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Bouteflika : huit ans après, quel bilan ? (1er partie) 27 juillet, 2007

Posté par benchicou dans : Algérie : analyses et polémiques , 13 commentaires

abdelazizbouteflika323.jpgAbdelaziz Bouteflika brigue un troisième mandat. Sur la base de quel bilan, après huit ans de règne ? Le Matin lance un débat contradictoire réservé aux personnes qui estiment pouvoir apporter un éclairage nouveau ou des matériaux de réflexion féconds. Les opinions allant dans ce sens seront publiées.

 

L’avis d’un politologue

Dix-huit mois après son élection bâclée par le désistement de l’ensemble de ses concurrents, nous nous posions la question de savoir si Bouteflika pouvait être l’homme providentiel qu’attendait l’Algérie pour la sortir de l’ornière dans laquelle elle se trouvait (El Watan des 30 et 31 octobre 2000).

Comme une majorité de citoyens, nous étions assez séduits par un président de la République qui sortait des sentiers battus de la langue de bois, qui avait fait, en un temps record, le bon diagnostic des problèmes essentiels du pays, qui promettait de les solutionner par toute une série de réformes fondamentales et qui, cerise sur le gâteau, semblait décidé à mener ces réformes à leur terme. Il nous paraissait aussi que le nouveau Président concentrait en lui (et il était le seul à pouvoir le faire) les caractéristiques qui pouvaient faire de lui un homme politique exceptionnel, capable de répondre aux attentes profondes d’un peuple blessé dans sa chair, qui a vécu une décennie de traumatismes inhumains et qui n’aspirait plus qu’à la paix et à la sérénité. Ces caractéristiques étaient une intelligence claire de la situation du pays, une volonté inébranlable de reprendre la totalité des pouvoirs jusque-là concentrés entre les mains de la haute hiérarchie militaire, une aspiration profonde à réaliser de grandes choses afin de laisser une trace indélébile dans l’histoire, et, enfin, une capacité manœuvrière hors normes.

Une campagne de séduction tous azimuts

Pour gagner en crédibilité auprès d’une population qui aspirait au changement, il avait assez rapidement entamé le processus de réformes en installant trois commissions présidées par des personnalités dont la compétence et l’indépendance étaient connues et reconnues de tous (Mohand lssad, Benali Benzaghou et Missoum Sbih) et qui étaient chargées de faire le diagnostic des secteurs de la justice, de l’éducation et de l’administration et de définir les réformes à entreprendre ainsi que les voies et moyens de leur réussite. La campagne de séduction menée au pas de charge par le nouveau Président comprenait aussi, au grand dam des familles révolutionnaire et islamiste, l’utilisation décomplexée de la langue française, redevenue « butin de guerre ». Ses interventions publiques, ainsi que les nombreux discours qu’il a faits en langue française, ont rassuré tous les cadres de formation francophone qui ont maintenu debout les machines administrative et économique du pays, dans un contexte de guerre déclarée contre l’utilisation de la langue française, non seulement au sein des institutions d’Etat mais aussi dans les entreprises. L’utilisation décomplexée du français par le président de la République valait reconnaissance officielle de cette langue en tant que langue de travail et de communication. Sa volonté permanente et publique de reprendre l’ensemble des pouvoirs que la Constitution reconnaît au président de la République, mais qui étaient en grande partie confisqués par la haute hiérarchie militaire, participait à rendre crédible un président d’un nouveau genre, caractérisé par une forte personnalité et une volonté inébranlable d’en découdre avec tous ceux qui cherchaient à limiter son champ d’action et à lui disputer le pouvoir réel.

Les atouts du Président

Indéniablement, Bouteflika rassemblait en sa personne un certain nombre de critères qui en faisaient un homme incontournable, une fois installé sur le fauteuil présidentiel : une intelligence aiguë de la situation que vivait l’Algérie, un ego hypertrophié à la limite de la mégalomanie, indispensable pour réaliser de grandes choses, une volonté d’accaparer tous les pouvoirs et d’unifier à son niveau tous les centres de décision, la capacité intellectuelle et manœuvrière d’atteindre ses objectifs, de réels talents de séducteur mis au service d’une politique œcuménique de paix et de rapprochement de tous les courants idéologiques qui traversent le pays, le profond besoin de reconnaissance internationale qu’il sait ne pouvoir acquérir qu’au prix de véritables travaux d’Hercule (le retour à la paix en Algérie, étant le premier de ces travaux). Parallèlement à ces aspects positifs, d’autres, qui le sont moins, se sont dressés devant le nouveau Président pour l’empêcher d’être cet homme providentiel, qu’il prétendait être dont le pays avait réellement besoin. Des obstacles de toutes sortes n’ont pas manqué d’être dressés devant lui, il les a surmontés les uns après les autres, comme de véritables gages par les clans du pouvoir qu’il a bridés et éliminés du centre de décision, par les ultras du mouvement islamiste qui ont refusé sa politique de concorde et de grâce amnistiante, par certains partis de l’opposition du pôle démocratique qui continuent de refuser la main tendue du Président et ses appels incessants à se ranger derrière sa bannière etc.

