’industrie, du Btph, de l’agroalimentaire, des services…» qui restent à promouvoir. «Il y a aujourd’hui un malaise social qui ne contribue guère à conforter les objectifs du pacte économique et social, (applaudi par nombre d’institutions internationales) celui d’aboutir à une paix mobilisant les partenaires pour une meilleure prise en charge du développement et de la croissance.» lit-on, par ailleurs dans un écrit parvenu hier aux rédactions.

Le président du Conseil supérieur du patronat algérien (Cnspa), Saïd Kahoul, n’a pas, pour sa part, mâché ses mots en s’interrogeant vivement sur la situation socioéconomique «inquiétante» qui prévaut, «que ce soit au niveau des prix de l’agroalimentaire ou de la menace qui plane sur d’éventuelles compressions» de personnel. «Tout le monde s’inquiète sauf nos dirigeants», a-t-il déploré vivement en ajoutant qu’il existe «des données que nous n’arrivions pas à saisir».
«Les explications données ici et là frisent l’illogisme et ne tiennent pas la route» a-t-il martelé. C’est le flou total, on navigue pratiquement à vue s’est exclamé M.Kahoul qui relève que «beaucoup d’interrogations restent sans réponses».

Entre les rats et les gangsters, les boat-people algériens 29 août, 2007

Posté par benchicou dans : Algérie : analyses et polémiques , 33 commentaires

Au moment où Abdelaziz Belkhadem justifiait, devant la presse, l’incurie, le népotisme et l’incompétence d’une coterie au pouvoir, des Algériens miséreux frôlaient la mort pour avoir trop longtemps cohabité avec les rats…

Au moment où Abdelaziz Belkhadem donnait sa version de l’imposture au pouvoir, une centaine de jeunes Algériens frôlaient la mort en fuyant leur pays à bord d’une dizaine de barques misérables, à destination de la Sardaigne. Ils voulaient fuir les rats et les gangsters. La baraka les a fait secourir, en pleine mer, par la marine italienne. Tout comme ces 170 autres harragas qui, une semaine plus tôt, avaient rejoint les côtes sardes sur 12 embarcations aléatoires…Dix d’entre-eux avaient même risqué leur vie en utilisant une barque sans moteur ! Fuir les rats et les gangsters. Mourir en mer plutôt que vivre sur cette terre livrée au mensonge et aux prédateurs…Et il en meurt, de ces Algériens désespérés qui jettent leurs vies à l’eau comme d’incertaines bouteilles à la mer. Il en meurt chaque jour, d’une mort atroce, par noyade ou par épuisement, d’une mort ignorée, la mort des hommes maudits.

Au moment où Abdelaziz Belkhadem défendait un pouvoir mafieux, l’Algérie avait déjà basculé dans l’impensable : une terre de boat-peoples !

A lui seul, ce phénomène, qu’on croyait réservé aux populations condamnées à l’errance, signe l’échec d’une politique dont le duo Bouteflika-Belkhadem se disent les architectes. A la neuvième année du règne Bouteflika, le pays est rélégué au niveau des nations damnées.

Mais plus que l’échec, il y a dans ce nouveau phénomène de boat-peoples l’amorce d’un déclin national irrésistible, un déclin qui a pris une tournure incontrôlable depuis peu et que rien ne semble pouvoir endiguer. Voilà ce qu’écrit la journaliste d’El-Watan depuis la Sardaigne : « jusqu’il y a deux ans, il était rare de voir des Algériens parmi les milliers de Nord-Africains

(Marocains, Egyptiens…) qui tentent la traversée illégale de la Méditerranée. Le phénomène des jeunes Annabis et ceux provenant des

villes voisines, qui décident de risquer leur vie dans un voyage au bout duquel les attend le calvaire de l’enfermement dans un centre de

premier accueil avant d’être expulsés, est en constante augmentation ».

L’Algérie terre de boat-people depuis deux ans ! Depuis que Belkhadem est à la tête du gouvernement…En avait-il au moins conscience lorsque, ce mardi matin, il justifiait, devant la presse, l’incurie, le népotisme et l’incompétence de la coterie au pouvoir et à laquelle il appartient ?

L’Algérie terre de boat-people pour cinq, dix ou vingt ans ! Résultat du règne du mensonge, du mépris et de l’improvisation. Et à relire les propos légers et démagogiques de Belkhadem, à voir sa façon de couvrir l’absence de son chef par la dissimulation et la menterie, à énumérer des « décisions » prises sur le pouce et qui ne vont pas survivre à l’automne, à le regarder user d’une impressionnante langue de bois pour décrire un pays où tout va mal, on aboutit à une consternante conclusion : nos dirigeants ne savent pas régner en dehors du mensonge, du mépris et de l’improvisation.

L’ère des boat-people promet d’être longue… Fatalité ? Rien n’est fatal. Quand un peuple se voit contraint de regarder ses enfants prendre la mer pour échapper aux rats et aux gangsters, c’est le signe d’une tragédie ultime, impardonnable, annonciatrice d’une colère salutaire… C’est la décadence de trop. Prenons date.

L.M.

Les vérités de nos lecteurs 17 août, 2007

Posté par benchicou dans : Algérie : analyses et polémiques , 13 commentaires

 

 

                                                                                

                                                                N’oubliez pas : Kertali est un assassin !

 

Kertali a été reconnu comme étant à la tête de la phalange qui a condamné et executé l’écolière Nour El-Houda, âgée de 12 ans. Elle avait été sortie de sa classe puis égorgée sur la chaussée d’une ruelle à Larba. Sa soeur ainée se bat depuis des années pour faire condamner Kertali et ses sbires, mais aucun procureur ne voulait recevoir sa plainte : les assassins sont protégés par une loi suprème, à savoir la grace amnistiante de Bouteflika. Ce qui me gène dans cette affaire c’est l’importance que la presse donne à la tentative d’assassinat de Kertali, comme d’ailleurs le traitement de l’information sécuritaire, alors qu’elle ne peut-être qu’une simple affaire de reglements de compte dans la nébuleuse terroriste et ses alliés au sein du pouvoir.Accorder un entretien à Kertali et faire le guet devant sa chambre d’hôpital, c’est une pratique journalistique qui rappelle bien la triste époque de l’imprémature ou les journalistes autorisés à écrire sur l’information sécuritaire sont uniquement ceux qui sont convoqués d’une façon hébdomadaire à Ben Aknnoun pour reçevoir ” les dernières trouvailles en matière de communication sur la lutte antiterroriste”. (Youcef) 

 

  

                                                                     Quel coup d’état, M. Ghozali ? 

