26 novembre, 2007
Les révélations du philosophe Français Georges Labica.
1. Sarkozy c’est la recolonisation : Chez Sarkozy, le projet d’Union méditerranéenne repose sur des arrière-pensées au service d’un leadership européen et sans doute d’une position prédominante d’Israël, autrement dit d’une recolonisation, sans exclure l’appui qui pourrait être apporté à l’entreprise US sur le Proche et le Moyen Orient, l’Iran étant plus particulièrement visé.
2. Sarkozy est hostile à l’Algérie : Il a une attitude de principe plus hostile qu’amicale. Il suffit d’évoquer son discours de Dakar, dont les considérants paternalistes et coloniaux, qui révélaient le mépris de l’Africain, avaient suscité une juste indignation bien au-delà du Sénégal, ou son appui déclaré à la politique marocaine envers le Sahara occidental, ou encore ses proclamations réitérées d’inféodation aux USA et à Israël, émaillées de propos islamophobes, pour dissiper tout doute quant aux intentions du personnage
3. Sarkozy c’est la fin de la politique arabe : la page est tournée de ce qui subsistait encore d’une « politique arabe », défendue par le Président Chirac, dont le voyage en Palestine était resté mémorable.
4. Sarkozy c’est la mémoire sélective : Sa phraséologie opère à géométrie variable : on raye ce qui gêne, la guerre d’Algérie, par exemple, et on fait, au nom d’une « vieille amitié », l’apologie de « ces soldats américains qui nous ont libéré »
5. Sarkozy c’est le lobby d’Israël : Ses déclarations d’allégeance envers les USA se confondent, en bonne logique, avec celles qu’il réserve à Israël. A l’occasion de son dernier voyage officiel outre-Atlantique, il a emmené dans ses bagages, auprès de ministres et de patrons, M. Richard Prasquier, nouveau Président du CRIF, organe du tout puissant lobby sioniste, dont la présence n’a curieusement pas été signalée par les journalistes les plus influents (et les plus serviles).
Le philosophe Français Georges Labica s’est dit pessimiste quant à l’avenir des relations Algéro françaises. Il a souligné, dans une interview à El-Khabar, que les positions du président français, Nicolas Sarkozy, contribuent à la détérioration de ces mêmes relations.
El Khabar : L’Algérie et la France voulaient signer un traité d’amitié, mais ce traité n’est plus a l’ordre du jour, quelle sont, selon vous, les véritables causes qui ont conduit a ce constat ?
Labica : La façon dont a surgi l’idée d’un traité d’amitié entre la France et l’Algérie ne m’a pas semblé répondre à l’aboutissement d’une maturation politique, qui aurait prétendu établir enfin le bilan d’un demi-siècle de relations confuses et contradictoires, initiées par une guerre coloniale particulièrement dévastatrice. Au contraire, la proposition obéissait, de part et d’autre, à des préoccupations conjoncturelles, fort éloignées des clarifications historiques dont le besoin se fait toujours sentir. Du côté français, il s’agissait vraisemblablement, de tenter de rattraper le retard pris sur les Etats-Unis en matière d’accords économiques et de contrôle du marché algérien, concernant au premier chef le pétrole et le gaz. On était prêt, à cette fin, à tirer un trait, à la fois sur les contentieux du passé et ceux de l’actualité (immigration, racisme et arabophobie). Il suffit de rappeler le temps considérable qu’avait pris la reconnaissance d’une guerre où l’on n’évoquait que « pacification » et « événements », ainsi que le débat, récent celui-là, suscité par le projet d’une loi consignant dans les manuels d’histoire, destinés aux écoliers, les effets « positifs » de la colonisation. Du côté algérien, la dénonciation des hypocrisies d’une telle attitude et, par voie de conséquence, le rejet du traité s’avéraient tout à fait légitimes, mais on pouvait également penser qu’elles n’étaient pas indépendantes de la stratégie du Président, alors favorable aux intérêts étatsuniens.
El Khabar : Le président Sarkozy prévoit une visite d’Etat en Algérie en décembre, comment vous voyez cette deuxième visite depuis son élection ? La première visite de Sarkozy a été un échec, et n’a abouti a aucun résultat positif, surtout que les propos tenus par le président Français avais choqués plus d’un. Peut considérer ça comme une maladresse, ou bien le qualifieriez vous du style « SARKO » ?
Labica :Je crains que la seconde visite de l’actuel Chef d’Etat français, en réalité la troisième en comptant celle du Ministre de l’intérieur qu’il était, ne connaisse pas plus de succès que la première. Sans doute ses motivations, qu’il s’agisse d’un rapprochement jugé nécessaire pour la reprise des affaires ou d’intérêts stratégiques, sont elles semblables. Elles n’en sont pas moins plombées par une attitude de principe plus hostile qu’amicale. Il suffit d’évoquer son discours de Dakar, dont les considérants paternalistes et coloniaux, qui révélaient le mépris de l’Africain, avaient suscité une juste indignation bien au-delà du Sénégal, ou son appui déclaré à la politique marocaine envers le Sahara occidental, ou encore ses proclamations réitérées d’inféodation aux USA et à Israël, émaillées de propos islamophobes, pour dissiper tout doute quant aux intentions du personnage. La maladresse n’y a nulle part. Quant au « style », il ne consiste guère qu’à dissimuler sous des gesticulations frénétiques, une solide détermination réactionnaire.