Les réussites du Président

Tout au long des huit ans de pouvoir, l’homme a montré sa très forte capacité manœuvrière. Il a repris tous les pouvoirs que lui donne la Constitution. Il est même allé au-delà, en ce sens qu’il est devenu la seule source de pouvoir : en quelques années, il a éliminé la totalité des contre-pouvoirs, réels (la haute hiérarchie militaire, en poste ou à la retraite) ou virtuels (les autres pouvoirs constitutionnels —législatif et judiciaire, les partis politiques de la majorité et de l’opposition, la presse indépendante, la société civile etc.). Aujourd’hui, personne ne peut prétendre que le chef de l’Etat trouve encore devant lui des pouvoirs capables de lui tracer des lignes rouges et de le maintenir dans une situation de « trois quarts de président ». Certes, il a été amené au pouvoir, en 1999, par la haute hiérarchie militaire qui pensait pouvoir le manipuler et lui fixer une ligne de conduite à laquelle il ne peut déroger, mais très rapidement, il a su se libérer de cette tutelle pesante. A son crédit, on peut aussi inscrire la très nette amélioration des conditions économiques du pays, même si cette amélioration est due, avant tout, à un prix du pétrole qui s’est maintenu à un très haut niveau pendant des années, ainsi qu’à la politique d’ajustement structurel, menée avec zèle par ses prédécesseurs et continuée par son équipe sous les auspices du FMI et de la Banque mondiale. La chance fait aussi partie des atouts du Président. C’est, en effet, à elle seule qu’il doit de compter sur des caisses bien pleines, ce que ses prédécesseurs n’avaient pas pu avoir. Par contre, ce qui est à mettre à son crédit, c’est d’avoir su gérer cette manne financière en « bon père de famille » et de l’avoir utilisée pour effacer presque totalement la dette extérieure du pays. Par ailleurs, la paix qu’il a voulue et dont il a défini les contours n’est pas totalement au rendez-vous, même si la situation sécuritaire s’est réellement améliorée. Les investissements étrangers qu’il appelait de ses vœux ne se bousculent toujours pas au portillon, à l’exception des capitaux arabes à la recherche d’opportunités d’investissement juteux et immédiatement rentables (rappelons-nous les déclarations du Président qui, dès son installation, assurait que des milliards de dollars arabes attendaient aux frontières des signes d’amélioration de la situation sécuritaire pour se déverser en Algérie). L’étau qui enserrait l’Algérie au cours de la décennie rouge s’est sensiblement desserré : le pays n’est plus au ban des sociétés, grâce à une politique étrangère plus dynamique, au retour à un niveau de sécurité acceptable et à un confortable matelas de devises qui aiguise les appétits des firmes étrangères. L’empreinte du Président est visible dans cette embellie : ses rapports personnels avec les autres chefs d’Etat (y compris les plus grands), son habileté à défendre les atouts de l’Algérie sur la scène internationale, ses bons offices réussis dans la résolution de certains conflits africains, sa proximité avec les chefs d’Etat des pays émergents les plus emblématiques, son réalisme et son rejet de l’idéologie en tant que base des relations internationales, tout cela a fait qu’assez rapidement la voix de l’Algérie s’est remise à se faire entendre dans le concert des nations.

Les échecs

La machine économique reste grippée et est en attente de réformes en profondeur qui se font toujours attendre. L’Algérie ne fonctionne que grâce à la manne pétrolière qui déverse sur le pays des milliards de dollars annuellement. Cette manne a permis au Président de décider et d’appliquer une politique de désendettement vis-à-vis de l’extérieur. Les privatisations, mille fois annoncées, se font au ralenti et de manière tellement tatillonne qu’elles n’intéressent plus les sociétés étrangères, préférées initialement aux éventuels repreneurs nationaux. Le pouvoir d’achat des citoyens ne s’est pas amélioré malgré la réelle embellie financière : les salaires restent à des niveaux très bas, malgré les quelques augmentations décidées par les pouvoirs publics. Le chômage continue de sévir, malgré les chiffres optimistes publiés par l’ONS et les pouvoirs publics, annonçant pour bientôt un taux de chômage à un seul chiffre. Le système scolaire distille toujours une idéologie malsaine opposée à toute modernisation de la société, continue d’appliquer la méthode des recettes toutes faites pour la résolution des problèmes de tout ordre et persiste à former des têtes « bien pleines » au lieu de « têtes bien faites ». Il continue donc de mal former les citoyens et les travailleurs de demain : il refuse obstinément de se réformer et de se mettre au diapason de ce qui se fait dans les pays avancés. L’espoir né des conclusions du rapport de la commission Benzaghou est vite retombé au regard de l’immobilisme de ceux qui sont censés les appliquer. Les autres chantiers de réformes déclarés prioritaires — justice et administration — sont tout autant bloqués.