 

 

Les remarques de fond, que je veux faire, sont en fait ailleurs.
Il y a ce point ou vous dites : « nous sommes dans un pays étrange, très étrange », je pense que vous voulez dire : pouvoir étrange et non pas pays étrange. Car vous savez parfaitement que l’Algérie est un pays comme n’importe quel pays avec ses propres spécificités, comme tout autre pays.
Mais c’est le Système Algérien qui est étrange, bien étrange…avec cela je suis bien d’accord. Et votre témoignage, d’un ancien du Système Algérien, nous éclaire un peu plus sur la compacité et l’opacité de la façon que le pouvoir du Système Algérien s’est exercé et sûrement continu à le faire : absence totale de transparence.
Le second point qui revient souvent dans votre interview est que vous parlez souvent de « coup d’Etat ». Vous n’êtes pas le seul, c’est quelque chose qui est entrée dans la culture politique et expressive de beaucoup.
Quand on parle de « Coup d’Etat », cela sous tend implicitement que le pouvoir d’avant le coup d’état était légal !
A quel moment dans l’histoire de plus de 50 ans en Algérie il y a eu un quelconque pouvoir légal, dans le sens élu par des élections ?
Pouvoir colonial par la force militaire depuis 1830, remplacé par une séries de pouvoirs: Congres de la Soummam (en fait c’était une réunion des chefs de guerre !) ; Congres de Tripoli (il s’est terminé…par la désignation des instantes dirigeantes a Tlemcen en passant par Oujda), une suite d’élections avec des résultats en 99,99 pendant des décennies…ponctué par des coups de forces, emprisonnements et disparitions !…et finalement avec un résultat à 10% récemment…
Dr Abdelkader Saadallah 

 

 

                                           Bélaid Abdeslam vaut-il qu’on en parle ? 

 

 

Monsieur Benchicou, svp,arrêtez de donner de l’importance à ce qui ne le méite pas, à l’instar de l’écrit de Bélaid Abdeslam ou autre dinosaure.
Ce bloc ne devraitpas servir pour les réglements de compte. 

On doit recontrer les objectifs de ce blog dans :
- dénonciations des magouilles du pouvoir,
- la hogra dont est victime le peuple,
- les luttes en cours (démocratie, Tamazight, libertés, …),
et surtout amener le peuple à éjecter ce pouvoir moribond en lui donnant les moyens démocratiques pour s’unir contre les extrêmistes et le pouvoir. (Athmani)

 

 

                                                            Hamrouche doit d’abord se faire pardonner !      

 

 

Un islamiste Modéré, dites vous ? 

La question à poser est de savoir si cela existe ? Il faut faire très attention `ce type de propos. L’islamisme est une idéologie, nous en avons souffert pendant dix ans et plus et nous tentons de gérer les séquelles de ce fléau. 

Un bon musulman n’irait pas se lancer en politique pour faire de la religion le credo de son programme. L’Algérie est musulmane, certes, mais personne n’a le droit de se revendiquer de la religion pour gouverner. Sans quoi nous laissons la porte ouverte à ceux qui ont soi-disant gagné les élections de 1991. 

Nous serions nous trompés ? La déferlante verte n’est pas une vue de l’esprit c’est la réalité sanglante des années ”90” et se poursuit jusqu’à nos jours. 

Quant à Hamrouche et consorts il faudra qu’il face amende honorable non pas pour les erreurs de gouvernance qu’ils ont commis mais pour leurs fautes politiques. Il en existe des tas… 

 

 

 

                                                                           Rebrab un autre Branson ?

 

Oser comparer Rebrab à BRANSON est tout simplement une hérésie que ne peut prononcer qu’un journal comme La Tribune qui; comme chacun sait est au bord de la faillite et qui ne refuserait pour rien au monde ce qui est plutot un PUBLI-REPORTAGE grâcement payé.
Branson est un véraitable entrepreneur: il est le 1er au monde à avoir créer un MVNO (Mobile Virtual Network Operator) c’est à dire avoir eu le génie de ‘louer’ les bandes passantes des opérateurs mobiles pour y développer ses propres services à valeur ajoutée.Depuis son idée est reprise par tous les pays du monde!
Cela sans compter ses innombrables innovations dans le métier du service; de la compagnie d’aviation jusqu’à ses agences de voyages en passant par le concept de ses magasins de ventes de disques, palement imités par la FNAC. Et pour finir, Branson est étudié dans toutes Busines School prestigieuses: de la London Business Schoom à Wharton. 

M Rebrab parle comme parle un simple importateur: il vous parle d’importer les maisons toutes faites des Etats Unis comme il a importé l’acier de Profilor en ‘tuant’ El Hadjar (avec Betchine), comme il a importé les voitures coréennes.
A propos, d’où lui est venu l’argent et les autorisations pour faire toutes ces importations? N’est ce pâs lui qui fait partie des 3 ‘entrepreneurs ‘qui ont détourné’ à leur profits 80% des emprunts que faisaient l’Algérie? 

Rebrab comparé à Branson? Pourquoi ne figure-t-il pas dans le fichier des chefs d’entreprise issus des pays émergents? Rebrab autre chose qu’un simple importateur? Rebrab, un entrepreneur au sens noble du terme? Pour quoi n’a-t-il pas – lui est ses sponsors bien connus – investi le marché vierge des télécommunications mobiles en Algérie ? A part faire de l’huile d’olive au détriment de l’entreprise d’ERta ,en s’appropriant le marché algérien.
Rebrab autre chose qu’un importateur au bras long ? Pourquoi ne trouve-t-on pas Cevital dans les marchés africains à défaut des marchés européens? 

En réalité,il ne suffit pas d’un PUBLI-REPORTAGE ou d’une conférence à HEC Montréal (à ne pas confondre avec HEC Paris SVP! HEC Montréal est connue pour avoir abritée moyennant SUBSIDES une conférence d’un autre illustre homme d’affaire algérien, l’ex PDG de Union Bank: M Hadjass. Les étudiants en MBA se souviendront toujours qu’à chaque fois qu’ils lui posaient une question d’ordre financière; il bottait en touche en racontant comment il a réussi à construire sa banque en dépit de la sclérose de l’Etat!La suite on la connait … 

Mais après tout cette campagne de presse n’est peut être pas innocente. (sofiane) 

 

 

                                                                       Betchine, Mehri et le CPA 

 

    Betchine n’a toujours pas remboursé sa dette au CPA(58 milliards de centimes); il les fait courir; eux n’osent même pas l’ester en justice !
MEHRI pour son projet Accor(25 hôtels) est en train d’arnaquer le CPA qui lui consent 70 % du financement du projet. Lequel projet fait intervenir de nombreux sous-traitants étrangers dont la tarification échappe totalement au contrôle du CPA d’où surfacturation et fuite de capitaux.
Le tandem Betchine-Mehri fait ce qu’il veut au CPA avec la complicité active de kouihal, Aboud Achour, SAouli, Djelab, Hassen Khodja, le staff de la banque, un staff à la solde des affairistes.Une enquête sérieuse s’impose !
Hocine Ayèche(agent coordinateur confédération des cadres de la comptabilité CCFC) 