El Khabar : Etes vous optimiste quant a l’avenir des relations entre l’Algérie et la France ?
Labica : Dans l’état actuel des choses, ma réponse est négative. S’il est vrai que la politique algérienne a désormais pris ses distances avec les USA, en limitant les ambitions monopolistiques de groupes, tels Halliburton, et en refusant l’installation d’une base militaire au Sahara (Africom), alors qu’il avait pu lui être reproché d’excessives concessions antérieures, consistant, aux dires d’un ancien dirigeant de la Sonatrach, en un « véritable abandon de la souveraineté nationale », au profit d’une « dérive ultra-libérale incontrôlée » (*), les conditions d’un rapprochement avec la France, ne sont pas réunies. En effet, du côté du pouvoir issu des élections présidentielles d’il y a six mois, il n’y a pas grand-chose à attendre, comme je viens de le dire. J’ajoute que la page est tournée de ce qui subsistait encore d’une « politique arabe », défendue par le Président Chirac, dont le voyage en Palestine était resté mémorable. Son successeur ne se réclame du gaullisme, comme il le fait de l’exemple du jeune résistant communiste Guy Môcquet, fusillé par les nazis, que de manière démagogique, par pur effet de tribune.
El Khabar : Sarkozy parle de regarder vers l’avenir, et oublier le passé, est ce que c’est possible ?
Labica : S’il s’agit du sien, riche famille de féodalité magyare, contrainte à l’émigration au moment de la victoire alliée en 1945, cela peut se comprendre. Quant au reste, la phraséologie opère à géométrie variable : on raye ce qui gêne, la guerre d’Algérie, par exemple, et on fait, au nom d’une « vieille amitié », l’apologie de « ces soldats américains qui nous ont libéré », - en oubliant au passage l’Armée rouge qui avait cependant accompli l’essentiel de la besogne.
Notons qu’il est d’ailleurs de mode aujourd’hui, et pas seulement en Europe, de célébrer un « devoir de mémoire », à caractère singulièrement sélectif !
Et l’avenir, en l’occurrence, pour « Sidi Nicolas », ce serait quoi ? Le pétrole ? L’ouverture au camembert du marché algérien ? Le contrôle de l’immigration, grâce au double dispositif d’expulsion des « terroristes » en puissance et de la capture des cerveaux utiles ?
El Khabar : Le président Français a déclaré que les enfants ne sont pas responsables des actes commis par leurs pères, vous ne voyez pas là une politique de deux poids deux mesures, alors que la France avait réclamé et réclame toujours que le Turques reconnaissent le génocide Arménien ?
Labica : Bien sûr que les enfants ne sont pas responsables des actes commis par leurs parents ! J’ajoute, s’agissant de la lutte de libération algérienne, que les enfants en question ont été jalousement tenus dans l’ignorance. Il m’arrivait assez souvent, au début de mes cours à l’Université, de demander aux étudiants ce que leurs parents, et leur père surtout, s’il l’avait faite, leur avaient raconté de la guerre. Réponse la plus fréquente : rien. Parfois ils ne savaient même pas que leur famille avait été concernée. Entre les culpabilités individuelles et les censures officielles (voir la longue indigence du cinéma), relayées par un renouveau du racisme anti-Maghrébin, l’oubli fermait l’histoire à clef. On imagine le sacré travail de mémoire qu’il aurait fallu et qu’il faut encore entreprendre. Par contre, le tri fonctionne ici aussi. La conscience morale, qui sert, en sous-main, à retarder l’entrée de la Turquie dans l’Europe, pousse des hauts cris, concernant le « génocide arménien ». Mais elle est bien muette devant celui du Rwandais, où la France est impliquée. Alors, l’Algérie…
El Khabar : Nicolas Sarkozy parle de son nouveau projet d’union méditerranéenne, comment vous voyez ce projet annoncé, surtout que les autres pays européens sont mitigés, de même que les pays du Maghreb Arabe, et est ce que Israël sera appelée à jouer un rôle dans cette Union?
Labica : Pour moi, ce projet est un très vieux rêve, qui remonte au temps de la guerre de libération, quand on aspirait à la création d’un grand Maghreb, qui aurait inclus l’Algérie, le Maroc, la Tunisie et la Libye. Encore au-delà, l’union des nations de la Méditerranée me paraît répondre à une véritable nécessité géopolitique, obéissant elle-même à plusieurs ordres de raisons, que j’énumère brièvement : d’abord l’histoire, qui n’englobe pas uniquement les cultures, religions incluses, mais également, les manières de vivre, les coutumes, la cuisine, les comportements et les goûts ; ensuite, sur ces bases, les complémentarités économiques, de production et d’échange, qui pourraient faire pièce à cette Union européenne d’hégémonie voracement capitaliste et belliciste (OTAN) ; enfin, la possibilité de réduire et d’éliminer l’impérialisme US sur la mare nostrum (notre mer). Or, on peut tenir pour assuré qu’une telle ambition se situe aux antipodes du projet sarkozien, qui usurpe frauduleusement son prestige, pour faire passer, en l’absence de dispositions concrètes, quelques arrière-pensées au service d’un leadership européen et sans doute d’une position prédominante d’Israël, autrement dit d’une recolonisation, sans exclure l’appui qui pourrait être apporté à l’entreprise US sur le Proche et le Moyen Orient, l’Iran étant plus particulièrement visé.