Un bilan entre le positif et le négatif

Entre le positif et le négatif, il est difficile de se faire une opinion sereine sur l’action du président Bouteflika au cours de ses huit années de pouvoir. Selon que l’on soit d’un bord politique ou d’un autre, on trouvera au Président soit des qualités qui lui ont permis de réussir ce qu’il a bien voulu entreprendre, soit des défauts qui l’ont empêché de mener la bonne politique de sortie de crise. Pour les uns, il a réussi à ramener la paix dans le pays. Pour eux, les attentats qui continuent, de-ci de-là, ne remettent pas en cause le retour de la paix. Il s’agit tout juste des soubresauts d’une bête qui est en train de mourir. Au pire, il ne s’agit que de groupes épars, franchisés par Al Qaïda, qui cherchent à déstabiliser tout le Maghreb mais qui ne réussiront pas, parce que combattus vigoureusement par l’ANP en Algérie, et par tous les services de sécurité à l’échelle internationale. Pour ces mêmes personnes, le Président est l’homme de la situation, capable de régler tous les problèmes qui se posent au pays : il est fondamentalement patriote (ou nationaliste, selon la terminologie encore en cours en Algérie) et met toute sa volonté et ses immenses capacités au service de l’Algérie. Pour preuve, ses programmes politique et de développement économiques, qui ont ramené la paix et permis au pays d’atteindre des taux de croissance du PIB de 6% et plus. Il est aussi l’homme de l’ouverture qui a su faire travailler au sein d’un même cabinet ministériel des hommes et des femmes d’horizons idéologiques divers : conservateurs, islamistes, démocrates, modernistes etc. Pour les autres, ses adversaires, le président Bouteflika n’a rien réussi d’essentiel : le négatif l’emporte sur le positif. Qu’on en juge : la paix n’est toujours pas au rendez-vous, malgré la série de concessions faites aux islamistes : grâce amnistiante, réconciliation nationale et bras tendus aux terroristes encore en activité. Le développement économique n’est toujours pas au rendez-vous : l’Algérie reste tributaire de la seule manne pétrolière. Elle le restera encore pour longtemps du fait que la politique économique du Président n’a pas mis en place les bases d’un vrai développement, qui survivra au tarissement prochain des ressources d’hydrocarbures. Mais ce que ses adversaires (et pas uniquement eux) lui reprochent essentiellement, c’est d’abord, sa gestion incompréhensible de la crise kabyle du printemps 2000 et, ensuite, sa trop grande proximité avec l’islamisme. Il est en effet difficile de comprendre comment un homme politique aussi avisé que lui ait laissé pourrir une situation qui était, à son commencement, facilement maîtrisable (il suffisait, affirment en chœur une majorité d’observateurs politiques, d’une condamnation immédiate du meurtre du jeune Massinissa et de poursuites judiciaires à l’encontre des gendarmes assassins pour que le calme revienne très rapidement en Kabylie). Au lieu de cela, le Président a laissé la gestion de la crise au ministre de l’Intérieur et des Collectivités locales, qui a tout fait, volontairement ou par incompétence, pour envenimer le problème et le rendre insoluble. La mauvaise gestion du problème kabyle ne se limite pas à la seule période du début des événements. Elle a continué par une politique volontariste consistant à isoler la Kabylie du reste du pays, à y laisser se développer tous les maux sociaux auxquels elle avait auparavant échappés (petit et grand banditisme, prostitution, alcoolisme, drogue), à brider le développement économique d’une région autrefois réputée pour son dynamisme et son esprit d’initiative, à laisser se développer l’hydre terroriste. Tout se passe comme si le Président faisait payer à toute une région son refus d’adhérer à sa stratégie politique et de continuer de se situer une opposition franche et virulente à sa personne. La Kabylie semble avoir commis le pire des crimes, celui de lèse-Bouteflika ; et cela est impardonnable aux yeux d’un président à l’orgueil démesuré, qui ne pardonne aucune atteinte à son image d’homme omnipotent et omniscient. Rien n’indique, d’ailleurs, que le problème de la Kabylie trouvera une solution acceptable, du vivant du Président.

Par ailleurs pour ses adversaires du camp démocratique, Bouteflika constitue le danger suprême pour le pays : celui de préparer la prise du pouvoir légale par la mouvance islamiste Pour eux, Bouteflika n’est qu’un chargé de mission, aux ordres des émirs du Golfe, qui lui auraient fixé comme objectif la mise en place des conditions de prise de pouvoir par les islamistes. Les présomptions ne manquent pas pour « démontrer » cette affirmation : sa proximité avec les partis islamistes dits modérés (ceux qui ne prônent pas, ou plus, la violence pour prendre le pouvoir et l’application immédiate de la charia une fois atteint le premier objectif), la formation d’une alliance présidentielle comprenant un parti, le HMS, qui se revendique clairement de la mouvance et de l’idéologie des Frères musulmans, la désignation et la reconduction d’un chef du gouvernement qui n’a jamais caché son appartenance à la mouvance islamiste, la désignation et la reconduction au même poste du chef du HMS en qualité de ministre d’Etat, sa longue fréquentation des familles régnantes des pays du Golfe, ses politiques de concorde civile et de réconciliation nationale trop favorables aux islamistes. (A suivre)

L’auteur est : Politologue

Rachid Grim

24 juin 2007

Bennchicou répond aux lecteurs : Désespoir, qui a dit fatalité ? (2è partie) 26 juillet, 2007

Posté par benchicou dans : Algérie : analyses et polémiques , 3 commentaires

 

Alors mourir dans le noir du bagne algérien ?

Pas forcément …

« Pourquoi fermer devant la lueur de l’aube tes paupières illuminées alors que douce est la lueur de l’aube ? » a dit le poète tunisien. Alors écoutons pour une fois le poète.

La reconduction du système sous sa forme la plus totalitaire, par un 3è mandat de Bouteflika, paraît buter, en cet été 2007, devant 3 résistances qu’on aurait tort de mésestimer.