 

 

Sid Ahmed Ghozali sort de son silence 16 août, 2007

Posté par benchicou dans : Algérie : analyses et polémiques , 38 commentaires

Sid Ahmed Ghozali sort de son silence dans Algérie : analyses et polémiques im32839Sid Ahmed Ghozali, ancien chef de gouvernement, sort de son silence et livre son avis  sur la scène algérienne dans cette longue interview au Jeune Indépendant. Il pense notamment qu’un  système fondé sur la séparation de l’autorité et de la responsabilité ne peut mener qu’à l’échec.

par Abdelhalim Mouhou

Le Jeune Indépendant : Commençons par le commencement. Doit-on vous considérer comme un témoin ou comme un acteur de ce qui s’était passé en janvier 1992 ? Sid Ahmed Ghozali : Je suis un acteur du service public depuis le premier jour de l’indépendance jusqu’au jour où j’ai quitté la fonction publique à la fin de 1993.

En 1992, j’étais un acteur, en tout cas, dans mon sentiment. Comment pouvez-vous imaginer qu’un chef de gouvernement en poste lors de cette période très difficile que nous avons vécue puisse accéder à la tête du gouvernement pour être un simple témoin ?
Des témoignages affirment que l’armée vous a proposé, en premier, la présidence du HCE et que vous auriez rejeté l’offre en rétorquant que vous vouliez accéder à la présidence de la République par la voie des urnes ?
Ce n’est pas exact ! Il y avait, disons, entre l’interruption du processus électoral, plus exactement depuis la démission de Chadli, jusqu’à la mise en place du HCE, beaucoup de discussions au sein du gouvernement, avec des représentants de la société civile et la classe politique.

Et c’est au cours de cette période et devant le vide politique laissé par la démission du président Chadli, qu’il y avait eu des idées avancées çà et là pour voir comment combler le vide institutionnel. Parmi les nombreuses idées qui ont été émises, il y a eu effectivement celle qui consistait à dire qu’étant donné que le plus haut responsable de l’Etat n’est plus à sa place, ses prérogatives passeraient provisoirement au niveau de la plus haute autorité à l’époque qui était le chef du gouvernement.

Il ne s’agissait donc pas du HCE. Vous voyez que c’est très différent ! Bon, il se trouve que j’avais écarté une telle idée pour des raisons très précises. C’est une solution qui risque d’accréditer l’idée qui avait été émise dès ma nomination, à savoir que j’avais été amené à la tête du gouvernement dans le cadre d’un mini-coup d’Etat pour remplacer Chadli.

C’étaient, bien évidemment, les partants qui avaient dit cela. Mais si, six mois après, le Président démissionnait et que c’est le chef du gouvernement qui le remplaçait, cela ne pourra qu’accréditer cette thèse. Bien sûr, nous sommes passés, dans cette histoire, pour certains, et surtout pour ceux à qui ça ne plaisait pas de ne plus être au pouvoir, pour des putschistes.

 

Nous avons pris la décision, en notre âme et conscience, parce que nous considérions que c’était le devenir même du pays qui était en jeu. C’était notre unique souci, et laissez-moi vous dire que ce n’était pas la décision d’une seule personne… Dans notre conviction de l’époque – et cette conviction n’a pas changé 16 ans après – c’était la fin de l’Algérie en tant que nation, et nous ne pouvions permettre cela.

Vous estimez que le départ de Chadli n’était pas un coup d’Etat même si, par exemple, M. Belaïd Abdesselam l’a qualifié de coup d’Etat et M. Khaled Nezzar reconnaît que c’était une «démission provoquée», ce qui revient presque au même… Un chef d’Etat, que ce soit Chadli, Bush ou n’importe qui, est toujours soumis à des pressions, toujours ! Les décisions les plus déterminantes se font toujours sur la base de pressions extérieures et/ou intérieures.

Certaines d’entre elles sont plus fortes que d’autres, mais cela veut-il dire que parce qu’il y a pressions, il y a coup d’Etat ?
Se baser, ou se fonder sur le fait que des pressions aient été exercées, en tout cas, je ne fais pas partie de ceux qui auraient exercé de telles pressions, pour parler de coup d’Etat.

Le fait d’établir qu’il y a eu des pressions ne signifie absolument pas qu’il y a eu démission forcée. Je dis que quand on parle de pressions, on n’apporte pas la preuve qu’on «a démissionné» Chadli.
A votre avis, avec le recul, pensez-vous que tout ce qui s’était passé en janvier 1992 était juste, mais qui a dérapé, ou c’était carrément une erreur puisqu’ayant coûté la vie à des dizaines de milliers de citoyens ?
Il s’est passé beaucoup de choses en janvier 1992.

Mais, là aussi, il y a des forces politiques en Algérie qui ont effectivement voulu faire croire que le bain de sang dans lequel l’Algérie est tombée était une conséquence de l’arrêt du processus électoral. On a mis dans la tête des Algériens qu’en fin de compte, ceux qui se sont engagés dans la violence l’ont fait à cause de l’interruption du processus électoral.

Ceux-là ne s’étaient pas engagés dans la violence uniquement après l’arrêt de ce processus, mais bien avant. La violence n’était pas aussi massive, mais les égorgements et les assassinats ont commencé bien avant l’arrêt du processus électoral.

Elle a commencé avant même ma propre nomination, 7 mois avant l’arrêt du processus électoral, ma nomination a été précédée par une situation insurrectionnelle, je le rappelle, et par l’instauration de l’état de siège.
Comment la tragédie dite nationale peut-elle être la conséquence de l’arrêt du processus électoral ?
Ce serait admettre, notamment et en d’autres termes, que le FIS s’était lancé dans la violence pour défendre la démocratie ! Je ne laisserai pas le monopole de la parole à ceux qui, précisément dès le départ et jusqu’à maintenant, ont voulu occulter les vraies raisons de la violence qui s’est instaurée en Algérie.

Cette violence était un aboutissement et non point due à l’arrêt du processus électoral, mais à une crise politique très grave dont les racines remontaient à plus de dix ans. Elle était née de facteurs politiques mais aussi de facteurs économiques.

Le pouvoir, dès la mort de Boumediene, ne s’est pas occupé, en tout cas pas correctement, des problèmes des Algériens. Ce qui fait que ces problèmes économiques se sont mus en une crise financière, ensuite en une crise sociale et morale et le point d’orgue, l’exacerbation en une crise politique ! Je l’avais dit en juillet 1991 lors de la présentation de mon programme devant l’Assemblée populaire nationale.