El Khabar : Comment voyez-vous le rapprochement Franco-américain, surtout que vous avez toujours dit que « Sarko » était l’homme des Américains ?
Labica : Ses fidèles eux-mêmes nomment Sarkozy « l’Américain ». Ce n’est ni une boutade, ni un sobriquet, mais bien la réalité d’un engagement constamment rappelé par l’intéressé. Il a passé ses premières vacances de Président, non pas dans l’une des résidences réservées aux chefs d’Etat français sur le territoire national, mais aux USA, auprès de son ami Bush. On sait que les déclarations d’allégeance qu’il multiplie envers ce dernier se confondent, en bonne logique, avec celles qu’il réserve à Israël. A l’occasion de son dernier voyage officiel outre-Atlantique, il a emmené dans ses bagages, auprès de ministres et de patrons, M. Richard Prasquier, nouveau Président du CRIF, organe du tout puissant lobby sioniste, dont la présence n’a curieusement pas été signalée par les journalistes les plus influents (et les plus serviles). Quel paradoxe de constater que cette soumission intervient au moment précis où ledit Bush se voit disqualifié dans son propre pays tandis que lui et son acolyte subissent des défaites sur les terrains mêmes qu’ils avaient choisi de dominer, -Afghanistan, Irak, Liban.
On ne s’avancera pas beaucoup en assurant que nombre de Français ne partagent pas ces engagements.
Les effets de la gueule de bois qui avait saisi une majorité (seulement électorale) de citoyens du « pays des Droits de l’Homme », semblent se dissiper au bout d’à peine six mois. Revendications, mécontentements et colères, provoqués par les promesses non tenues, les mensonges et les pitreries, en sont venus à concerner les secteurs les plus divers de la population et à susciter des manifestations allant jusqu’aux grèves : cheminots, gaziers, électriciens, marins pêcheurs, postiers, enseignants, étudiants, lycéens, infirmières, internes des hôpitaux, journalistes, mais aussi, artistes lyriques, buralistes, restaurateurs, avocats, magistrats, gendarmes et policiers, . Que peut-on en penser, en écartant toute prophétie ? Plusieurs scénarios se présentent. Il sera a priori fort difficile, compte tenu de la faiblesse et du réformisme syndical majoritaire, de regrouper les disparités revendicatives en un mouvement unique. Or, coupés les uns des autres, les groupes sociaux sont menacés de subir le sort des Curiace de la légende, qu’ils soient défaits par l’obtention de quelques carottes ou par leur isolement. Il se peut aussi que le gouvernement, qui s’est engagé à ne pas céder, impose l’épreuve de force à telle catégorie, les cheminots par exemple, et, prenant le prétexte d’une revendication catégorielle, peu soutenue par l’opinion, telle les régimes spéciaux de retraites, parvienne à faire adopter son programme libéral de réformes qui en finira avec l’ensemble des acquis sociaux et pèsera sur l’exigence commune du pouvoir d’achat.
L’aggravation continuelle des inégalités de toutes sortes et les difficultés existentielles s’étendant à des couches sociales jusque là épargnées n’en préparent pas moins les nouvelles étapes de la contestation.
14 septembre, 2007
“Le Matin » a reçu jeudi soir une lettre ouverte de huit maires ( de Bagneux, Chaville, Clamart, Clichy-la-Garenne, Gennevilliers, Fontenay-aux- Roses, Nanterre, Malakoff) adressée au Ministre de l’Immigration Brice Hortefeux dont ils refusent de se plier aux dernières instructions relatives aux reconduites à la frontière des sans-papiers. « Nous ne sommes pas à vos ordres » lui disent-ils,en lui rappelant ceci : « notre rôle est d’aider chacun à trouver sa place au sein de notre société commune : le pays des droits de l’Homme. »
Lettre ouverte au Ministre de l’Immigration, de l’intégration, de l’identité nationale et du codéveloppement
« Nous ne sommes pas à vos ordres »
Monsieur le Ministre,
Vous rappelez actuellement à l’ordre les Préfets des départements dont « les résultats doivent être améliorés en termes de reconduites à la frontière ». Certains Préfets ont d’ores et déjà écrit aux Maires pour les « mettre en garde » contre toutes les initiatives de solidarité avec les sans papiers, comme les parrainages, qu’ils pourraient soutenir sur le territoire de leur commune.
Nous, Maires de Bagneux, Chaville, Clamart, Clichy-la-Garenne, Gennevilliers, Fontenay-aux- Roses, Nanterre, Malakoff, rappelons que nous menons des actes citoyens pour protéger les habitants qui vivent, travaillent, étudient dans nos communes.