Celle-là d’abord : même si l’atmosphère prête à la résignation, l’Algérien, y compris d’une façon passive ou désordonnée, a appris à réagir contre les abus de pouvoir et les autoritarismes. Ce mouvement protestataire quasi-autonome, qu’il soit le fait d’avocats mécontents, de quartiers en colère ou d’enseignants révoltés, développé en substitut aux désespoirs de l’exil et de l’auto-destruction, n’est pas visible, mais c’est comme les agrafes de Mohamed Abbou: ils font mal et ne laissent personne indifférent. C’est la preuve que le corps social est vivant. Et qu’il peut bondir à tout instant comme un contre-poids sérieux à l’injustice. « L’essentiel est de rester droit et de ne pas tomber dans le défaitisme et du renoncement à notre algérianité, malgré la grande déception/désillusion de la part des dirigeants. » nous écrit l’Algérois. Alors que l’infatigable Si Mohamed Baghdadi, comme pour démentir le désespoir, nous propose

« Comme hier, nous avons créé le Comité Benchicou pour les libertés, je suggère que toutes celles et tous ceux qui ont défendu les droits et libertés, de manière globale, au sein de ce Comité, étudient l’éventualité de rejoindre ce Comité Badaoui naissant, ainsi que les syndicalistes des Dockers, de la CNAN, de la BEA et de bien d’autres syndicats autonomes…qui ont soutenu, en 2005, l’action de Ahmed Badaoui… » Qui a dit résignation ? Pas le lecteur Hamz en tout cas : « Votre éclairage sur notre ciel sombre et orageux nous permet de bien comprendre les enjeux et ce qui se trame derrière nos têtes. Maintenant ,il est clair que si nous ne voulons pas de régime théocratique ni de ce régime actuel nous devons unir nos forces pour fédérer un maximum de citoyens pour la réalisation d’une vraie démocratie. C’est à nous tous d’agir. On ne pourra plus dire que l’on ne savait pas. Au combat citoyens! L’heure est grave pour les démocrates! »

Mais il y a plus concret : ce combat invisible a produit des effets non négligeables. Bouteflika veut s’imposer dans un monde qui n’est plus celui de 1999, avec des alliances qui ont évolué, un monde qui a changé, dans une société exigeante et repart à la conquête d’une Algérie qu’il ne connaît pas. Mourad Belaidi résume parfaitement : « Comme la France a élu Sarkozy , L’Algérie remercie Bouteflika qui se trompe d’époque » Notre lecteur Abraham parle au nom de ces millions d’anonymes : « Pourquoi bouteflika tient à ce que le verrou constitutionnel de 2 mandats présidentiels maximum soit levé ? Il sait aussi que son bilan véritable jusqu’à aujourd’hui est des plus détestable; aussi ne veut-il pas quitter le pouvoir de son vivant. »

Je ne sais pas si Bouteflika parviendra à arracher sa présidence à vie et fédérer un système totalitaire autour de lui, mais la reconduction du système avec lui comme pivot central signifie pour de larges couches de la société mais aussi du pouvoir et, ne l’oublions pas, des partenaires occidentaux, trois choses : la continuité du terrorisme avec une possible victoire politique de l’islamisme; un système déphasé et corrompu qui va aggraver l’inertie économique et un climat hostile aux investissements étrangers mais aussi, ne l’oublions pas, nationaux ; un système liberticide qui peut engendrer des troubles et qui ne correspond pas aux profils des « partenaires nouveaux » que cherchent les Américains et les Européens. Cela explique, à mon avis, les phénomènes auxquels on assiste en cet été 2007 : réaction des clans dits « éradicateurs » et reprise de la lutte anti-terroriste avec un recul net du discours sur la « réconciliation »; appui nul des capitales étrangères à la révision constitutionnelle et à l’installation d’un pouvoir absolu ; mécontentement des catégories les plus libérales de la société qui réalisent que la répression des libertés s’est étendue à la liberté d’entreprendre et que l’archaisme du pouvoir de Bouteflika contrarie les projets d’expansion économiques des nouveaux investisseurs algériens, pour ne pas parler des étrangers. Ce dernier exemple est magnifiquement illustré par le dernier réquisitoire du Quotidien d’Oran sur la « faillite du système Bouteflika ». C’est une Algérie à la recherche d’espaces d’expansion qui parle… Et que je lis dans les messages des lecteurs qui m’interpellent.

Tout le monde semble avoir réalisé le désastre de la politique pro-islamiste de Bouteflika : les citoyens, les « décideurs », les capitales occidentales, Washington en tête. L’Algérien est le premier à s’en inquiéter et notre lecteur qui signe du sobriquet significatif de Fako, le dit à sa façon : « Bientôt Boutekflika sera le calife du 21emme siécle. Encore Boutef un bon tour de manivelle dans la course en arrière. Une mosquée à 1000 MD qui dit mieux ? Les bars fermés les femmes voilées le khamis et le khôl exposés aux quatre vents du globe. Les marabouts et les islamiste réhabilités. La voie tracée, le voile est levé : cap sur le 14eme siècle ! »

Retour de janvier 92 ?