J’avais dit aux députés que notre problème à nous est que depuis l’indépendance aucun gouvernement, y compris le mien, ni aucune institution, y compris la votre, n’a été l’émanation de la volonté populaire. A cette occasion, j’avais dit que la situation qui s’est développée et la violence qui s’est instaurée ne sont qu’une réponse à une autre violence qui s’était instaurée avant.

Il y avait des forces politiques agrippées au pouvoir sans pour autant vouloir changer les choses et négligeant en plus les problèmes quotidiens du pays et des gens. A ces forces s’est ajoutée une autre force pour accaparer le pouvoir profitant de la situation qui s’était créée.

J’avais dit aussi, et c’était suffisamment grave sortant de la bouche d’un chef de gouvernement, qu’il y avait un antagonisme apparent entre ces deux forces. Mais que c’était un écran de fumée qui visait à couvrir une entreprise de partage de pouvoir.

Tout le monde sait maintenant que bien avant que je vienne au gouvernement, il y avait eu négociation et compromis entre le bureau politique du parti (FLN, NDLR) et le FIS pour arranger les élections afin de partager le pouvoir entre eux.

Après les résultats du premier tour, j’avais dit à la télévision : «Ces élections ont-elles été propres et honnêtes ?
Oui, de la part du gouvernement parce que celui-ci n’a pas triché. Et non, de la part du FIS parce qu’il tient toutes les communes et il a triché.» Mais, avais-je ajouté : «Cela ne signifie nullement que ce résultat n’a aucune signification, au contraire, ce vote est un cri de la part du peuple algérien qui rejette les responsables politiques qu’il regardait comme cause de son malheur.» Ce qu’on appelle la tragédie n’est pas dû à l’arrêt du processus électoral.

Elle était inscrite dans un processus long de 13 années durant lequel le pouvoir politique a été défaillant et a laissé se développer une situation favorable à la violence. Concernant la direction du FIS, quand elle a vu que son plan était bouleversé, elle décida de passer à l’action violente bien avant mon arrivée au gouvernement.

C’est donc une violente défiguration historique que de suggérer que ce que nous avons connu comme horreurs pendant 10 ans serait le résultat de l’arrêt du processus électoral. Que les dirigeants politiciens du FIS le soutiennent, c’est de bonne guerre, mais que les autres le disent, et surtout ceux qui ont participé au pouvoir pendant cette période, est une assertion mensongère inacceptable.

Vous savez, nous sommes dans un pays étrange, très étrange. Souvenez-vous de l’affaire des 26 milliards de dollars. Un certain jour de 1990, un ancien Premier ministre, Abdelhamid Brahimi, ancien et unique patron de l’économie algérienne durant 10 années, prend le micro et déclare que pendant ces 10 ans, il y a eu 26 milliards de dollars qui ont été perdus par l’économie algérienne par la voie de la corruption, par la voie des commissions.

Qui dit ça !? C’est le responsable et le plus grand patron de l’économie pendant cette même période (sourire). C’est un pays très étrange ! Les choses n’ont pas beaucoup changé depuis. Sur ce plan-là, on peut toujours réviser sa position, il y a des choses dont lesquelles j’étais convaincu à l’époque et avec le temps j’en suis moins convaincu aujourd’hui… Mais pour ce qui concerne l’arrêt du processus électoral, les conditions dans lesquelles il a eu lieu, et sur le fait qu’il n’a rien à voir avec la tragédie nationale, ça, je n’ai pas changé de conduite.

Parmi ce que je regrette, c’est qu’il y avait une leçon à tirer de 1991, eh bien par la faute des choses, cette leçon n’a pas été tirée du tout. Nous nous retrouvons dans une situation qui est pire si à Dieu ne plaise. 1991 avait un prix et il fallait que la nation on tire bénéfice.

Le pouvoir politique en entier devait tirer une leçon et il ne l’a pas fait.
Pouvez-vous être plus explicite. Qu’est-ce qu’il y avait lieu de faire et qu’on n’avait pas fait et qu’est-ce qu’il n’y avait pas lieu de faire et qu’on a fait ?
Ce qu’il y avait à faire c’est ce que nous n’avons pas réussi à faire depuis l’Indépendance, à savoir construire des instituions.

Des institutions réelles et non pas virtuelles. Ce que nous avons vécu en 1991 était dû à une absence d’institutions. Depuis 1962, on a vécu par des coups d’Etat et on n’a pas été capable de mettre en place des institutions. Et il faut le dire carrément, on n’a pas fini de mentir aux gens ! Il est clair que la contradiction totale qui existe entre la loi, le discours politique d’un côté et ce qui se fait de l’autre côté sur le terrain, non seulement elle n’a pas diminué mais elle s’est aggravée.

Nous continuons à être un pays qui fait le contraire de ce qu’il dit, de ce qu’il légifère, un pays qui ne respecte pas ses propres lois. C’est une des choses que je regrette beaucoup. Le choix qui s’offre à nous n’est pas entre changer et ne pas changer, c’est la manière de faire ce changement.

Le seul choix qui reste pour le moment, c’est entre changer dans l’ordre de manière consciente et organisée, ou bien, à force de refuser le changement, celui-ci nous sera imposé dans le désordre. Et cela n’est jamais le meilleur choix.

En 1991, le FIS voulait faire un changement dans le désordre, cette fois ce sera une autre force. Cela pourra être la rue, dans le désordre. Mon inquiétude vient du fait que nous nous approchons de cette échéance. Parce que nous n’avons pas tiré les leçons ni d’octobre 1988 ni de janvier 1991.

Le cas que vous venez de citer concernant Abdelhamid Brahimi qui parle d’une grosse affaire de corruption dont il n’aurait pas été au courant, alors qu’il était censé le savoir puisqu’étant le Premier ministre à l’époque, soulève une question sur les centres «réels» de la décision politique dans notre pays… En parlant de centres de décision, j’ai cité le cas d’Abdelhamid Brahimi comme exemple.

Il n’y a pas eu un seul responsable algérien dans le domaine économique depuis l’Indépendance qui a eu autant de pouvoirs que lui. Il a eu le pouvoir absolu pendant 10 ans. Si ce n’est qu’après avoir quitté le pouvoir qu’il s’est aperçu qu’il y avait 26 milliards de dollars de corruption, cela veut dire que, soit il a été complice, soit il a été incapable.

A l’époque j’étais membre du bureau politique du FLN, j’avais dit qu’il faut le sommer d’apporter la preuve, et quand il apportera la preuve de ce qu’il avance, il faudra qu’il explique pourquoi a-t-il laissé faire ça. Est-ce par négligence ou par complicité ? Cela s’est traduit par une commission d’enquête à l’Assemblée populaire nationale devant laquelle Brahimi avait essuyé le couteau sur Chadli, laissant entendre que le plus gros de ces 26 milliards c’était Chadli et sa famille qui l’avaient pris.