Nous sommes les Maires de tous, quelles que soient la nationalité ou l’origine, et notre rôle est d’aider chacun à trouver sa place au sein de notre société commune : le pays des droits de l’Homme.
Nous sommes indignés qu’un Ministre enjoigne aux Préfets de menacer les Maires de poursuites judiciaires pour les initiatives prises en faveur de la reconnaissance de chacun.
Cela rappelle trop des méthodes employées en d’autres temps à l’égard des Maires et des Préfets.
Votre vision obsessionnelle du chiffre en matière de politique d’immigration est d’autant plus condamnable que ce sont des êtres humains qui sont en jeu, alors même que vous n’éprouvez pas la même exigence vis à vis d’objectifs chiffrés fixés par la loi –pensons à la loi SRU- pour permettre le droit au logement !
Nous appelons tous les élus locaux à réagir avec détermination face à cette tentative de mise au pas et à nous rejoindre dans l’affirmation des libertés et des valeurs démocratiques de notre République.
- Marie Hélène AMIABLE Maire de Bagneux Députée des Hauts-de Seine
- Jacques BOURGOIN Maire de Gennevilliers Conseiller général des Hauts-de-Seine
- Pascal BUCHET Maire de Fontenay-aux- Roses Conseiller général des Hauts-de-Seine
- Gilles CATOIRE Maire de Clichy-la-Garenne Conseiller général des Hauts-de-Seine
- Patrick JARRY Maire de Nanterre
- Philippe KALTENBACH Maire de Clamart Conseiller régional d’Ile-de-France
- Jean LEVAIN Maire de Chaville Conseiller général des Hauts-de-Seine
- Catherine MARGATE Maire de Malakoff Conseiller général des Hauts-de-Seine
Pierre Mansat
Adjoint au maire de Paris
chargé des relations avec les collectivités territoriales d’Ile de France
+33 (0)1 42 76 68 91
+33 (0)6 76 86 08 63
pierre.mansat@ paris.fr
l’actualité de Paris métropole http://www.paris. fr/portail/ accueil/Portal. lut?page_ id=95>
6 août, 2007
Un journal gabonais accuse Sarkozy de révisionnisme
Dans son premier numéro paru depuis la visite du président français à Dakar et Libreville fin juillet, le bimensuel Nku'u Le Messager critique un discours “empreint de complexe de supériorité”.

Le président du Gabon Omar Bongo et son hôte français, Nicolas Sarkozy, à Libreville le 27 juillet.
(c) Reuters
Le président français Nicolas Sarkozy a montré lors de sa venue en Afrique fin juillet un “complexe de supériorité” et pris des positions “révisionnistes” sur la colonisation, a estimé lundi 6 août le bimensuel privé gabonais Nku'u Le Messager.
Dans son premier numéro paru depuis la visite du président français à Dakar et Libreville les 26 et 27 juillet, le journal dénonce sévèrement le discours prononcé au Sénégal dans lequel Nicolas Sarkozy demandait aux Africains de tourner la page de la colonisation et un nouveau partenariat avec l'Europe.
Sous le titre “Sarkozy ou le 'discours de la méthode' néocoloniale”, Nku'u juge ce discours “empreint de complexe de supériorité, de négativisme et de révisionnisme”.
“Quand il (Sarkozy) parle de l'emprise coloniale, c'est presque en termes élogieux. C'est pour vanter ces ponts, ces hôpitaux, ces routes, ces dispensaires, ce savoir que les Africains n'auraient pas pu acquérir sans l'œuvre coloniale”, explique le journal.
“Injure”
Selon le président français, poursuit-il, “la responsabilité de la traite négrière incombe aux Africains eux-mêmes. Sous d'autres cieux, quand il s'agit d'autres peuples, cela a un nom: le révisionnisme”.
“Est-il utile de rappeler à l'actuel locataire de l'Elysée qu'avant d'être colonisée, l'Afrique avait ses empires et ses royaumes riches et florissants? (…) Peut-être ignore-t-il tout de l'histoire de l'Afrique, tout en entretenant un complexe de supériorité vis-à-vis du continent noir”, avance Nku'u.
“On pourrait aussi lui rétorquer que la France a une part de responsabilité dans son occupation par les Nazis pendant la Seconde Guerre mondiale. Ce sont des Français qui ont livré leurs compatriotes de souche juive aux occupants. Tout un gouvernement, celui de Vichy (…) y a même collaboré”, poursuit le journal.
Au lendemain du discours de Dakar, la presse sénégalaise avait estimé que Nicolas Sarkozy avait “fait la leçon aux Africains”, certains titres évoquant même une “injure”.
La visite de Sarkozy critiquée dans la presse sénégalaise
Les éditorialistes des principaux quotidiens sénégalais dénoncent la “leçon faite aux Africains” par Nicolas Sarkozy jeudi. Le président français a en effet estimé que les principaux maux de l'Afrique ne sont pas dus à la colonisation, mais aux Africains eux-mêmes.
Le président français Nicolas Sarkozy a “fait la leçon aux Africains”, estimaient vendredi 27 juillet plusieurs quotidiens privés sénégalais, Sud Quotidien évoquant même une “injure” au lendemain de son discours à Dakar.