Le retour des clans dits « éradicateurs », la reprise de la lutte anti-terroriste avec un recul net du discours sur la « réconciliation » signifie-t-elle défaite de la politique capitularde de Bouteflika et retour à une ligne politique ferme et conséquente ? Le lecteur Sofiane tranche : « Il est évident que les décideurs c’est à dire les généraux doivent comprendre que le maintien de Bouteflika joue contre la pérennité de leurs ’système’. Ils portent l’entière responsabilité du maintien de Bouteflika à la tête du pouvoir. Un volcan de colère gronde en chaque algérien. Bouteflika ne doit pas terminer son mandat » Mourad Belaidi est aussi catégorique : « 9 ans à tirer à blanc barakat ! Un gouvernement d’union national vite et pas de place aux médiocres ! Tant qu’il y aura des hommes… » Et Hammoudi met les pieds dans le plat pour tous ceux qui hésitent à la faire : « Chômage, criminalité, situation de la justice, misère, drogue, école sinistrée, clochardisation de l’université et de toute la société,le phénomène du suicide,les harraga…..Y aurait- il pas parmi ces généraux tant craints des patriotes qui mettront fin à ce carnaval ? Qui peut sortir ce pays de ce coma ? » Plus posé et plus pragmatique, Elabassi va droit au but, applaudit à la réaction de l’Armée et rappelle le cauchemar que nous avons vécu et auquel nous dirige la politique de Bouteflika : « Le probléme que vous venez de poser M. Benchicou n’est pas récent, il se pose depuis Juin 1990 , depuis le jour où le FIS a raflé les APC.Il a pris une tournure dangereuse pour l’existence de notre pays l’Algérie en tant qu’état et nation en Décembre 1991.L’Algérie était entré dans la 1 ere phase de “talibanisation” de son état. En Janvier 1992,l’ANP arrête le cirque et nous étions dans l’obligation d’appuyer ce choix avec le risque de la dérive totalitaire et absolutiste du régime. Je suis de ceux qui ont applaudi et si c’était à refaire , je le refairai car je n’ai pas le choix. »

Défaite de la politique capitularde de Bouteflika et retour à une ligne politique ferme et conséquente ? Je n’en suis pas si sûr. Le jeu de clans et si complexe, le 8 avril 2004 si proche et Bouteflika dispose encore de moyens de pressions… Et pas d’illusion : nous sommes encore loin de la défaite des intégristes. Mouloud, lui ne s’en fait pas et avertit : « Cher Mr Benchicou,

je partage votre analyse. et suis disponible à trouver les meilleures modalités de résistance et d’action, telle que la désobéissance civile à l’échelle nationale. Plus on attend, plus il sera tard, car le rouleau compresseur islamiste est déjà très très avancé: ne détiennent ils pas les mosquées et les écoles, piliers d’une société, à fortiori clochardisée ? »

Mais au delà des opinions de chacun, une chose est sûre : la stratégie de la main tendue de la main tendue aux islamistes est, pour la première fois, réellement contre-carrée en cet été 2007…

L’échec de sa politique anti-terroriste est d’ailleurs l’une des grandes raisons pour laquelle les capitales occidentales ne semblent pas soutenir son maintien au pouvoir et encore moins à un pouvoir à vie. Même si la fragilité de l’Algérie de Bouteflika aiguise des appétits et nourrit, comme le remarque Sofiane, le dessein chez Sarkozy de «  mettre sous tutelle économique et politique l’Algérie en profitant de sa faiblesse géopolitique actuelle et créer une sorte de protectorat algérien avec la bénédiction de Bouteflika … » Le risque Bouteflika paraît cependant plus élevé que les avantages : en huit ans Al-Qaida s’est installée aux portes de l’Europe et il n’y a aucune volonté politique chez le président algérien de la combattre. Je ne vois aucun soutien occidental majeur à son projet de briguer un troisième mandat…

Bouteflika réagit par ses réseaux et ses porte-voix pour se refaire une réputation auprès de l’opinion occidentale. C’est dans ce cadre que j’inscris les innombrables articles de Jean Daniel. Le directeur du Nouvel Observateur tirait la sonnette d’alarme dans son dernier commentaire : « Les généraux sont loin d’avoir perdu toute influence. L’autorité du président Bouteflika tire une bonne partie de sa force de ce qu’il n’existe aucun autre recours politique dans le pays. »Dans leurs messages les lecteurs montrent qu’ils ne sont pas dupes. « La tâche de Jean Daniel consiste à INHIBER TOTALEMENT notre lucidité » nous dit Sofiane.

Donc allons nous mourir sous une dictature ou périr sous une théocratie ? Peut-être ni l’un ni l’autre… Grâce à ces petits combats anonymes depuis dix ans, vingt ans, trente ans…

Pourquoi ne pas envisager un petit peu de lumière, certes une toute petite encore, mais la bienvenue et qui suffit pour fissurer le noir du désespoir.

D’ailleurs je laisserai le mot de la fin à l’optimisme réaliste d’Elabassi : « J’ai l’intime conviction que la génération qui va venir saura relever les défis , que le temps joue en faveur de la démocratie. L’islamisme est en déclin en Algérie car la jeunesse aspire à vivre mieux. J’appartiens à la génération qui a voté FIS, puis RND , puis FLN , puis RIEN. Une génération déja lasse et vieille. Paradoxalement , je suis très optimiste pour cette génération 90.Il suffit juste de les voir pour savoir que ce pouvoir finira et que Ben Laden and Co n’ont aucune emprise sur eux. Ils réussiront là ou nous avons échoué. »

M.B

Mohamed Benchicou répond aux lecteurs qui l’interpellent 25 juillet, 2007

Posté par benchicou dans : Algérie : analyses et polémiques , 2 commentaires

 

Désespoir : qui a dit fatalité ?