Pour le centre de décision, c’est cela le grand problème.
Qu’est-ce que vous appelez centre de décision ?
Là où se prend réellement la décision ou, pour reformuler la question, où se situent les centres les plus influents sur la prise de décision dans le système algérien, du moins, lors de votre expérience à la tête du gouvernement ? Du temps où j’ai été à la tête du gouvernement, c’était le même système, le même régime et il n’a pas changé.

Mais moi, je ne suis pas un exemple significatif, je n’ai pas duré pour faire les changements nécessaires.
Mais permettez-moi de vous retourner la question, vous parlez des centres de décision du point de vue de la loi ou de celui de la réalité ? Du point de vue de la réalité…
Du point de vue de la loi, l’Assemblée populaire nationale et les députés sont souverains et ils ont des pouvoirs très importants.

Cela aurait été réellement le cas s’ils avaient été élus dans des élections démocratiques. Une élection où l’on interdit à des gens de se présenter n’est pas une élection libre. Le fait même de se taire et de ne donner aucun papier fait que le gouvernement interdise mon parti (le Front démocratique, FD) comme c’est aussi le cas de Wafa de Taleb El-Ibrahimi.

Ne serait-ce que pour cela, ces élections n’ont rien de démocratique ! Voilà pour l’Assemblée populaire nationale.
Le président de la République a-t-il été élu dans le cadre d’une véritable compétition ?
Vous savez que ce n’est pas indubitable.

Il ne faut pas qu’on se mente à soi-même. Je ne suis pas contre l’idée de la désignation, mais qu’on le dise ouvertement. Mais contre le fait de dire une chose et de faire son contraire. Le pas à faire c’est de se diriger petit à petit mais résolument vers l’application de la loi et de la Constitution.

Me concernant, j’avais formé mon gouvernement tout seul, ni l’armée ni aucune autre partie n’est jamais intervenue pour m’imposer tel ou tel ministre, jamais ! Bien évidemment, pour certains postes importants comme celui de l’Intérieur, j’ai bien pris la précaution de consulter ces parties.

Je peux vous le dire, et je défie n’importe qui pour venir me dire le contraire. Sur ce plan-là, et sans «contorsion» ni quoi que ce soit, j’ai formé mon gouvernement moi-même. Dans le choix du programme économique aussi, jamais quelqu’un ne m’a imposé quoi que ce soit.

J’ai choisi mon propre programme économique. Sur le plan de l’accident de l’arrêt du processus électoral, je vous ai dit comment cela s’est passé. Mais encore une fois, ce qui s’est passé en six mois ne reflète pas nécessairement la réalité permanente du pouvoir.

Vous avez dit que pour rendre aux institutions leur souveraineté, il faut aller vers l’application de la loi. Qui ou qu’est-ce qui empêche son application ? Ne cherchez surtout pas des noms de personnes, ce ne sont pas des personnes.

C’est un système qui s’est constitué. Disons que c’est une sorte de parti clandestin composé d’Algériens qui prennent des décisions, mais ils les font endosser à des civils.
Vous parlez donc des militaires ?
Quand on parle des militaires, c’est par commodité de langage, c’est plus compliqué que ça.

D’abord, les militaires sont à 98 % dans la même situation que les civils. On est dans un régime où celui qui décide vraiment n’est pas «visible» et ne rend pas compte de ses décisions et celui qui, officiellement, décide n’a pas l’autorité pour exercer ses responsabilités ! C’est un système qui est fondé sur la séparation dans les faits entre les deux concepts d’autorité et de responsabilité.

Il faut que nous sortions de cette situation qui, de toute façon, ne peut mener qu’à l’échec. Le pourquoi des choses et le comment surtout restent problématiques. Là on tombe sur l’absence de débats publics. C’est un pays où le débat public est interdit et parmi les victimes, il y a les journalistes eux-mêmes.

Le pouvoir est défaillant sur le plan de l’information de l’opinion. Depuis l’Indépendance, il gère l’opinion par la rumeur, et nous nous retrouvons tous suspendus à un froncement de sourcils de l’un ou à ceux de l’autre pour essayer de nous guider dans ce tunnel noir qu’est l’Algérie de l’information.

Le sens critique des Algériens a été démoli par le rouleau compresseur de l’intoxication pendant des décennies.
Restons toujours dans la période de l’après-janvier 1992. On a parlé de parties influentes qui auraient voulu se débarrasser de vous et que si vous aviez été maintenu à votre poste, c’est uniquement grâce à la solidarité du président Boudiaf ?
Au moment où j’ai été nommé chef de gouvernement, le FLN, plus exactement une faction du bureau politique et pour la première fois de son histoire, s’est déclaré ouvertement dans l’opposition.

Je ne parle pas du FLN ou de son bureau politique. Je ne dis pas qu’ils voulaient se débarrasser de moi après la venue de Boudiaf ; pire, ils n’ont jamais accepté que je sois nommé chef de gouvernement. Cette faction du bureau politique m’a combattu dès ma nomination et n’a pas attendu la venue du président Boudiaf.

Au départ, ils ont insisté en disant que c’était un gouvernement provisoire. Abassi Madani qui était en prison m’avait fait la grève de la faim quand j’ai parlé de la loi pétrolière disant lui aussi que je n’étais là que pour organiser les élections et que je n’avais rien à voir avec le pétrole.

Le simple fait de distiller chaque semaine des rumeurs suggérant que le gouvernement était sur le départ a contribué à affaiblir énormément mon gouvernement. Ce sont ceux qui considéraient à tort ou à raison que le pouvoir c’étaient eux et pas quelqu’un d’autre.

J’avais proposé ma démission à trois reprises à Boudiaf qui l’avait refusée. Je lui avais dit : «Vous n’avez pas intérêt à avoir un chef de gouvernement, dont on pourrait dire qu’il vous a été imposé et (que) ça ne servait à rien de démentir, car le mal est fait.

Mais, n’oublions pas que lui aussi avait été accueilli comme «un chien dans un jeu de quille.» Boudiaf avait écarté tout ça d’un geste méprisant et rejeté l’idée de ma démission. Est-ce à dire qu’il entendait me garder pour longtemps, seul lui le savait.

Il voulait peut-être se donner le temps et c’est normal. Mais ce qui est sûr, c’est qu’il avait refusé de me laisser partir. Pourquoi, me diriez-vous, je ne suis pas parti quand même ? Comment ? En somme après que l’Algérie eut fait appel à un homme comme lui pour assumer une situation épouvantable, le premier acte du chef de gouvernement en place irait lui dire «je m’en vais» ? C’eut été au minimum de la lâcheté ! Donc, cette histoire de qui voulait me faire partir est plus vraie que cela : ils n’ont jamais voulu de moi et ils m’ont combattu.