“En visite d'Etat au Sénégal, Sarkozy fait la leçon aux Africains”, affiche en première page Walfadjri. Une “adresse aux Africains” muée en “leçon de français”, ironise Le Quotidien. “Show à Dakar: Sarko sur scène”, écrit L'Observateur.
Le président français s'est cru en “mission civilisatrice”, affirme Sud Quotidien, également à la une, tandis que Le Populaire, moins nuancé, titre: “Les vérités (résumées) de Sarkozy aux Africains: 'Arrêtez de pleurnicher!'”
Ces points de vue sont largement partagés dans les autres journaux, à l'exception du quotidien pro-gouvernemental Le Soleil, qui parle, lui, de “hauteur républicaine” dans un éditorial consacré à la visite de Nicolas Sarkozy.
“Sarkafrique”
“Quand je l'ai entendu parler aux étudiants, dans un amphithéâtre plein à craquer, j'ai pensé à ces missionnaires venus en Afrique 'civiliser' nos arrière-grands-parents (…) Des clichés, encore des clichés, toujours des clichés. Quelle injure!”, s'offusque l'éditorialiste de Sud Quotidien.
Selon Walfadjri, Nicolas Sarkozy “n'a pas fait dans la dentelle pour dire ce qu'il pense de l'état actuel de l'Afrique” dans son discours prononcé à l'Université Cheikh Anta Diop (Ucad) de Dakar, en présence de nombreux étudiants, et aussi d'universitaires et de personnalités politiques.
“Sans ambages, il a tenu les Africains pour responsables de leurs malheurs”, ajoute Walfadjri.
“A défaut de la Françafrique qu'il honnit, place à la Sarkafrique!”, commente Sud
Sarkozy reconnaît la “grande faute” que fut la colonisation
“Je ne suis pas venu nier les fautes, ni les crimes, car il y a eu des fautes, et il y a eu des crimes”, a déclaré le chef de l'Etat français, tout en affirmant que ”nul ne peut demander aux générations d'aujourd'hui d'expier ce crime perpétré par les générations passées”.

Le président français Nicolas Sarkozy aux côtés de son homologue sénégalais Abdoulaye Wade, à Dakar.
En visite à Dakar au Sénégal, Nicolas Sarkozy a consacré, jeudi 26 juillet, une grande partie de son discours de près de 50 minutes aux accents parfois lyriques aux rapports douloureux des Africains et des Français avec la colonisation. La colonisation “fut une grande faute”, la traite négrière et l'esclavage “un crime contre l'humanité toute entière”, a reconnu, le chef de l'Etat français, Nicolas Sarkozy. “Nul ne peut faire comme si cette faute n'avait pas été commise.” Il a cependant ajouté qu'il n'était pas venu parler de “repentance” mais proposer aux jeunes d'Afrique, “non de ressasser ensemble le passé mais d'en tirer ensemble les leçons afin de regarder ensemble vers l'avenir.” La colonisation “n'est pas responsable de toutes les difficultés actuelles de l'Afrique”, qui a “sa part de responsabilité dans son propre malheur”, a fait valoir Nicolas Sarkozy, avant de dresser un diagnostic parfois sévère. L'Afrique doit prendre conscience “que l'âge d'or qu'elle ne cesse de regretter ne reviendra pas pour la raison qu'il n'a jamais existé”, a-t-il notamment dit. “Le problème de l'Afrique, ce n'est pas de s'inventer un passé plus ou moins mythique pour s'aider à supporter le présent mais de s'inventer un avenir avec des moyens qui lui soient propres.”
Bâtir l'”Eurafrique”
Le président Nicolas Sarkozy a lancé jeudi de Dakar un appel à la jeunesse africaine, qu'il a exhortée à dépasser les séquelles de la colonisation afin de bâtir “l'Eurafrique” avec la France et l'Europe. “Ce que veut faire la France avec l'Afrique, c'est préparer l'avènement de l'Eurafrique, ce grand destin commun qui attend l'Europe et l'Afrique”, a-t-il lancé dans un discours prononcé à l'université sénégalaise de Cheikh Anta Diop, à Dakar. “Ce que la France veut faire avec l'Afrique, c'est une alliance, c'est l'alliance de la jeunesse française et de la jeunesse africaine pour que le monde de demain soit un monde meilleur”, a ajouté le chef de l'Etat français. Cette intervention, après un premier entretien avec le président du Sénégal Abdoulaye Wade, avait initialement été annoncée par l'Elysée comme un discours sur le développement. Le défi de l'Afrique est de “s'approprier les droits de l'homme, la démocratie, la liberté, l'égalité, la justice (…), la science et la technique modernes”, a-t-il ajouté. Nicolas Sarkozy, qui a reçu plus tard des opposants au président Wade dans son hôtel, s'est abstenu de reprendre à son compte le principe défini en juin 1990 par le président François Mitterrand à La Baulle, dans un discours resté fameux, de “conditionnalité” de l'aide au développement de l'Afrique. “Conditionnalité renvoie souvent à une exigence extérieure que certains, en Afrique, assimilent à une ingérence”, dit-il dans une interview publiée à Dakar par le quotidien Le Soleil. Il a en revanche exhorté la jeunesse africaine à ne pas céder à la “maladie de l'intelligence” qu'est “la tentation de la pureté” et à résister au fanatisme : “Ne vous laissez pas (…) voler votre avenir par ceux qui ne savent opposer à l'intolérance que l'intolérance et au racisme que le racisme.