(1ère Partie)

Que répondre à des lecteurs qui vous apostrophent sur la détresse nationale et qui vous somment, à leur manière, de les délivrer de leurs angoisses ? «  Je suis profondément inquiet quant à l’avenir de notre pays. La descente aux enfers est effrayante. Je pose la question suivante y a t –il un pilote dans l’avion « Algérie » ? s’inquiète ouvertement Hammoudi comme le font, du reste, des dizaines de lecteurs chaque jour. Comme Abdelmadjid :  « Yakhi bladna ya khi ! Ils nous en empoisonné la vie » Mourad Hamzaoui de son côté m’interroge avec plus de retenue : « Pensez vous qu’il y a des prémices à un réel soulèvement de la population qui dira son ras le bol de cette mal vie dans un pays aussi riche que le notre ? Monsieur Benchicou, je voudrais vous entendre dire les choses comme je voudrais les entendre… » abjure-t-il.

Que répondre à nos lecteurs dubitatifs ? A Ghanima, par exemple qui, sans arrière-pensée, et prise par le désarroi, me fait dire ce que je n’ai pas tout à fait dit : « Nous sommes en plein dans le Régime Théocratique ou la répubmonarchie comme vous l’avez écrit Monsieur Benchicou : L’étau se resserre de plus en plus , on est pris entre leurs mâchoires comme vous le dites… »

Alors oui, que répondre au désarroi presque ordinaire de ces lecteurs désorientés par l’écrasante longévité de l’injustice ? Seuls les esprits pontifes ou déclarées bienheureux et les vraies âmes de bénédictin ont su affronter sans dommages la question. Car il y a aussi nos propres doutes et ces terribles et inavouables perplexités devant une époque si complexe, si mouvante et qu’on dirait dépouillée de repères. Il y a l’incertitude et la peur de tromper…

Que répondre ? J’en étais à cet embarras quand j’appris la libération de l’opposant tunisien Mohamed Abbou. Il purgeait une peine de trois ans et demi à la prison d’El-Kef pour avoir critiqué sur Internet le président Ben Ali. Mohamed Abbou a souffert. Il a souffert de ce que, par dessus tout, il n’avait rien fait d’autre qu’écrire, dire une idée, et de ce que cet acte naturel dans les démocraties du monde, reste encore un délit majeur au Maghreb. Abou a souffert de verser le tribut de l’innocent : 42 mois de prison pour deux articles ! Et je connais la douleur d’une telle brûlure… Pourquoi je parle de Mohamed Abbou ? Mais parce qu’il vous ressemble, parce qu’il nous ressemble, dans son calvaire et dans le chemin qu’il a emprunté pour effleurer son triomphe. Car Abbou a souffert, plus que tout je crois, plus que de la claustration, Abbou a souffert du mutisme noir qui vous enveloppe dans votre calvaire, comme un sordide drap mortuaire à l’heure de l’enterrement. Tout semble contre vous dans ces moments de solitude glacée, abandonné de tous, isolé par la conjuration du silence et de la forfaiture. Et tout orgueil paraît fat, vain et dérisoire contre une dictature, qui apparaît du coup, trop puissante, invulnérable, indestructible … « A quoi bon résister et avec quoi ? » Je connais aussi ce terrible sentiment de résignation quand le duel contre le pouvoir finit par n’être plus qu’un insoutenable tête-à-tête entre un homme esseulé et l’appareil massif de la répression, une espèce de combat solitaire entre le droit des faibles et l’arrogance des puissants. C’est un peu, n’est-ce pas, ce qu’éprouvent les lecteurs désorientés qui m’interpellent sur la détresse nationale : y a-t-il une oreille pour nous entendre et une langue pour nous indiquer ne serait-ce qu’une petite lueur dans l’océan obscur et infini qui nous immerge ? On se tourne, dans ces instants égarés, vers Dieu, vers l’exil ou vers les actes les plus variés de désespoir. « Les jeunes comme moi qui veulent croquer la vie ne savent plus sur quel pied danser , le foot est devenu une drogue populaire et les idéaux de liberté , de démocratie et de justice ne mobilisent plus et le chomage et la malvie sont devenus une fatalité (mektoub)et tout est fait pour nous inscrire dans le conformisme religieux ambiant qui arrange certains mais qui est désastreux pour d’autres » , nous écrit Ghanima.

On se tourne, dans ces instants égarés, vers Dieu, vers l’exil ou vers les actes les plus variés de désespoir. Nos jeunes se jettent à la mer sur des flottilles incertaines ou dans l’irréalité d’une planète féerique sur du mauvais haschich mélangé à du mauvais tabac, pour échapper à la laideur du monde auquel les ont condamnés les hommes. Mohamed Abbou lui, avait choisi de briser le silence en se saignant avec des agrafes ! Quand j’ai appris de ma cellule, en octobre 2005, qu’il s’était cousu la bouche pendant quatre jours avec de vraies agrafes en métal pour attirer l’attention du monde sur le « triste sort » de sa Tunisie« obligée de la boucler » pour pouvoir manger et s’épargner « les représailles d’une dictature des plus féroces »(1), j’ai réalisé que cet homme était non seulement prêt à tout pour faire abdiquer l’injustice mais aussi pour déjouer les désespérances et la résignation ! A quoi bon se battre contre une dictature ? Mais pour s’en libérer, diable ! Pouvoir redevenir un homme de ce siècle et récupérer la part de dignité confisquée par les tyrans ! Et, au final, ce combat incertain entre le droit des faibles et l’arrogance des puissants, ce combat contre l’appareil massif du totalitarisme, Mohamed Abbou ne vient-il pas de le gagner ? Pas seulement pour avoir arraché sa liberté – il lui restait quand même 14 mois de cachot ! – mais surtout pour avoir crevé le mur du silence sur sa Tunisie « obligée de la boucler » : le cas du prisonnier d’opinion Mohamed Abbou avait été soulevé par le président Nicolas Sarkozy lors de sa dernière visite en Tunisie et Ben Ali a été interpellé sur les violations aux droits de l’homme dans son pays. C’est certain: il sera de plus en plus difficile pour les tyrans maghrébins de compter sur le mutisme complice des grandes puissances. Le prisonnier a gagné parce que