Vous démentez par là les assertions selon lesquelles c’est l’armée, incarnée par Khaled Nezzar, qui voulait à l’époque vous faire partir ?
Dans le discours que m’avait tenu Khaled Nezzar, qui était le plus haut responsable militaire à l’époque, jamais il n’a été question de ça.

Au contraire, j’ai essayé de démissionner deux fois et ils m’en ont dissuadé. J’avais essayé d’abord de démissionner du temps de Chadli quand j’avais reçu la gifle de la loi électorale. On était d’accord avec tous les partis, à l’exception d’Abdelahmid Mehri, du choix de la proportionnelle aux législatives.

Mais comme l’APN était à majorité FLN, elle retint le scrutin majoritaire. J’ai voulu démissionner… sans succès, auprès du Président comme de l’armée. Dire si je regrette ou pas, c’est de la politique fiction. Ou alors s’il fallait absolument parler de regrets, c’est vraiment d’avoir accepté la position de chef de gouvernement.

Ça, oui ! Si j’avais su en juin 1991 ce que j’ai appris depuis 1992 jusqu’à nos jours, je n’aurais jamais accepté le poste. Mais cela aussi c’est de la politique fiction. Abordons maintenant un cas qui est le résultat de ce fameux janvier 1992, à savoir l’état d’urgence décrété en février de la même année… Rappelons d’abord les faits.

Quand j’avais été nommé chef de gouvernement, l’Algérie était sous l’état de siège. Cet état de siège nous lui avions diminué le degré pour devenir en septembre l’état d’urgence. Avant les élections, en octobre-novembre, nous avons recommencé.

C’est à ce moment que des gendarmes commençaient à être assassinés à droite et à gauche, il y avait eu Guemmar aussi, et ce, en application d’un plan écrit du FIS pour la mise à feu et à sang de l’Algérie. En réaction à l’arrêt du processus électoral, l’action violente du FIS a redoublé de férocité.

Là on a réinstauré l’état d’urgence. C’est une prérogative du chef de l’Etat après consultation du Haut conseil de sécurité et une mesure de sauvegarde absolument nécessaire prise dans le cadre et selon la procédure constitutionnelle.

Quant aux mesures d’internement en découlant, nous avons vécu les dérives inhérentes à de telles situations (abus locaux, règlements de comptes, etc.)
Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur ce document du FIS ?
C’est un plan écrit composé de 22 points, où il y avait toutes les actions à mener, les assassinats, les destructions d’infrastructures, etc.

C’était écrit noir sur blanc par les dirigeants du FIS. C’était la décision du FIS.
Pourquoi des gens comme Saïd Guechi, Bachir Fquih, que Dieu ait leurs âmes, Ahmed Merani et les 4 ou 5 autres membres de la direction fondatrice du FIS en sont-ils sortis bien avant juin 1991 si ce n’est par refus de la solution violente ?
Le maintien de l’état d’urgence veut-il dire que les raisons de son instauration sont toujours d’actualité ? Il est clair que jusqu’à la fin des années 1990, il ne pouvait pas y avoir autre chose que l’état d’urgence.

Maintenant, l’état d’urgence n’a plus de raison d’être dès lors que les hauts responsables politiques disent que la concorde civile a réussi, que les problèmes de sécurité sont réglés et qu’il y a même un chef militaire qui a dit que le problème des maquis était réglé.

Et puis, quelques années après, il y a eu la réconciliation nationale comme si, en fait, ces problèmes n’étaient pas réglés. Si l’on veut prendre au mot les responsables politiques, l’état d’urgence n’a plus raison d’être. Je ne suis pas au fait de la réelle situation sur le plan de la sécurité, sauf que je ne crois pas, à mon avis, que les problèmes de sécurité sont derrière nous.

Si c’était le cas, l’état d’urgence effectivement n’a plus de sens. L’état d’urgence peut être aussi utilisé pour maintenir une restriction légale des libertés. Il y a peut-être des forces à l’intérieur du pouvoir, qui sont très peu attachées à l’exercice des libertés qui sont pour le maintien de l’état d’urgence.

Au stade de l’analyse, je ne crois pas que la question de la sécurité a été résolue, mais sur le plan politique je vis comme un citoyen et comme un homme public une situation qui me prouve qu’il y a un abus dans les restrictions des libertés.

L’état d’urgence n’a de raison d’être que lorsque la sécurité du pays est menacée. L’est-elle encore ? C’est bien possible. Mais moi, je dis qu’elle est menacée parce que précisément la situation sociale et politique ne s’améliore pas.

autres le disent, et surtout ceux qui ont participé au pouvoir pendant cette période, est une assertion mensongère inacceptable. Vous savez, nous sommes dans un pays étrange, très étrange. Souvenez-vous de l’affaire des 26 milliards de dollars.

Un certain jour de 1990, un ancien Premier ministre, Abdelhamid Brahimi, ancien et unique patron de l’économie algérienne durant 10 années, prend le micro et déclare que pendant ces 10 ans, il y a eu 26 milliards de dollars qui ont été perdus par l’économie algérienne par la voie de la corruption, par la voie des commissions.

Qui dit ça !? C’est le responsable et le plus grand patron de l’économie pendant cette même période (sourire). C’est un pays très étrange ! Les choses n’ont pas beaucoup changé depuis. Sur ce plan-là, on peut toujours réviser sa position, il y a des choses dont lesquelles j’étais convaincu à l’époque et avec le temps j’en suis moins convaincu aujourd’hui… Mais pour ce qui concerne l’arrêt du processus électoral, les conditions dans lesquelles il a eu lieu, et sur le fait qu’il n’a rien à voir avec la tragédie nationale, ça, je n’ai pas changé de conduite.

Parmi ce que je regrette, c’est qu’il y avait une leçon à tirer de 1991, eh bien par la faute des choses, cette leçon n’a pas été tirée du tout. Nous nous retrouvons dans une situation qui est pire si à Dieu ne plaise. 1991 avait un prix et il fallait que la nation on tire bénéfice.

Le pouvoir politique en entier devait tirer une leçon et il ne l’a pas fait.
Pouvez-vous être plus explicite. Qu’est-ce qu’il y avait lieu de faire et qu’on n’avait pas fait et qu’est-ce qu’il n’y avait pas lieu de faire et qu’on a fait ?
Ce qu’il y avait à faire c’est ce que nous n’avons pas réussi à faire depuis l’Indépendance, à savoir construire des instituions.

Des institutions réelles et non pas virtuelles. Ce que nous avons vécu en 1991 était dû à une absence d’institutions. Depuis 1962, on a vécu par des coups d’Etat et on n’a pas été capable de mettre en place des institutions. Et il faut le dire carrément, on n’a pas fini de mentir aux gens ! Il est clair que la contradiction totale qui existe entre la loi, le discours politique d’un côté et ce qui se fait de l’autre côté sur le terrain, non seulement elle n’a pas diminué mais elle s’est aggravée.