“Renaissance africaine”
” Il l'a invitée à ne pas se couper de la part d'héritage occidental qui l'enrichit : “Jeunes d'Afrique, la civilisation européenne a eu tort de se croire supérieure à celle de vos ancêtres mais désormais elle vous appartient aussi.” Il a promis le soutien de la France pour aider le continent à s'engager dans la voie d'une “Renaissance africaine”. “Cette Renaissance, je suis venu vous proposer que nous l'accomplissions ensemble parce que de la Renaissance de l'Afrique dépend pour une large part la Renaissance de l'Europe et la Renaissance du monde”, a-t-il dit. La France, a-t-il précisé, veut ainsi mettre sur pied avec l'Afrique un “développement partagé”, une “stratégie commune dans la mondialisation”, des universités, laboratoires, projets et pôles de compétitivité communs, une politique d'immigration “négociée” et “décidée ensemble”. Il a exhorté à ce propos les jeunes Africains formés en Europe à revenir dans leur pays pour “bâtir l'Afrique” : “Il faut mettre un terme au pillage des élites africaines dont l'Afrique a besoin pour se développer”, a-t-il souligné. Une préoccupation partagée par Abdoulaye Wade. “Je ne donne pas des bourses pour que les gens restent en France. Je préfère à ce moment-là investir cet argent en Afrique”, a déclaré le président sénégalais lors d'une conférence de presse commune avec Nicolas Sarkozy.
Nouvel Obs
3 août, 2007
En rendant visite au chef d'Etat libyen, Nicolas Sarkozy accrédite la thèse de la conversion de l'Etat-voyou en régime fréquentable, estime le politologue François Burgat, spécialiste du Maghreb. Pour pouvoir enfin vendre à la Libye ce qui ne devrait être livré qu'aux pays respectables
Le Nouvel Observateur. - Avant la décision de Nicolas Sarkozy de livrer à la Libye un réacteur nucléaire, au lendemain de la libération des infirmières et du médecin bulgares, les relations entre Paris et Tripoli avaient été, pour le moins, tourmentées. . .
François Burgat. - C'est un fait. Mais elles sont loin d'avoir toujours été mauvaises. Lorsque Kadhafi s'empare du pouvoir en septembre 1969, en déposant le roi Idris Senoussi, les premières appréciations des observateurs sont relativement favorables. Il est perçu positivement, aussi bien d'ailleurs par les Américains que par les Français. C'est un dirigeant qui, certes, met en avant l'identité arabe et pour qui la religion semble compter, mais il est surtout anticommuniste, et c'est alors le véritable critère d'appréciation.
N. O. - Au point que Paris ne va pas hésiter à vendre des Mirage au colonel Kadhafi, et à entraîner ses pilotes…
F. Burgat. - La première grande décision de Kadhafi ne traumatise sans doute pas le général de Gaulle: il refuse de renouveler le contrat qui donnait aux Américains la gigantesque base aérienne de Wheelus Fields, dans la banlieue de Tripoli. Il s'attaque ensuite à la renégociation - remarquablement menée par le commandant Jalloud - des prix du pétrole. Mais la flambée des prix de 1973 va rendre ces hausses relatives. Kadhafi apparaît donc avant tout comme un nationaliste économique, dans la droite ligne de son maître à penser Nasser. C'est dans ce contexte que vont démarrer les négociations qui conduiront à la vente des Mirage FI, des hélicoptères Super-Frelon et Gazelle, mais aussi à la construction de la couverture radar de la Libye par des entreprises françaises, notamment Thomson. OAS_AD(’Middle1′);
N. O. - Ce qui n'empêchera pas la France de lancer, quelques années plus tard, ses propres Mirage et ses Jaguar contre l'armée libyenne sur le sol tchadien…
F. Burgat. - Entre-temps, la diplomatie libyenne s'est redéployée vers le sud. Entre 1969 et 1974, Kadhafi échoue à conclure une union avec l'Egypte. Il essaie sans plus de succès de faire de même avec la Tunisie, en direction cette fois du Maghreb. Constatant que ses tentatives unionistes se heurtent à l'immobilisme des régimes arabes, il va en tirer deux conclusions. 1) Il élabore une théorie institutionnelle (la démocratie directe des congrès populaires) destinée à se substituer aux gouvernements afin que les masses populaires, qu'il pense être intuitivement unionistes, puissent enfin exprimer leur volonté. Il entre de ce fait en conflit avec presque tous les régimes arabes. 2) Il tourne alors ses ambitions interventionnistes déçues vers le Sud sahélien. Sa diplomatie, qui manie les commandos aussi bien que les crédits, le met très vite en tension avec les pays qui ont des intérêts dans cette région, et notamment, au Tchad, avec la France. En 1980, le consulat de France à Benghazi est saccagé. L'apogée de la confrontation sera atteint en 1983 avec le bombardement d'Aozou par les avions français. Les ambitions tchadiennes de Kadhafi prendront définitivement fin le 5 septembre 1987 avec une déroute militaire humiliante: les troupes tchadiennes s'enfoncent sur plusieurs centaines de kilomètres à l'intérieur du territoire libyen et détruisent la base de Matten es-Sahra. OAS_AD(’Middle3′);