l’intérêt du chef de l’Etat français pour les libertés en Tunisie ne procède pas d’une soudaine mansuétude mais d’une résistance, celle de Abbou, et celle des démocrates tunisiens. A quoi bon se battre contre une dictature ? Mais pour rendre les pères à leurs enfants et donner raison au poète du pays : « Tu es né sans entraves comme l’ombre de la brise/ et libre telle la lumière du matin dans le ciel / Pourquoi accepter la honte de tes chaînes ? / Pourquoi fermer devant la lueur de l’aube tes paupières / illuminées alors que douce est la lueur de l’aube ? » Abou-El-Kassem Echabbi, le chantre de la liberté, avait écrit ces vers en 1929… Quatre-vingt ans après, les fils de sa patrie paient toujours de leur chair pour voir « la leur de l’aube ».

Deux mâchoires sur la même chair (inter)

Alors, sans perdre de vue Mohamed Abbou, revenons aux lecteurs qui vous apostrophent sur la détresse nationale et qui vous somment, à leur manière, de les délivrer de leurs angoisses… Et ces anxiétés, comment les nier ? Vivre dans l’Algérie de 2007 c’est comme survivre au pénitencier du Kef : la sortie est condamnée par une immense porte noire et, dedans, les chefs piétinent la dignité humaine et se livrent

à la rapine et à toutes sortes de corruptions. La chose devient si ordinaire, que l’on ne s’étonne plus de rien et que le dernier scandale de corruption, celui qui implique l’ancien président de l’APN, c’est à dire le numéro 3 du régime selon l’ordre protocolaire, ne semble avoir étonné personne… On mourra donc dans le noir du bagne algérien ?…Chacun, en tout cas, perçoit clairement le choix entre les deux sépultures qui nous sont proposés : mourir sous un Etat totalitaire ou périr à l’ombre d’un régime théocratique. Deux mâchoires sur la même chair. Un Etat totalitaire si le projet de révision constitutionnelle, c’est à dire la légalisation du pouvoir personnel absolu et la transformation de l’Algérie en « république monarchique » obsolète, sur le modèle des dictatures arabes, venait à passer. Un régime théocratique si Al-Qaida et les islamistes embusqués un peu partout, y compris au sein du pouvoir, parvenaient

à dicter leur loi. Et ils le pensent : « La cohérence de votre analyse est indiscutable. Elle nous montre clairement et sans détour, l’enfer vers lequel nous nous acheminons, doucement mais sûrement. S’il existe une élite dans ce bled, elle doit se ressaisir et réagir vite afin de nous éviter une mort certaine » nous écrit Brahami.

    Or l’angoisse exprimée par les lecteurs semble d’autant plus explicable que le pays ne semble pas seulement au bout de ses lassitudes mais aussi au bout de ses expériences ou, pire, au bout de ses illusions. « Merci pour cette analyse qui nous indique de façon lucide et réaliste les risques qui nous guettent et qu’on n’est pas sortis de l’auberge …pis encore l’étau s’est resséré… » écrit Faiza. Mais est-ce suffisant ? Nous avons tout essayé, y compris de choisir entre Satan et Lucifer : le FIS plutôt que le FLN en 1991, le régime plutôt que le GIA en 1995. Au bout de dix ans, cela a donné une mixture diabolique : le terrorisme intégriste + Bouteflika. D’où le désespoir monumental qui se lit dans vos lettres, sur les visages accablés et dans chaque grain du sable trahi, sur cette terre.

Alors mourir dans le noir du bagne algérien ?

Pas forcément …

« Pourquoi fermer devant la lueur de l’aube tes paupières illuminées alors que douce est la lueur de l’aube ? » a dit le poète tunisien. Alors écoutons pour une fois le poète.

La reconduction du système sous sa forme la plus totalitaire, par un 3è mandat de Bouteflika, paraît buter, en cet été 2007, devant 3 résistances qu’on aurait tort de mésestimer.

A suivre : 2è partie

Editorial : Le brave soldat et la zerda de Bouteflika 21 juillet, 2007

Posté par benchicou dans : Algérie : analyses et polémiques , 12 commentaires

 