Nous continuons à être un pays qui fait le contraire de ce qu’il dit, de ce qu’il légifère, un pays qui ne respecte pas ses propres lois. C’est une des choses que je regrette beaucoup. Le choix qui s’offre à nous n’est pas entre changer et ne pas changer, c’est la manière de faire ce changement.

Le seul choix qui reste pour le moment, c’est entre changer dans l’ordre de manière consciente et organisée, ou bien, à force de refuser le changement, celui-ci nous sera imposé dans le désordre. Et cela n’est jamais le meilleur choix.

En 1991, le FIS voulait faire un changement dans le désordre, cette fois ce sera une autre force. Cela pourra être la rue, dans le désordre. Mon inquiétude vient du fait que nous nous approchons de cette échéance. Parce que nous n’avons pas tiré les leçons ni d’octobre 1988 ni de janvier 1991.

Le cas que vous venez de citer concernant Abdelhamid Brahimi qui parle d’une grosse affaire de corruption dont il n’aurait pas été au courant, alors qu’il était censé le savoir puisqu’étant le Premier ministre à l’époque, soulève une question sur les centres «réels» de la décision politique dans notre pays… En parlant de centres de décision, j’ai cité le cas d’Abdelhamid Brahimi comme exemple.

Il n’y a pas eu un seul responsable algérien dans le domaine économique depuis l’Indépendance qui a eu autant de pouvoirs que lui. Il a eu le pouvoir absolu pendant 10 ans. Si ce n’est qu’après avoir quitté le pouvoir qu’il s’est aperçu qu’il y avait 26 milliards de dollars de corruption, cela veut dire que, soit il a été complice, soit il a été incapable.

A l’époque j’étais membre du bureau politique du FLN, j’avais dit qu’il faut le sommer d’apporter la preuve, et quand il apportera la preuve de ce qu’il avance, il faudra qu’il explique pourquoi a-t-il laissé faire ça. Est-ce par négligence ou par complicité ? Cela s’est traduit par une commission d’enquête à l’Assemblée populaire nationale devant laquelle Brahimi avait essuyé le couteau sur Chadli, laissant entendre que le plus gros de ces 26 milliards c’était Chadli et sa famille qui l’avaient pris.

Pour le centre de décision, c’est cela le grand problème. Qu’est-ce que vous appelez centre de décision ? Là où se prend réellement la décision ou, pour reformuler la question, où se situent les centres les plus influents sur la prise de décision dans le système algérien, du moins, lors de votre expérience à la tête du gouvernement ? Du temps où j’ai été à la tête du gouvernement, c’était le même système, le même régime et il n’a pas changé.

Mais moi, je ne suis pas un exemple significatif, je n’ai pas duré pour faire les changements nécessaires. Mais permettez-moi de vous retourner la question, vous parlez des centres de décision du point de vue de la loi ou de celui de la réalité ? Du point de vue de la réalité… Du point de vue de la loi, l’Assemblée populaire nationale et les députés sont souverains et ils ont des pouvoirs très importants.

Cela aurait été réellement le cas s’ils avaient été élus dans des élections démocratiques. Une élection où l’on interdit à des gens de se présenter n’est pas une élection libre. Le fait même de se taire et de ne donner aucun papier fait que le gouvernement interdise mon parti (le Front démocratique, FD) comme c’est aussi le cas de Wafa de Taleb El-Ibrahimi.

Ne serait-ce que pour cela, ces élections n’ont rien de démocratique ! Voilà pour l’Assemblée populaire nationale.
Le président de la République a-t-il été élu dans le cadre d’une véritable compétition ?
Vous savez que ce n’est pas indubitable.

Il ne faut pas qu’on se mente à soi-même. Je ne suis pas contre l’idée de la désignation, mais qu’on le dise ouvertement. Mais contre le fait de dire une chose et de faire son contraire. Le pas à faire c’est de se diriger petit à petit mais résolument vers l’application de la loi et de la Constitution.

Me concernant, j’avais formé mon gouvernement tout seul, ni l’armée ni aucune autre partie n’est jamais intervenue pour m’imposer tel ou tel ministre, jamais ! Bien évidemment, pour certains postes importants comme celui de l’Intérieur, j’ai bien pris la précaution de consulter ces parties.

Je peux vous le dire, et je défie n’importe qui pour venir me dire le contraire. Sur ce plan-là, et sans «contorsion» ni quoi que ce soit, j’ai formé mon gouvernement moi-même. Dans le choix du programme économique aussi, jamais quelqu’un ne m’a imposé quoi que ce soit.

J’ai choisi mon propre programme économique. Sur le plan de l’accident de l’arrêt du processus électoral, je vous ai dit comment cela s’est passé. Mais encore une fois, ce qui s’est passé en six mois ne reflète pas nécessairement la réalité permanente du pouvoir.

Vous avez dit que pour rendre aux institutions leur souveraineté, il faut aller vers l’application de la loi. Qui ou qu’est-ce qui empêche son application ? Ne cherchez surtout pas des noms de personnes, ce ne sont pas des personnes.

C’est un système qui s’est constitué. Disons que c’est une sorte de parti clandestin composé d’Algériens qui prennent des décisions, mais ils les font endosser à des civils.
Vous parlez donc des militaires ?
Quand on parle des militaires, c’est par commodité de langage, c’est plus compliqué que ça.

D’abord, les militaires sont à 98 % dans la même situation que les civils. On est dans un régime où celui qui décide vraiment n’est pas «visible» et ne rend pas compte de ses décisions et celui qui, officiellement, décide n’a pas l’autorité pour exercer ses responsabilités ! C’est un système qui est fondé sur la séparation dans les faits entre les deux concepts d’autorité et de responsabilité.

Il faut que nous sortions de cette situation qui, de toute façon, ne peut mener qu’à l’échec. Le pourquoi des choses et le comment surtout restent problématiques. Là on tombe sur l’absence de débats publics. C’est un pays où le débat public est interdit et parmi les victimes, il y a les journalistes eux-mêmes.

Le pouvoir est défaillant sur le plan de l’information de l’opinion. Depuis l’Indépendance, il gère l’opinion par la rumeur, et nous nous retrouvons tous suspendus à un froncement de sourcils de l’un ou à ceux de l’autre pour essayer de nous guider dans ce tunnel noir qu’est l’Algérie de l’information.

Le sens critique des Algériens a été démoli par le rouleau compresseur de l’intoxication pendant des décennies.
Restons toujours dans la période de l’après-janvier 1992. On a parlé de parties influentes qui auraient voulu se débarrasser de vous et que si vous aviez été maintenu à votre poste, c’est uniquement grâce à la solidarité du président Boudiaf ?
Au moment où j’ai été nommé chef de gouvernement, le FLN, plus exactement une faction du bureau politique et pour la première fois de son histoire, s’est déclaré ouvertement dans l’opposition.