N. O. - Mais Kadhafi ne devient pas fréquentable pour autant…
F. Burgat. - C'est à partir de 1987 qu'il va chercher à le redevenir. La défaite au Tchad est venue parachever l'impact d'un autre revers, militaire et politique, qui va le conduire à adapter son comportement au rapport des forces sur la scène internationale. Dans la nuit du 14 au 15 avril 1986, l'aviation américaine bombarde Tripoli et Benghazi. Le raid fait suite à plusieurs incidents aériens dans le golfe de Syrte et à plusieurs attentats survenus en Europe, dont l'un contre une discothèque de Berlin-Ouest qui fait deux morts et 204 blessés. Cette opération - au cours de laquelle l'un de ses domiciles privés est détruit et sa fille adoptive tuée - est sans doute le pivot historique de l'évolution de Kadhafi. Un ennemi jusqu'alors largement mythique fait irruption dans son intimité quotidienne. Pis encore: les masses demeurent imperturbables, tout comme ses «frères arabes», qui ne protestent même pas.
Indiscutablement, c'est de ce moment que date le début de sa volonté de prendre en compte de façon réaliste les résistances qu'il rencontre aussi bien sur la scène intérieure que sur la scène diplomatique. Il prend acte à la fois de l'échec relatif de sa politique économique, d'une réelle apathie de ses concitoyens et de la dissymétrie de ses forces avec celles qu'il entend défier. Il va dès lors se réconcilier avec la plupart des capitales arabes, y compris avec l'Egypte, dont il refusait de nommer la capitale (Le Caire, Al-Qahira, la victorieuse) autrement que la «Maqhoura» (la vaincue) et son président (Moubarak, le béni) autrement que «Al-Bârik», l'agenouillé! A l'intérieur, si la perestroïka politique se limite à quelques contacts avec des opposants en exil, l'infitah économique voit l'Etat se désengager notamment du secteur du commerce. Au reste du monde, il adresse des signaux plutôt conciliants: Tripoli accueille le Paris-Dakar et aide même à la libération d'otages français au Liban. Le Kadhafi nouveau est arrivé…
N. O. - A-t-il réellement cherché, par le passé, à se doter d'un armement nucléaire?
F. Burgat. - Assez vraisemblablement. Ce n'est pas un secret. Les documents aujourd'hui aux mains des Américains semblent confirmer - ce que Tripoli d'ailleurs n'a pas nié - l'existence de recherches et des embryons de technologie sans doute en provenance du Pakistan. Il paraît en tout état de cause logique qu'un homme habité par son ambition politique et qui a essayé de se doter (avec l'aide d'un ancien agent de la CIA) de toutes sortes de moyens militaires n'ait pas écarté cette option.
N. O. - Comment s'expliquent la détention des infirmières et du médecin bulgares, et le traitement atroce qu'ils ont subi? Une preuve de fermeté, à usage interne, au moment où il assouplissait son discours à l'extérieur?
F. Burgat. - Il se peut qu'il y ait eu de cela. Souvenons-nous que Kadhafi, en 2003, redoutant de subir le même sort que Saddam Hussein, a fait un véritable hara-kiri nationaliste: non seulement il a accepté de payer de lourdes indemnités mais, bien pire pour son honneur, il a autorisé ceux qui l'avaient bombardé à venir physiquement fouiller ses casernes, emporter tout ce qu'ils souhaitaient et détruire ses missiles. Or Kadhafi a estimé n'avoir pas été rémunéré pour ses multiples concessions, ni par les Etats-Unis ni par l'Union européenne. Les Etats-Unis lui avaient notamment fait la promesse d'une sorte de «partenariat nucléaire» qui a donné lieu à un vrai malentendu. Kadhafi s'attendait également à être reçu dans les capitales européennes, mais hormis à Bruxelles il n'a été reçu nulle part.
Dans ce contexte, il se pourrait que le dossier des infirmières ait constitué, si j'ose dire, l'arme du pauvre, une sorte d'« os nationaliste» à offrir à ses partisans, une manière de signifier qu'il n'avait pas complètement perdu sa capacité à défier la communauté internationale. Ce dernier refus lui aurait permis de dire, aussi bien à l'intérieur que sur la scène internationale: «J'ai conservé une capacité d'opposition, un pouvoir de nuisance; vous voyez, je m'appelle toujours Kadhafi».
N. O. - Quel est le rôle réel de la Fondation Kadhafi, dirigée par le fils du colonel, Saïf el-Islam? Donner a la Libye un outil d'action humanitaire pour améliorer son image internationale ou fournir au dauphin présumé une rampe de lancement?