Mohamed Benchicou

On saura gré à Mohamed Chérif Abbas de n’être pas le plus futé des ministres de Bouteflika et de nous avoir si aimablement vendu la mèche. On sait ainsi, et grâce à lui, que Bouteflika vient, dans l’urgence et contre toute attente, de décider de la reprise des hostilités avec la France. Sujet préféré de la discorde : les crimes coloniaux. On le croyait pourtant mis entre parenthèses pour les besoins de cette « diplomatie féconde » qui dicte de regarder son porte-monnaie plutôt que son passé et à laquelle paraissaient s’être résolument rangés les deux présidents. Et bien non ! Alger choisit cette fin de juillet pour rappeler à Nicolas Sarkozy que « l’État français est l’ancien ennemi de l’Algérie », qu’il a commis des « crimes barbares », que « le peuple tient à la repentance » et, curieuse estocade, que l’Algérie va célébrer la victoire sur le colonialisme, donc la fête de l’Indépendance, durant toute une année ! Une année ? Mais le 5 juillet est passé et personne n’a informé le citoyen de cette interminable « zerda » dont il est censé être le premier bambocheur ! C’est là qu’entre en scène l’inégalable ingénuité du ministre des Moudjahidines : « C’est de notre faute, on s’excuse du retard mis à informer les citoyens de l’existence de cette célébration qui a commencé en février 2007 et qui se terminera en février 2008… » Difficile de faire plus nunuche, mais le ministre n’avait guère d’autre choix pour s’en sortir que les mensonges d’usage !

De la galéjade se dégage donc une étrange conclusion : le président Bouteflika vient de décider à la hâte de croiser de nouveau le fer avec Paris. Et, à voir le refus d’Alger de conclure une alliance Sonatrach-EDF qui semblait pourtant acquise, le conflit a sérieusement commencé.

Quel motif soudain a donc poussé Bouteflika à ce volte-face ? Au stade actuel de l’imbroglio algérien, je vois deux hypothèses qui gravitent autour de la même finalité : le 3è mandat. Bouteflika crée une base de marchandage dans le but de négocier un soutien franc et massif de la France et de l’Europe à son projet. Il sait que la révision de la Constitution algérienne est assez mal vue par l’opinion française qui l’assimile aux putschs déguisés de Ben Ali et d’Al-Assad. Et que cette réticence de l’opinion française – à laquelle est très sensible le ministre français des Affaires étrangères Bernard Kouchner – peut influer sur la position de l’Elysée. Nicolas Sarkozy a-t-il promis un soutien avant de se dédire, ce qui expliquerait le brusque revirement du président algérien ? Première hypothèse. Ou a-t-il récemment donné des signes de réticences ? Seconde hypothèse. Toujours est-il que Bouteflika vient d’envoyer, par le brave soldat Mohamed Chérif Abbas, un message limpide à la France et à l’Europe : c’est lui qui tient encore, pour deux ans, les clés du pouvoir, dont celles de Sonatrach et de tous les coffre-forts algériens. C’est avec lui qu’il faut négocier. Qu’importe si, dans la bouche du ministre Mohamed Chérif Abbas cela a pris l’allure d’une galéjade aux yeux des Algériens : ce n’était pas à nous que s’adressait Bouteflika.

M.B.

Ali Yahia Abdennour répondra à vos questions 19 juillet, 2007

Posté par benchicou dans : Algérie : analyses et polémiques , 56 commentaires

aliyahiaabd3.jpg Il sera l’invité du Forum « Le Matin votre journal interdit »

Son livre « La dignité humaine » vient de sortir hier à Alger et déjà Me Ali Yahia Abdennour accepte d’en parler avec vous dans ce blog. Il sera l’invité du Forum « Le Matin votre journal interdit » pour répondre à vos questions et débattre avec vous de l’ouvrage bien sûr mais aussi des droits de l’homme en Algérie, de la situation politique, de l’avenir et même, pourquoi pas, du passé…

Adressez vos questions avant dimanche 18 heures

Débat : veut-on brader le CPA ?

Posté par benchicou dans : Algérie : analyses et polémiques , 28 commentaires

 Ce qui se passe au CPA est totalement occulté par les autres affaires!

On focalise sur les scandales BNA, BADR et Khalifa bank, mais on ne doit pas oublier que toute cette agitation est faite pour faire passer la pilule au sujet de la privatisation du Crédit populaire d’Algérie(CPA), privatisation qui vise en réalité à masquer la fuite de capitaux qui a affecté cette banque entre 1997 et 2005. Cette fuite qui représente des crédits consentis à quelques 350 opérateurs de la PME, est estimée par des experts à 900 millions de dollars. On dit que ces créances douteuses ont été provisionnées.
Mais provisionner  donc au niveau comptable ne règle pas le vrai problème, à savoir la récupération des capitaux qui ont fui le pays, au total 900 millions de dollars.
Cette fuite a été rendue possible avec la complicité de certains cadres qui ont systématiquement accordé des rééchelonnements de dette à leurs copains, lesquels n’ont jamais remboursé les crédits octroyés.
Sur nombre de dossiers, la saisie des biens liés aux crédits non remboursés n’a pas même pas donné lieu à la vente aux enchères ni désintéressé la banque.
Les autorités sont au courant de cette situation, mais elles ne veulent pas agir pour ne pas faire capoter la cession du CPA.
On veut bazarder le CPA à moins de 2 milliards de dollars alors qu’il vaut 6 fois plus.
Ce qui se passe au CPA est totalement occulté par les autres affaires!
Le processus de privatisation du CPA est de nature politico mafieuse; il a pour objectif de passer par pertes et profits les 900 millions de dollars de fuite de capitaux dont ont bénéficié les 350 opérateurs dont certains ont pignon sur rue à Alger, Sétif, Béjaia, Bordj Bou Arréridj, Blida…
La privatisation du CPA, c’est une grosse machination qui ne manquera pas d’éclabousser la scène économique algérienne à plus ou moins brève échéance.
Je reviendrai.
Mounir Skander

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