Je ne parle pas du FLN ou de son bureau politique. Je ne dis pas qu’ils voulaient se débarrasser de moi après la venue de Boudiaf ; pire, ils n’ont jamais accepté que je sois nommé chef de gouvernement. Cette faction du bureau politique m’a combattu dès ma nomination et n’a pas attendu la venue du président Boudiaf.

Au départ, ils ont insisté en disant que c’était un gouvernement provisoire. Abassi Madani qui était en prison m’avait fait la grève de la faim quand j’ai parlé de la loi pétrolière disant lui aussi que je n’étais là que pour organiser les élections et que je n’avais rien à voir avec le pétrole.

Le simple fait de distiller chaque semaine des rumeurs suggérant que le gouvernement était sur le départ a contribué à affaiblir énormément mon gouvernement. Ce sont ceux qui considéraient à tort ou à raison que le pouvoir c’étaient eux et pas quelqu’un d’autre.

J’avais proposé ma démission à trois reprises à Boudiaf qui l’avait refusée. Je lui avais dit : «Vous n’avez pas intérêt à avoir un chef de gouvernement, dont on pourrait dire qu’il vous a été imposé et (que) ça ne servait à rien de démentir, car le mal est fait.

Mais, n’oublions pas que lui aussi avait été accueilli comme «un chien dans un jeu de quille.» Boudiaf avait écarté tout ça d’un geste méprisant et rejeté l’idée de ma démission. Est-ce à dire qu’il entendait me garder pour longtemps, seul lui le savait.

Il voulait peut-être se donner le temps et c’est normal. Mais ce qui est sûr, c’est qu’il avait refusé de me laisser partir. Pourquoi, me diriez-vous, je ne suis pas parti quand même ? Comment ? En somme après que l’Algérie eut fait appel à un homme comme lui pour assumer une situation épouvantable, le premier acte du chef de gouvernement en place irait lui dire «je m’en vais» ? C’eut été au minimum de la lâcheté ! Donc, cette histoire de qui voulait me faire partir est plus vraie que cela : ils n’ont jamais voulu de moi et ils m’ont combattu.

Vous démentez par là les assertions selon lesquelles c’est l’armée, incarnée par Khaled Nezzar, qui voulait à l’époque vous faire partir ?
Dans le discours que m’avait tenu Khaled Nezzar, qui était le plus haut responsable militaire à l’époque, jamais il n’a été question de ça.

Au contraire, j’ai essayé de démissionner deux fois et ils m’en ont dissuadé. J’avais essayé d’abord de démissionner du temps de Chadli quand j’avais reçu la gifle de la loi électorale. On était d’accord avec tous les partis, à l’exception d’Abdelahmid Mehri, du choix de la proportionnelle aux législatives.

Mais comme l’APN était à majorité FLN, elle retint le scrutin majoritaire. J’ai voulu démissionner… sans succès, auprès du Président comme de l’armée. Dire si je regrette ou pas, c’est de la politique fiction. Ou alors s’il fallait absolument parler de regrets, c’est vraiment d’avoir accepté la position de chef de gouvernement.

Ça, oui ! Si j’avais su en juin 1991 ce que j’ai appris depuis 1992 jusqu’à nos jours, je n’aurais jamais accepté le poste. Mais cela aussi c’est de la politique fiction. Abordons maintenant un cas qui est le résultat de ce fameux janvier 1992, à savoir l’état d’urgence décrété en février de la même année… Rappelons d’abord les faits.

Quand j’avais été nommé chef de gouvernement, l’Algérie était sous l’état de siège. Cet état de siège nous lui avions diminué le degré pour devenir en septembre l’état d’urgence. Avant les élections, en octobre-novembre, nous avons recommencé.

C’est à ce moment que des gendarmes commençaient à être assassinés à droite et à gauche, il y avait eu Guemmar aussi, et ce, en application d’un plan écrit du FIS pour la mise à feu et à sang de l’Algérie. En réaction à l’arrêt du processus électoral, l’action violente du FIS a redoublé de férocité.

Là on a réinstauré l’état d’urgence. C’est une prérogative du chef de l’Etat après consultation du Haut conseil de sécurité et une mesure de sauvegarde absolument nécessaire prise dans le cadre et selon la procédure constitutionnelle.

Quant aux mesures d’internement en découlant, nous avons vécu les dérives inhérentes à de telles situations (abus locaux, règlements de comptes, etc.)
Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur ce document du FIS ?
C’est un plan écrit composé de 22 points, où il y avait toutes les actions à mener, les assassinats, les destructions d’infrastructures, etc.

C’était écrit noir sur blanc par les dirigeants du FIS. C’était la décision du FIS.
Pourquoi des gens comme Saïd Guechi, Bachir Fquih, que Dieu ait leurs âmes, Ahmed Merani et les 4 ou 5 autres membres de la direction fondatrice du FIS en sont-ils sortis bien avant juin 1991 si ce n’est par refus de la solution violente ?
Le maintien de l’état d’urgence veut-il dire que les raisons de son instauration sont toujours d’actualité ? Il est clair que jusqu’à la fin des années 1990, il ne pouvait pas y avoir autre chose que l’état d’urgence.

Maintenant, l’état d’urgence n’a plus de raison d’être dès lors que les hauts responsables politiques disent que la concorde civile a réussi, que les problèmes de sécurité sont réglés et qu’il y a même un chef militaire qui a dit que le problème des maquis était réglé.

Et puis, quelques années après, il y a eu la réconciliation nationale comme si, en fait, ces problèmes n’étaient pas réglés. Si l’on veut prendre au mot les responsables politiques, l’état d’urgence n’a plus raison d’être. Je ne suis pas au fait de la réelle situation sur le plan de la sécurité, sauf que je ne crois pas, à mon avis, que les problèmes de sécurité sont derrière nous.

Si c’était le cas, l’état d’urgence effectivement n’a plus de sens. L’état d’urgence peut être aussi utilisé pour maintenir une restriction légale des libertés. Il y a peut-être des forces à l’intérieur du pouvoir, qui sont très peu attachées à l’exercice des libertés qui sont pour le maintien de l’état d’urgence.

Au stade de l’analyse, je ne crois pas que la question de la sécurité a été résolue, mais sur le plan politique je vis comme un citoyen et comme un homme public une situation qui me prouve qu’il y a un abus dans les restrictions des libertés.

L’état d’urgence n’a de raison d’être que lorsque la sécurité du pays est menacée. L’est-elle encore ? C’est bien possible. Mais moi, je dis qu’elle est menacée parce que précisément la situation sociale et politique ne s’améliore pas.

H. M.

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