F. Burgat. - Je dirais que c'est une combinaison des deux. La question de la succession est posée. Il est très vraisemblable que Saïf el- Islam, comme Jamel Moubarak, est en train d'être mis sur orbite par son père. Au Forum économique mondial, la Libye est régulièrement représentée par Saïf el-Islam et l'Egypte par Moubarak fils. J'ajouterais que le fait de disposer de cette sorte d'ONG permet à la Libye d'agir sur des terrains où la diplomatie officielle ne pourrait pas se permettre de perdre la face. C'est en tout cas ainsi que les choses ont fonctionné. Je ne crois pas du tout à l'autonomie politique du fils par rapport au père.
N. O. - Dans quel état est l'industrie pétrolière libyenne?
F. Burgat. - Elle a souffert de l'embargo. Aujourd'hui encore, elle n'a pas retrouvé le niveau de production d'avant 1992. L'une des premières mesures adoptées depuis 2005 a été le lancement d'appels d'offres à des compagnies étrangères. Elles sont aujourd'hui une quarantaine à avoir obtenu des droits de prospection. Et les échos des premières recherches rendent les pétroliers euphoriques: la Libye va être encore plus riche dans les années à venir.
N. O. - Ce que Nicolas Sarkozy n'ignorait sans doute pas...
F. Burgat. - Ce qui me paraît clair, c'est qu'il a joué deux cartes à la fois dans cette opération. Le premier acquis relève de ce que ses opposants appelleront «le coup d'éclat permanent»: il sauve des femmes victimes d'un tyran arabe. Le second est diplomatique et économique: il s'agissait, en même temps, de redonner à Kadhafi le minimum de respectabilité suffisant pour permettre de lui vendre toutes ces «choses» qu'on ne peut décemment vendre qu'aux gens bien…
Politologue, arabisant, François Burgat est directeur de recherche à l'Institut de Recherches et d'Etudes sur le Monde arabe et musulman du CNRS. Il a publié en 2005 «l'Islamisme à l'heure d'Al-Qaida» (La Découverte) et en 2003, avec André Laronde, «la Libye» (PUF).
René Backmann
Le Nouvel Observateur
28 juillet, 2007
AFRIQUE
Pour l'ancien président du Mali, qui est à la tête de la Commission de l'Union africaine, le discours du chef de l'Etat français à Dakar “n'est pas le genre de rupture” souhaitée.

Alpha Oumar Konaré (AP)
L'ancien président du Mali Alpha Oumar Konaré, président de la Commission de l'Union africaine (UA), a jugé vendredi 27 juillet dans une interview à Radio France Internationale (RFI) que le discours prononcé à Dakar par le président Nicolas Sarkozy “n'est pas le genre de rupture” qui était souhaitée.
“Ce discours n'est pas le genre de rupture qu'on aurait souhaitée. Ce discours n'est pas neuf dans le fond, il rappelle des déclarations fort anciennes, d'une autre époque, surtout quant à l'appréciation sur les paysans que je n'approuve pas”, a commenté Alpha Oumar Konaré.
Nicolas Sarkozy a déclaré que “le paysan africain ne connaît que l'éternel recommencement du temps, rythmée par la répétition sans fin des mêmes gestes et de mêmes paroles. Dans cet imaginaire où tout recommence toujours, il n'y a de place ni pour l'aventure humaine, ni pour l'idée de progrès”.
“Exigence de mémoire”
Alpha Oumar Konaré a également réagi au rejet de toute repentance affiché par Nicolas Sarkozy au sujet de la colonisation, qu'il a toutefois qualifiée de “grande faute”.
“Une bonne partie du retard de l'Afrique est liée à cela et cette réalité, je suis sûr que le président le sait, (…) personne n'a le droit de la nier, et cela n'a rien à voir avec la repentance. Cette exigence de mémoire ne peut pas être simplement le fait des Africains”, a-t-il dit.
“Je le dis clairement, cette page, nous ne la déchirerons jamais (…)”, a-t-il ajouté.
A l'adresse des “jeunes d'Afrique”, le président français a affirmé que s'ils voulaient sortir de “l'arbitraire”, de “la corruption”, de “la violence”, du “parasitisme” et du “clientélisme”, c'était à eux “de le décider”.
Sarkozy “a besoin de mieux connaître l'Afrique”
“Cet appel à la jeunesse africaine est un appel important (…) mais ce discours n'est pas nouveau en Afrique. Beaucoup de dirigeants africains le tiennent, les jeunes africains le savent et beaucoup de ces jeunes depuis longtemps se battent”, a réagi M. Konaré, tout en reconnaissant que M. Sarkozy “avec raison, a mis à nu une responsabilité de l'Afrique”.
“Si cet appel nous interpelle (…), c'est pour qu'on se dresse, et que nous même prenions nos affaires en mains”, a poursuivi M. Konaré.
“Je suis certain que le président souhaite la rupture (…). Je pense que pour l'aider dans la rupture, il a besoin de mieux connaître l'Afrique et nous sommes prêts dans ces échanges avec lui”, a-t-il conclu.
Page suivante »
|